Qui est Tariq Ramadan ?

Qui est tariq ramadan ? La question reste posée. Plusieurs observateurs comme C.Fourest ont decrypté son double discours. Tariq Ramadan est l'ambassadeur des Frères Musulmans en Europe. Il conserve des alliés fidèles au sein de la gauche obscurantiste

02 décembre 2004

Envoyé Spécial : Qui est Tariq Ramadan ?


Envoyé.Spécial.Qui.est.Tariq.Ramadan
Vidéo envoyée par pandanounours

Tariq Ramadan a fait pression pour qu'elle ne soit pas diffusée sur TV5, et donc hors de France. Parmi les participants, Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui, Antoine Sfeir, Bruno Etienne...

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01 décembre 2004

Tentatives pour censurer le documentaire d'Envoyé Spécial réalisé par Mohamed Sifaoui sur Tariq Ramadan

Envoyé Spécial a programmé jeudi 2 décembre 2004 un documentaire unique : le premier document audiovisuel enquêtant réellement sur le prédicateur Tariq Ramadan. Jusqu'ici, la plupart des émissions télévisées se sont contentées de donner la parole, sans vérifier et sans enquêter, à cet homme rôdé au double discours au point de se faire passer pour un réformiste progressiste alors qu'il est fondamentaliste. Comme pour le Front national, cette médiatisation n'a pas permis d'informer mais tout au contraire servi la propagande intégriste. Il a fallu un livre, "Frère Tariq" de Caroline Fourest, et un documentaire de Mohamed Sifaoui pour que le grand public soit enfin alerté. C'est bien ce qui inquiète Tariq Ramadan — qui a adressé une lettre de mise en garde à France 2, attaquant le réalisateur et demandant la déprogrammation du documentaire. Aujourd'hui, l'UOIF vient à son secours dans un communiqué construit sur le même mode, maniant attaques et contre-vérités. Voici quelques précisions nécessaires pour comprendre l'enjeu de cette campagne de propagande.


• Dépêche AFP sur la demande de censure de l'UOIF

L'UOIF demande à France 2 de déprogrammer un reportage sur Tariq Ramadan

PARIS, 27 nov 2004 (AFP) © 2004 AFP Médias-islam

L'Union des organisations islamiques de France (UOIF) a demandé samedi à France 2 de déprogrammer un reportage "aux allures de procès d'intention" sur l'intellectuel suisse musulman Tariq Ramadan que la chaîne française s'apprête à diffuser jeudi 2 décembre.

Dans un communiqué, l'UOIF souligne que ce reportage est "réalisé par Mohamed Sifaoui, connu pour son hostilité contre les symboles de la pratique musulmane". Selon l'UOIF, le même reportage a été déprogrammé le 24 septembre dernier par la Télévision suisse romande (TSR), à laquelle il avait été préalablement proposé, "au regard du manque d'objectivité qui a guidé son réalisateur".

"L'UOIF dénonce et condamne cette campagne de dénigrement cautionnée et portée aujourd'hui par une chaîne publique dont la mission d'information est compromise par la diffusion de ce reportage aux allures de procès d'intention", selon le texte.

"L'UOIF demande donc, au nom de la déontologie qui a guidé la TSR dans sa décision, la déprogrammation de ce sujet et d'encourager par ce geste la rigueur journalistique dans la recherche de la vérité", conclut le communiqué.


• Mohamed Sifaoui porte plainte

COMMUNIQUÉ DE PRESSE du 6 décembre 2004

Dans un communiqué rendu public dès le 27 Novembre 2004, et largement relayé les jours suivants par plusieurs médias, l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), membre du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), demandait en substance à la chaîne publique France 2 de "déprogrammer" un film sur Tariq Ramadan que j'ai réalisé pour le compte de l'émission "Envoyé Spécial".

Le communiqué de l'UOIF précisait que sa demande était motivée par le fait que j'étais un homme "connu pour son hostilité contre les symboles de la pratiques musulmanes". Cette phrase qui pourrait paraître a priori anodine pour un non-musulman comporte un sens extrêmement lourd.

Si une telle affirmation est d'abord fausse, elle peut incontestablement entraîner pour moi des conséquences très graves puisque elle me décrit ni plus ni moins comme apostat. En effet, prétendre que je serais "connu pour mon hostilité contre les symboles de la pratique musulmane", c'est dire que j'aurais renoncer à l'islam, ma religion. C'est là, la définition même de l'apostasie. Or, certaines références théologiques de l'UOIF comme Youssef Al-Qaradaoui rappelle dans une contribution sur le site internet "islamophilie.org" datée du 30 décembre 2002 que "les juristes de l'Islam sont unanimement d'avis que l'apostat mérite une peine – même s'ils peuvent diverger sur sa nature. Leur grande majorité estime que cette peine est la peine de mort. C'est l'avis des quatre écoles de jurisprudence islamique, voire des huit écoles". Le même Al-Qaradaoui explique dans son texte qu'il y aurait plusieurs types d'apostasie dont ce qu'il qualifie "d'apostasie intellectuelle" qui, selon lui, s'exprime à travers différents supports médiatiques.

Par ailleurs, l'imam Nawawi, l'une des références théologiques du monde musulman estime que "L'apostasie consiste à abjurer l'islam - en sortir - par l'intention, les mots, les actes, le fait de nier, ou encore par des propos qui ont été dit en plaisantant, par rejet ou par contradiction ou en y croyant". Cette définition correspond à l'affirmation de l'UOIF à mon endroit puisque celui qui serait "hostile aux symboles de la pratique musulmane" est forcément quelqu'un qui abjure la religion musulmane.

Dans cet ordre d'idées, étant décrit publiquement par l'UOIF comme étant quelqu'un qui serait "hostile aux symboles de la pratique" de sa propre religion, sous-entend que j'aurais renoncé à l'islam et par conséquent passible au regard de certaines interprétations de la loi islamique de la peine de mort.

Etant journaliste et réalisateur, je me rends souvent dans des pays musulmans, il m'arrive d'aller réaliser des reportages dans des Etats théocratiques appliquant la charia. Quel sort pourrait m'être réservé dans un pays islamiste où les dirigeants ou la population auraient pris connaissance de l'accusation de l'UOIF ?

Au regard de ce qui précède, j'ai décidé de poursuivre l'UOIF et son secrétaire général Fouad Allaoui, signataire du communiqué devant les tribunaux de la République.

Par ailleurs, j'ai officiellement écrit à MM Le Président de la République pour l'informer de ce grave précédent, le Ministre de l'Intérieur pour lui demander de prendre les mesures nécessaires pour renforcer ma sécurité et au Président du CFCM, Dalil Boubekeur, pour lui demander de dénoncer et condamner publiquement l'odieux communiqué de l'UOIF.

Je tiens à travers ce communiqué prendre à témoin l'ensemble de la presse française et internationale et à travers elle l'ensemble de l'opinion publique afin que cessent les intimidations à l'égard des journalistes ou intellectuels qui critiquent les islamistes ou leurs organisations. D'autre part, j'informe l'opinion publique qu'une plainte va être déposé à la suite des insultes et des menaces que j'ai subies au niveau de la librairie Al-Tawhid au cours de la réalisation du film sur Tariq Ramadan.

L'année dernière, des journalistes préparant un documentaire pour Canal + ont été agressés par des islamistes et leur leader, considéré pourtant par certains comme "respectable". Cette affaire a été passée sous silence. Je n'accepterais pas que l'intégrité physique d'un journaliste ou d'un quelconque citoyen soit menacée et passée par pertes et profits exceptionnels. C'est la raison pour laquelle, j'utiliserai tous les moyens légaux et civilisés pour que justice me soit rendue dans cette affaire que je considère très grave.

Mohamed Sifaoui


• Qui est Mohamed Sifaoui ?

On connaît Mohamed Sifaoui pour ses reportages, courageux, sur l’islamisme. En Algérie, il travaillait pour un journal dont le siège a été soufflé par un attentat du GIA. Rescapé, il a perdu plusieurs de ses collègues et amis. Depuis la “concorde civile”, il a du mal à supporter l’idée de pouvoir croiser l’un de ces assassins dans la rue, libres comme l’air, comme si de rien n’était. Lui-même ne peut pas rentrer en Algérie et voir sa famille à cause de ses désaccords avec le pouvoir en place. Alors il exerce ses talents en France. Le 1er octobre 2002, il se rend au tribunal où l’on juge les deux auteurs de l’attentat de St Michel qui a frappé la France en 95. Il croise un ami d’enfance. Un sympathisant des islamistes, qui le croit aussitôt des leurs. Par réflexe journalistique, Sifaoui ne dément pas, le laisse parler, au point d’être mis en contact avec une petite équipe au service du djihad. Il filme en caméra cachée, devenant l’un des premiers journalistes à avoir infiltré une cellule reliée à Al-Qaïda et à nous ramener les images. Depuis, bien sûr, il est haï et considéré comme un « traître » par les réseaux islamistes de l’hexagone qui lui repprochent, comme il le font toujours, de soutenir les généraux plutôt que les intégristes ! En réalité, comme beaucoup de démocrates algériens, Mohamed Sifaoui est tout simplement révolté par la tentative de réécriture de l'histoire visant à dédouaner les islamistes des massacres en Algérie au profit d'une mise en accusation de l'armée. Ce qui lui a valu d'être en total désaccord avec les éditions La Découverte. Il s'en explique très bien sur le sie Alériensemble :

http://www.algeriensemble.com/sale_guerre.htm

Précision : Tariq Ramadan a tenté de disqualifier Mohamed Sifaoui en lui repprochant d'avoir témoigné contre lui dans un procès... Sans dire que Mohamed Sifaoui avait témoigné dans un tribunal en tant que journaliste défendant la liberté d'expression ! En effet, le procès en question a été intenté par Ramadan à Antoine Sfeir des Cahiers de l'Orient (il l'a perdu), pour des propos lui attribuant une influence inquiétante, et Mohamed Sifaoui a été cité par Sfeir justement parce qu'il connaissait à la fois très bien les questions journalistiques et Tariq Ramadan. Il n'a pas témoigné contre Ramadan mais pour permettre à un confrère de ne pas être condamné pour avoir osé parler sur Ramadan ! Il est très logique que Sifaoui ait continué par la suite à travailler sur Tariq Ramadan puisque c'est précisément sa spécialité et donc la raison pour laquelle il a été invité à témoigné à ce tribunal. Une bonne connaissance que Ramadan voudrait disqualifier comme "partiale", comme chaque fois qu'un journaliste n'est pas fasciné mais au contraire animé par son esprit critique à son endroit.


• Un documentaire sobre et documenté

De l'avis de tous ceux qui connaissent la complexité du personnage, le documentaire réalisé par Mohamed Sifaoui est à la fois sobre, clair et mesuré. Il pose simplement quelques questions, auxquelles il répond par des faits , des documents et des témoignages tous vérifiables et vérifiés. Un moment fort : celui où Sifaoui se rendu au siège lyonnais du prédicateur : la librairie Tawhid. Ne sachant pas qu’il était enregistré, l’un des fidèles de Ramadan l’a cordialement menacé. Le reste du reportage, diffusé sur Envoyé Spécial, est également instructif. Pour la première fois, un journaliste télé a vraiment enquêté au lieu de se contenter d’interviewer Ramadan. D’ailleurs Ramadan a refusé de le rencontrer. Mais Sifaoui lui a quand même donné la parole : en diffusant des extraits de ses conférences audio et vidéo. Edifiant. Aussi en interviewant plusieurs de ses soutiens ou amis, comme l’islamologue Bruno Etienne. Mais, pour la première fois dans un reportage, Sifaoui a également donné la parole à tous ceux qui tirent la sonnette d’alarme. L’auteure de Frère Tariq, Caroline Fourest y est interviewée. Ainsi qu'Antoine Sfeir (directeur des Cahiers de l’Orient), Richard Labévière (journaliste à RFI), Jean-Charles Brisard (avocat du collectif des familles du 11/09) ou encore le directeur de thèse de Tariq Ramadan… qui a découvert avec effroi combien ce dernier n’avait aucun recul vis-à-vis de la pensée de son grand-père et tentait tout au contraire de le réhabiliter par le biais d’une thèse apologétique. Le résultat est sobre, presque trop mesuré, mais convainquant.


• Ce qu'il faut savoire sur la Télévision Suisse Romande

L’histoire même de la diffusion du film est révélatrice des complicités dont bénéficie Ramadan, notamment dans la presse Suisse où les Frères Hani et Tariq interviennent de façon omniprésente. La Télévision Suisse Romande est connue pour servir régulièrement de tribune à la famille Ramadan. Soutenue par de riches protecteurs Saoudiens, les Ramadan ont toujours bénéficié d'une certaine complaisance en Terre bancaire. Mais cette complaisance s'est accentuée depuis que la partie lémanique est prise d'une fièvre xénophobe et raciste et que la partie francophone prétend y résister en donnant la parole, sans esprit critique, à tout défenseur de l'islam — fût-il intégriste. Avec le reportage de Sifaoui, la TSR aurait pu rétablir un tout petit peu l’équilibre. Raté.

Au début, la chaîne feint de s’intéresser au projet. Elle visionne le film, félicite son réalisateur et insiste même pour diffuser le reportage en premier, avant la France et Envoyé Spécial. Puis, soudain, elle prétexte le référendum sur la naturalisation suisse pour rapporter la diffusion. Sans doute à raison, vu le climat populiste et xénophobe suscité par le débat. Mais une fois le débat passé, n’était-il pas temps d’informer, enfin, les téléspectateurs Suisse sur le vrai visage d’un homme qu’elle présente depuis des années comme un « simple intellectuel musulman » voire comme un musulman progressiste ? La TSR rechigne, demande à Sifaoui de refaire son film et veut même censurer certains passages, pourtant on ne peut plus corrects et mesurés ! Ce que le réalisateur ne peut accepter. Bilan, le film ne passera pas sur la TSR. Tant pis. Les téléspectateurs suisses pourront toujours ghetter la rediffusion d’Envoyé Spécial sur TV5 se dit-on … Mais là aussi la chaîne s'emmêle, prouvant qu'elle est décidémment très motivée pour prendre la défense de Tariq Ramadan. Non contente de servir sa propagande depuis des années et d'avoir pris parti en sa faveur contre le réalisateur Mohamed Sifaoui, la TSR est allé jusqu'à faire pression sur TV5 pour que la chaîne francophone ne rediffuse pas Envoyé Spécial ! Pour l'instant, le reportage n'est toujours pas passé. Par contre, TV5 a bizarrement diffusé un programme qui n'était pas prévu : le débat Ramadan/ Favrot organisé par la TSR (très à l'avantage de Ramadan, comme toujours)... diffusé quelques jours à peine après le documentaire de France 2.


• L'intimidation continue

Une petite troupe de supporters de Tariq Ramadan a manifesté devant France 2 sa colère face à la programmation de ce documentaire — pourtant on ne peut plus soft et mesuré — sur Tariq Ramadan. Selon ces manifestants, le documentaire repprocherait à tort à Tariq Ramadan d'avoir voulu faire déprogrammer une pièce de Voltaire au milieu des années 90 en Suisse. Chose que plusieurs témoins et articles parus dans la presse, y compris sous la plume de monsieur Ramadan lui même, confirment. Le plus drôle étant qu'ils accusent le film de vouloir faire passer Ramadan pour un censeur en venant manifester contre... la programmation d'un film ! Une délégation a été reçue.

Les troupes ne désarment pas et appellent à une grande manifestation contre l'"islamophobie médiatique", le 21 janvier, qui ressemble fort à une tentative pour intimider tous les médias osant travailler sur l'intégrisme. Une étape de plus dans la prise en otage du mouvement antiraciste au service de la lutte anti-blasphème. Le 7 novembre, l'UOIF a obtenu le droit de marcher aux côtés des associations antiracistes comme le MRAP ou la LDH. Cette fois, doit-on craindre que le MRAP et la LDH manifestent sous les mots d'ordre des intégristes ?

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2004/12/05/36-tentatives-pour-censurer-le-documentaire-denvoye-special-realise-par-mohamed-sifaoui-sur-tariq-ramadan

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12 novembre 2004

Intégrer les intégristes ? Tribune de Caroline Fourest

C’est bien la proposition faite par Pierre Khalfa, syndicaliste et membre du conseil scientifique d’Attac, dans un Rebonds intitulé « islam, l’enjeu de l’intégration » paru le 11 novembre 2004 dans Libération. C’est aussi le souhait de Nicolas Sarkozy, qui pense ramener les banlieues sur le droit chemin grâce à la religion, quitte à subventionner des organisations comme l’UOIF pour former des imams à la française. Il règne un drôle de consensus allant des altermondialistes à l’UMP : intégrer les intégristes serait le seul moyen de favoriser… l’intégration. Car ce sont bien des intégristes — et non les musulmans progressistes — à qui Pierre Khalfa ou Nicolas Sarkozy veulent faire plus de place, que ce soit au sein du CFCM ou du FSE. Et c’est bien là tout le problème.

Nicolas Sarkozy avait promis de ne pas laisser les intégristes s’asseoir à la table de République. C’est pourtant bien ce qu’il a fait en mariant de force musulmans laïques et musulmans intégristes au sein du CFCM, quitte à laisser l’UOIF et la FNMF devenir les représentants de l’islam de France à jeu égal avec la Mosquée de Paris. Napoléon distribuait des « hochets », des titres symboliques, pour s’assurer des fidèles au service de son empire. Sarkozy est persuadé que son « hochet » forcera les radicaux de l’UOIF à se modérer : « Je suis convaincu que lorsqu’un ‘radical’ est intégré dans une structure officielle, il perd de sa radicalité car il devient partie prenante du dialogue. » Faux pari. Le dialogue avec les intégristes finit toujours par leur profiter. Et ils savent. Après avoir gagné une légitimité inespérée, la comission « aumônerie » (qui va leur permettre d’exercer leur prosélytisme politique dans le milieu carcéral), l’UOIF vient de gagner un allié de taille dans le combat pour modifier la loi de 1905 : Nicolas Sarkozy lui-même. A force de dialoguer autour de la table de la République avec des intégristes, le voilà persuadé qu’il faut changer la nappe… Une fin de dîner que les altermondialistes devraient méditer.

Pierre Khalfa fait le même raisonnement que Nicolas Sarkozy. Il pense qu’intégrer l’« islam politique » est une façon de mettre la radicalité islamique au service de l’altermondialisation. Pour mieux balayer les éventuelles les rétissences, il rappelle que le christianisme politique — des associations comme le CCFD, Témoignages Chrétien ou Golias — ont déjà toute leur place au sein de ce mouvement. Alors pourquoi pas des musulmans politiques ? Cette question n’aurait effectivement rien de choquant si Khalfa prônait l’intégration de mouvements musulmans politiques laïques et progressistes comparables aux « cathos de gauche » en question. Malheureusement, ceux qu’il présente comme de simples « musulmans politiques » ne sont absolument pas l’équivalent de la « théologie de la libération » ou des Jeunesses ouvrière chrétiennes… Mais des musulmans intégristes en guerre contre l’islam moderne et progressiste ! A-t-il seulement lu la propagande de l’UOIF, de Tariq Ramadan, de Présence musulmane, du Collectif des musulmans de France et de l’UJM (l’Union des Jeunes musulmans), les associations à qui il veut faire tant de place au sein de l’altermondialisation ? Moi oui. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été frappée par leur foi dans le progrès, l’égalité ou la laïcité.

L’UOIF a pour prédicateur vedette un certain Hassan Iquioussen, qui décrit à longueur de cassettes les « juifs avares et usuriers » comme des « ingrats » ne cessant de « comploter contre l’islam ». Voilà le discours d’une organisation à qui Pierre Khalfa, le MRAP et la LDH ont souhaité faire une « place » au cœur de la manifestation contre tous les racismes le 7 novembre dernier. Les mêmes ont soutenu Tariq Ramadan lors de sa pétition contre les intellectuels juifs, accusant tous ceux qui s’alarmaient de sa présence au FSE de vouloir déstabiliser le forum. Il y avait pourtant de quoi être inquiet. Ramadan considère qu’une bonne musulmane doit être pudique — et donc porter le voile —, invite à militer pour des piscines non mixtes, parle de l’homosexualité comme d’un « déséquilibre », justifie la polygamie, fait passer la loi divine avant la loi des hommes (« quand tu crains le pouvoir des hommes au point d’oublier le pouvoir de dieu alors tu comets le péché » !), parle de l’intégration comme d’une « assimilation » et souhaite de ses vœux un « renouveau islamique » pour résister à l’occidentalisation grâce à un choc qu’il appelle pudiquement un « Face à Face des civilisations »… Est-ce lui que l’on doit considérer comme un José Bové de l’islam au point de le laisser monopoliser le FSE ?

A Londres, après Saint-Denis, il était pressenti sur pas moins de huit tables-rondes dont certaines se tenaient en même temps ! Il peut se dédoubler mais pas à ce point-là. Heureusement, lorsqu’il ne peut ou ne daigne venir, ses fidèles sont là pour mettre l’ambiance. Les militants de l’UJM, de Présence musulmane et du Collectif des musulmans de France sont très investis dans l’organisation des Forums altermondialistes depuis que leur mentor les y enjoint. Non pas pour devenir altermondialistes à part entière mais bien pour tisser ce que Ramadan appelle des « sphères de collaboration », c’est-à-dire des alliances au service de l’islam politique des Frères musulmans. « La collaboration, ce n’est pas le mariage ! » rappelle-t-il à ses troupes, traumatisées à l’idée de se dissoudre dans la culture occidentale non islamique. Il suffit de lire les textes de Présence musulmane ou des éditions Tawhid pour s’en convaincre : le risque est nul. Depuis qu’ils militent « à gauche », Présence Musulmane ordonne toujours aux jeunes musulmans de ne pas regarder de films contraires à la morale islamique.

Quant à l’UJM et Tawhid, ils continuent de vendre les œuvres de Ramadan aux côtés de livres créationnistes et de tous les penseurs islamistes préférés des Frères musulmans. Pardon, un livre est venu compléter cette collection fort peu recommandable : Les musulmans face à la mondialisation libérale, où le nom de Pierre Khalfa apparaît enfin aux côtés de Tariq Ramadan et de sa nouvelle garde. Belle caution et beau dialogue de sourds. Car contrairement à ce qu’espère sans doute Khalfa, les islamistes formés par les Frères musulmans ne changeront jamais au contact des altermondialistes. Tariq Ramadan donne l’exemple. Il a beau être le pilier de la commission « islam et laïcité » paraînée par le Ligue des droits de l’homme et le Monde diplomatique, ses dernières publications sont toujours aussi haineuses envers les musulmans modernistes et laïques que lorsqu’il faisait ses classes sur le campus de Leicester, l’un des instituts islamistes londoniens à l’origine de la campagne contre Salman Rushdie… La même année où il était censé « évoluer » au contact des laïques de la Ligue de l’enseignement !

Comment croire une seconde qu’un leader formé par une confrérie aussi redoutable que les Frères musulmans peut changer ? Par contre, avez-vous remarqué combien le mouvement antiraciste et altermondialiste a drôlement changé depuis que les islamistes y militent ? L’antisémitisme n’est plus si mal vu. On ne milite plus contre le racisme mais contre l’« islamophobie ». Les nouvelles féministes portées aux nues sont celles qui portent le voile. Les autres, les musulmanes qui refusent ce symbole patriarcal comme les non musulmanes qui se battent contre l’intégrisme, sont traitées de « féministes racistes ». Parmi les tables-rondes organisées en partenariat avec des islamistes au dernier FSE, l’une d’elles a battu tous les records : celle sur le « hijab et le droit de choisir ». La France y a unilatéralement été décrite comme une dictature raciste et Bernard Cassen, président d’ATTAC, s’est fait hué pour avoir seulement voulu défendre la laïcité. Ne parlons pas des laïques du monde arabo-musulman, qui ne peuvent plus prendre le parole sans se faire rappeler à l’ordre par des intégristes !

Non ce n’est pas l’islam politique progressiste qui a trouvé sa place au sein de l’altermondialisation… Ce sont les lepénistes et les lefévristes de l’islam que l’altermondialisation vient d’accueillir en son sein avec tant de complaisance. Au nom de la lutte prioritaire contre l’impérialisme américain et le sionisme. Au risque de trahir les musulmans progressistes et laïques que ces intégristes combattent, vicitmes d’une inflitration grossière, dont je raconte toutes les arcanes dans la troisième partie de « Frère Tariq ». Pierre Khalfa ne pouvait-il pas prendre la peine de lire avant de produire une tribune aveugle de plus ? Quel est donc ce différentialisme raciste qui empêche certains progressistes d’exercer leur esprit critique envers l’intégrisme musulman comme ils savent si bien le faire envers l’intégrisme chrétien ? Peut-on vraiment rêver d’un monde meilleur en s’alliant avec des totalitaires ?

La fracture que nous vivons est aussi grave que celle posée par le stalinisme. Personne ne peut regarder au plafond et attendre que cela se passe. Il est temps de dire NON. Non à la collaboration avec l’islamisme. Pour un monde plus juste, plus libre, plus égalitaire et plus laïque. Tel est vraiment l’enjeu des débats actuels.

Caroline Fourest

Dernier livre paru Frère Tariq : discours stratégie et méthode de Tariq Ramadan, Grasset, 426 pages

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2004/11/12/37-integrer-les-integristes-tribune-de-caroline-fourest

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24 janvier 2004

Tariq Ramadan : un réformateur ? (par Montsegur)

tariqramadan_donnantleconDans sa dernière livraison au quotidien Libération (page Rebonds du 14 01 2004) Mr Tariq Ramadan, sans doute dans le souci de ne pas se laisser déborder sur sa droite, adopte un point de vue que nous ne lui connaissions pas jusqu’alors, celui de l’idéologue islamiste en recherche d’équilibre, mais dont nous pensons, quant à nous, outre le malaise qui transparaît dans cette démarche, qu’il est avant tout, la recherche d’un centre.

Alors ? Repositionnement stratégique ? Double discours ? Naissance d’un véritable réformateur islamique ? A ces interrogations légitimes, aux arguments avancés, nous allons maintenant tenter de répondre.

Monsieur,

Dans votre dernier texte en date, vous appelez de vos voeux l’expression de toutes celles et de tous ceux, croyants, athées, agnostiques, qui, tout en s’opposant à la Loi contre les signes d’appartenance religieuse, ne partagent pas vos vues sur ce que vous nommez le "choix" des femmes musulmanes au port du voile, et que nous nous permettrons de qualifier de conditionnement et d’auto-oppression,lorsqu’il ne s’agit pas d’imposition, A ces voeux d’une nécessaire confrontation, nous souscrivons ici, en débordant du cadre, jugé par vous acceptable, du compromis politique.

Ce faisant, en affirmant ici notre opposition radicale au voile en tant que signe, symbole, visibilité du statut inférieur de la femme en Islam, atteindrez-vous vite les limites de votre reconnaissance de l’altérité, et tomberons-nous ainsi sous la notion disqualifiante des "beurs" ou "arabes de service", destinée à invalider ces voix issues de la communauté d’origine musulmane, dont vous vous efforcez de taire l’expression, mais dont nous ne doutons pas qu’à moyen terme, celles-ci rencontreront chez le plus grand nombre, un écho favorable en faveur de l’émancipation et de la distance nécessaire vis à vis d’un texte figé dans le temps, et partant, d’une Réforme réelle.

Sans aucun doute, la motivation profonde qui sous-tend votre prise de parole réside-t-elle dans cette crainte double qui vous anime : crainte de vous voir déborder sur votre droite par l’aile salafiste personnifiée par le sieur Latrèche et son PMF -au demeurant il nous plaît de lire sous votre plume l’aveu des accointances de pensée entre l’extrême-droite et l’Islamisme- crainte également de voir celles et ceux qui fondent la majorité silencieuse des français de confession musulmane basculer, devant le danger pour leur liberté que représente la prégnance islamiste, tous courants confondus, vers, enfin, le camps laic et républicain, et permettons-nous de rêver un peu, une fois ce choix décisif accompli, être le vecteur de décision futur d’un Islam enfin affranchi du poids des siècles.

N’en doutons pas, l’urgence de votre appel, ce besoin de recentrage dans la forme, se nourrit de la pleine conscience que vous avez des enjeux en cours et relève d’une stratégie politique, par vous-même décriée vis à vis de la classe politique française, tombant ici dans les travers que vous dénoncez là.

Mais venons en au fond du problème.

Dans votre texte, vous semblez adopter une posture -vous ne renierez pas ce terme- critique vis à vis d’une lecture par trop littérale portée par certains courants de l’Islam traditionnaliste -au demeurant il serait opportun de nous instruire des exemples d’un Islam moderne-.

Nous vous suivrions volontiers sur ce point, qui, nous le savons bien, est le pivot à partir duquel pourrait s’articuler une réelle Réforme de l’Islam, si, dans le même temps vous n’aviez pas craint d’affirmer la licéité du port du voile comme un acte de foi indépassable. Par là même, au-delà de la question de ce signe, apparaît en filigrane, sur le même principe de légitimité religieuse de la prescription, tout ce qu’il sous-tend : la question plus globale du statut de la femme musulmane, qui se décline, dans une lente progression vers la mise en abîme, par la répudiation, la polygamie, la soumission, lorsqu’il ne s’agit pas de son application la plus sanglante, au nom de la Sharia, lapidation, torture, actes de barbarie.

Ainsi, au même titre que votre condamnation du régime sanguinaire de Saddam Hussein, aurions-nous apprécié de votre part, une semblable attention pour les régimes sanguinaires régis et protégés par la loi musulmane, au premiers rangs desquels l’Arabie saoudite sunnîte et l’Iran shîîte. Et puisque vous nous renvoyez au sentiment musulman, si tant est que celui-ci soit monolithique, nous nous permettrons de citer Mr Abdelwahab Meddeb, professeur à l’université Paris 10 : "De toutes les manières, le Coran comporte un certain nombre de considérations devenues détestables lorsqu’on les confronte à l’évolution sociale et politique qu’a connue l’Humanité dans les temps modernes -telle l’inégalité des femmes, la haine des juifs, les sanglantes prescriptions pénales concernant le vol, l’adultère etc ...- Il Faut renouer avec le processus culturel qu’avait connu l’âge classique de l’Islam pour que la lettre coranique soit absorbée par le fait civilisateur"

Cette voix-là, de notre point de vue, a le mérite de poser clairement le problème, sans détours, sans recourrir ainsi que vous le faites, à force contorsions et autres subtilités sémantiques, qui ne sont là que pour asseoir ce que vous tentez maladroitement de dissimuler, à savoir votre adhésion aux pseudo-valeurs de l’Islam traditionnaliste, et qui font de votre personne ce que vous demeurez : un idéologue de l’Islamisme.

Il ne s’agit pas, en effet, de vous prévaloir de mots symboles tels que valeurs universelles, citoyenneté, justice et égalité, empruntant au vocabulaire des Lumières, source que, nous semble-t-il, vous récusiez naguère, pour que ces Lumières là vous habitent désormais, tout comme il ne s’agit pas, dans les manifestations publiques organisées ces dernières semaines, d’agiter frénétiquement des drapeaux tricolores, ou, pourquoi pas, d’habiller des couleurs de la République le Hijab, ce qui au demeurant est une insulte à la souffrance de toutes les femmes musulmanes victimes de l’ordre islamique, pour adhérer aux valeurs républicaines.

Aussi votre appel à un front déterminé et ouvert nous paraît il relever de la mystification pure et simple.

Car quel est votre propos ?

Vous prenez appui sur deux manifestations d’exclusion, l’une sociale, la seconde d’ordre politique, afin de capter les forces progressistes de la société française sans lesquelles rien de votre ligne programmatique n’est possible, ni la réislamisation de la communauté musulmane, ni l’islamisation de la laicité et de l’espace public.

Sur le plan social, nous émettons de sérieux doutes sur la capacité du fait religieux à ouvrir aux individus les voies de la promotion sociale : nombre d’exemples historiques démontrent que de l’émancipation des religions d’Etat ou posées en principe totalisant naît l’ouverture au Monde et aux techniques, le progrès des sciences et l’accessibilité de l’être humain à la dignité.

Par ailleurs, incriminer la loi qui sera sans nul doute votée en la qualifiant de "loi de la peur" qui ne serait due qu’à des "considérations troubles et troublantes de la société française" vis à vis de sa composante d’origine musulmane nous semble relever au mieux d’une méconnaissance de l’Histoire de notre pays, au pire de l’intention manipulatoire. La laicité, inscrite dans le processus historique de la France moderne, a dû, pour s’imposer, affronter il y a cent ans d’autres adversaires et d’autres groupes identitaires, et lors de son adoption par la Chambre, lors de sa définition en terme de loi et de structures, il n’était question, tout comme aujourd’hui, non d’un quelconque mécanisme de peur ou de repli mais tout au contraire d’une volonté libératrice et positive dans son essence : permettre au citoyen de se construire, dans le respect de sa diversité, au sein de l’espace scolaire et public, hors de toute agression ou influences du pouvoir religieux.

Nous souhaiterions également vous rappeler que c’est bien de l’idéologie dont vous êtes un des représentants que naît le trouble, par une volonté claire de subvertir la laicité, de la soumettre, en instrumentalisant et en alimentant chez des adolescentes un sentiment diffus d’appartenance qui ne pourrait se traduire chez celles-ci, que dans une visibilité que leurs mères, pour la plupart, n’ont pas connu. Agiter de manière comminatoire le chiffon rouge du vote pour le Front National afin d’amener à vos vues les forces progressistes de ce pays nous paraît donc relever de la gageure : en clair, parce qu’il y aurait un sentiment de racisme à l’égard, entre autres, des français d’origine musulmane, ces forces devraient donner crédit et reconnaître un autre racisme, non moins redoutable : le racisme sexuel, dont nous avons exposé plus haut jusqu’à quels extrêmes celui-ci peut conduire.

Nous pensons, quant à nous, que l’expression des signes identitaires quels qu’ils soient au sein de l’expace public sanctuarisé et l’encouragement des comportements et des revendications séparatistes, au nom d’une religiosité dévoyée, sont autant de vecteurs de croissance du rejet. En ce sens, tout communautarisme, au premier rang desquels l’Islamisme, est un complice objectif du Front National.

Il serait édifiant, d’ailleurs, d’analyser les proximités idéologiques qui rapprochent ces deux manifestations du repli.

Le salut de la France ne réside ni dans le Front National, ni dans le Front Islamique, ni dans un improbable Front populaire communautarisé.

De même, la construction d’une éthique et le rassemblement autour de mêmes valeurs universelles partagées ne peuvent advenir en référence à une conception religieuse étriquée, réactionnaire, régressive, de l’Histoire, en faisant l’impasse ou en composant avec son aspect le plus criminogène.

Le ghetto que vous stigmatisez avec raison n’est pas que physique. Il est un autre ghetto, moral celui-ci, dont il faudra bien un jour briser les chaînes.

Pour toutes les raisons exposées ci-dessus, nous parvenons à la conclusion que votre texte, Mr Ramadan, n’est nullement en rupture d’avec votre engagement passé, et que, dans la logique qui vous conduit, ainsi que vous l’avouez implicitement, vous ne faites ici qu’appliquer "l’intelligence des étapes" qui soutient, depuis toujours, votre conquête des esprits.

L’espace laic, n’en doutons pas, sortira de cette nouvelle épreuve renforcé, afin de permettre aux générations nouvelles cette construction de l’individu échappant aux pesanteurs du dogme, cette réelle liberté qui vous effraie tant, car condition préalable et obligée à la modernité.

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18 janvier 2004

Tariq ramadan : un dealer de l’opium du peuple dans nos banlieues (par Pascal Hilout)

... ET UN MYSTIFICATEUR DU CORAN

Monsieur Tariq Ramadan fait de la récupération. La barbe de Marx ayant disparu de nos banlieues, il veut la remplacer par une barbe policée. C’est un dealer de l’opium du peuple et c’est à travers le marché florissant de l’altermondialisme qu’il veut faire passer sa camelote. Il fait semblant de militer mais il n’a pas le moindre programme économique pour combattre la misère de nos banlieues.

Militer est un verbe intransitif qui, au XIIIe siècle, voulait tout simplement dire « faire la guerre ». Le mot dans son acception moderne s’est civilisé et exprime d’abord le fait de constituer une raison, un argument pour ou contre : ceci milite en faveur de cela...

Pour comprendre la pensée de Monsieur Tariq Ramadan, il n’y a pas mieux que d’entrer d’abord dans son monde et de scruter ses textes. Ceci permet de mieux analyser la mécanique et les articulations de sa pensée qui se présente sous des oripeaux modernes alors qu’elle a du mal à quitter le XIIIe siècle. Beaucoup de personnes s’interrogent sur les raisons qui poussent M. Tariq Ramadan à épouser la cause des altermondialistes alors qu’il se réclame d’un islam ayant encore des difficultés à admettre sans réserves l’Egalité de l’homme et de la femme et la Liberté de railler le religieux que les musulmans stigmatisent encore comme ressortant du blasphème.

Considérant que le combat moderne noble est incarné par celui que nous menons contre l’oppression et la puissance économique des grandes entreprises capitalistes, Monsieur Tariq Ramadan se fait fort de construire une passerelle entre le combat djihadique et le militantisme moderne. Son but n’est rien d’autre que d’accrocher son wagon islamique rouillé à l’arrière-train des altermondialistes. Son intention n’est nullement de sortir l’islam du Moyen-Âge avec sa conception ségrégationniste entre homme et femmes.

Monsieur Tariq Ramadan est si fort en technique de travestissement qu’il réussit avec talent cette tâche qu’on pourrait qualifier de mission impossible. Quels ingrédients subtiles utilise-t-il pour générer cet écran de fumée enivrante pour son auditoire de jeunes musulmans et même pour certains intellectuels français ? Sachant très bien que le monde moderne est séparé du monde islamique par un torrent infranchissable (comme il l’est d’ailleurs du monde chrétien du Moyen-Âge), Monsieur Tariq Ramadan arpente les berges pour repérer un gué. Héritier d’une connaissance profonde du terrain islamique, il sait qu’il est possible d’y trouver des pierres plates, sans angles et d’une texture tout à fait séduisante. Il sélectionne donc ces belles pierres qui lui permettent de jalonner sa traversée du gué, sans se mouiller. Arrivé chez les militants de l’autre berge, il leur offre le service de ses troupes dont l’ardeur au combat contre l’ennemi capitaliste américain est bien connue. Dans la chaleur de la communion combattante, il espère qu’on ne l’interrogera pas trop sur le règlement interne qui régit ses coreligionnaires et qu’on fermera les yeux sur leurs exactions dans le passé.

Le djihad est une grosse épine dans le pied de l’islam qu’aucun intellectuel musulman n’a su extirper pour guérir cette religion de sa démarche claudicante. Il faut dire que le djihad est une composante essentielle sans laquelle l’histoire islamique est impossible à comprendre. C’est le djihad qui a permis à Mahomet de convaincre son clan de commerçants qui ne l’a pas écouté lorsqu’il avait passé dix ans à prêcher parmi les mécquois. C’est en s’expatriant à Médine et en organisant la première razzia qui a coupé la route à leurs caravanes se rendant vers le Nord de l’Arabie, qu’il a réussi à attirer l’attention sur lui. Il fallait donc soit le combattre ou l’intégrer. Sa stratégie et l’ardeur au combat des tribus qu’il s’est alliées, s’est avérée plus efficace. Il faut noter d’abord qu’il a commencé par unir des tribus rongées par une guerre fratricide. L’union contre un autre ennemi riche (capitaliste) leur a fait oublier les dissensions internes. Mahomet était un guerrier qui n’humiliait pas ses adversaires. Mieux encore, il leur demandait des efforts (sens premier du mot djihad) pour contribuer matériellement et humainement à élargir le territoire de l’islam. A la clé, il y avait une rétribution non seulement terrestre mais aussi dans l’au-delà. Il a donc réussi à canaliser les querelles permanentes entre les tribus nomades pour les orienter vers une conquête qui s’auto-alimentait des guerriers vaincus. Ce sont les berbères qui ont fourni le plus gros des troupes pour conquérir l’Andalousie. La littérature arabe célèbre cet événement en attribuant à Tariq Ibn Ziad le berbère (oui comme notre Tariq suisse) un discours digne des plus grands orateurs de langue arabe. La dimension intégrative du militantisme et du djihad est bien connue dans l’islam. Je suis persuadé qu’elle peut permettre à nos forces des banlieues à s’intégrer dans le creuset de la nation militante. Mais au moins que ce soit dit en toutes lettres : « chers militants des banlieues, vous devez combattre non seulement les inégalités sociales mais aussi l’obscurantisme du Moyen-Âge que notre Tariq national (suisse) a du mal à renier. Ne croyez surtout pas que vous aller vous renier. Votre identité n’est pas éternellement liée à la forme de foi adoptée par nos ancêtres. C’est en enterrant sans pitié le Moyen-Âge que le monde moderne s’est constitué. Et qu’on ne vous fasse pas croire que le monde moderne n’a pas de valeurs. C’est le contraire qui est plutôt vrai. Vous pouvez l’examiner à la lumière de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité qui dépasse les frontières communautaires ».

Quelles sont les pierres luisantes qui permettent à Monsieur Tariq Ramadan de passer du djihad au militantisme moderne ? Première consigne chez tous les religieux : n’évoquez que ce qui est apaisant et ne dites jamais toute la vérité. Dans son livre « Islam, le face à face des civilisations » paru en 2001, Monsieur Tariq Ramadan traite la question du djihad à partir de la page 106. Il y dit la vérité, rien que la vérité mais surtout pas toute la vérité. Et c’est là qu’il faut être connaisseur du dossier pour démonter son discours mutilant. Un discours vieux comme l’islam qui n’a jamais permis aux musulmans d’interroger « la morale » du djihad et de se construire une vraie conscience et tourner ainsi le dos à la mauvaise conscience ancestrale. Le djihad -pour Monsieur Ramadan- est un « concept fort de la plus intense des spiritualités » (p. 106). Sous le sous-titre « La paix du cœur », il démontre que le djihad est un effort de l’être humain pour combattre ses pulsions les plus nocives et rétablir la paix dans son cœur. La paix s’obtient donc par le combat. Vous avez compris ? Gandhi n’est donc pas musulman. Monsieur Tariq Ramadan invoque même un verset du coran (22/44) pour démontrer que le djihad permettait de préserver de la démolition des ermitages, des synagogues, des oratoires et des mosquées où le nom de Dieu est fréquemment invoqué (p. 111). Ceci est la vérité. Pour dire toute la vérité historique, Monsieur Ramadan aurait pu illustrer son propos et expliquer qu’en effet de belles églises, comme celle de Damas, n’ont pas été démolies. Elles ont été transformées en mosquées. Monsieur Ramadan croit réussir à entretenir la confusion en traduisant Allah, dans le verset cité, par Dieu. Non Monsieur Ramadan ! Ce n’est pas le nom d’Allah qui était invoqué dans les autres lieux de culte. Figurez-vous qu’on ne peut réussir la fusion de nos valeurs que dans celles que les Lumières nous ont forgées et non dans celles que les religions du Moyen-Âge nous ont inculquées pour nous amener à nous faire la guerre sainte du djihad et des croisades.

Monsieur Tariq Ramadan poursuit son raisonnement pour nous expliquer que le coran n’a ordonné le djihad que parce que les musulmans étaient agressés. Je vous vois bien Monsieur Ramadan en train de réécrire l’histoire du Maroc, de mon pays d’origine : des berbères ont agressé les musulmans de Médine. Ils avaient dans leurs troupes des mercenaires wisigoths venus d’Andalousie... Vous êtes un mystificateur de talent et n’osez même pas regarder notre histoire en face. Dire que vous êtes professeur de philosophie en Suisse ! Rousseau doit être tout retourné dans sa tombe.

Après avoir expliqué que le djihad est un effort pour la paix et que l’islam n’ordonne le djihad que pour se défendre, Monsieur Tariq Ramadan en vient au troisième pilier de son raisonnement avec un sous-titre qui est tout un programme : « pour un djihad social ». Ceci lui permet de faire amende honorable et inviter les musulmans à combattre « l’injustice, la pauvreté, l’analphabétisme, la délinquance et l’exclusion » (p117). Et c’est ainsi que Monsieur Tariq Ramadan nous explique que « la mobilisation s’impose ». Il réussit même à rejoindre le combat de l’Abbé Pierre (référence religieuse oblige !) puis à le dépasser pour dire que « Le djihad des musulmans participe de cet engagement en Occident bien sûr, mais également dans tous les pays du Sud ». Et c’est ainsi que les combattants islamiques se reconvertissent sous la plume et la direction de Tariq Ramadan en troupes d’élite dans le combat mondial contre l’injustice capitaliste.

Résumons donc les pierres qui jalonnent le gué de l’émir des militants qu’est Tariq Ramadan : · La paix des cœurs s’obtient par le djihad contre ses propres pulsions · Le djihad permet de garantir la paix · L’islam combat l’injustice · L’injustice moderne est incarnée par le capitalisme occidental · Le djihad islamique moderne est donc juste

Raisonnement de pacotille, qui ne peut fonctionner qu’auprès de gens que vous voulez maintenir enfermés dans une identité étroite sous des foulards (qui peuvent s’allonger plus tard et devenir tchadors ou burkas) et que vous ne voulez pas ouvrir, Monsieur Tariq Ramadan, au patrimoine de l’humanité que représentent les Lumières occidentales. Vous feignez d’échapper aux lois du marché, alors que vous ne faites que caresser dans le sens du poil une clientèle musulmane qui a actuellement en France un pouvoir d’achat non négligeable. Vu son origine sociale, cette clientèle n’a malheureusement pas encore les moyens de discerner les vices de votre camelote.

Posté par frere tariq à 15:20 - Tariq un réformateur salafiste - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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