Qui est Tariq Ramadan ?

Qui est tariq ramadan ? La question reste posée. Plusieurs observateurs comme C.Fourest ont decrypté son double discours. Tariq Ramadan est l'ambassadeur des Frères Musulmans en Europe. Il conserve des alliés fidèles au sein de la gauche obscurantiste

18 février 2007

Tariq Ramadan ment sur la pièce de Voltaire (par Caroline Fourest)

ramadanvoltaireTariq Ramadan est-il, oui ou non, intervenu en 1993 pour empêcher que la pièce de Voltaire sur Mahomet soit jouée en Suisse ? Régulièrement accusé de tenir un double discours et soucieux de se refaire une image, le prédicateur nie. Mais les faits sont têtus...

La pièce devait célébrer le tricentenaire de la naissance de Voltaire, organisé par l’État et la ville de Genève. Sa représentation n’aura jamais lieu. Après des semaines de campagne de la part de leaders islamistes, la subvention prévue pour la monter n’est finalement pas accordée. Dix ans après les faits, Tariq Ramadan nie formellement avoir joué le moindre rôle dans cette affaire, que ce soit sur son site web, lors d’une interview accordée à Robert Ménard de Reporters sans frontières pour la revue Médias (mars 2005) ou dans une tribune envoyée au journal Le Monde le 23 février 2006. Un simple rappel des faits prouve pourtant le contraire.

Rappel des faits
Nous sommes au printemps 1993. Hervé Loichemol, metteur en scène de gauche, militant antifasciste (il a mené une opération de solidarité avec les Bosniaques contre les génocidaires), mais aussi libre-penseur anti-intégriste (il a monté un comité pour soutenir les intellectuels algériens), souhaite célébrer le tricentenaire de Voltaire en montant l’une de ses pièces, Le Fanatisme ou Mahomet le prophète.

Cinq ans après l’affaire Rushdie – que Loichemol a soutenue en compagnie d’intellectuels comme Fethi Benslama –, la pièce de Voltaire correspond au besoin de liberté d’expression du moment. Elle montre que l’islam était une religion plutôt égalitaire par rapport à la société mecquoise de l’époque. Mais aussi, comment toute religion, aussi égalitaire et juste fût-elle, n’est pas à l’abri d’un caprice ou d’une injustice commise au nom de Dieu. Il s’agit en réalité d’une allégorie contre tous les fanatismes et tout particulièrement d’une charge contre le « christianisme odieux ». En 1742, Voltaire avait dû interrompre sa pièce le temps du passage à Paris de l’ambassadeur de Turquie, puis elle fut suspendue après trois représentations par « ordre supérieur », parce que véhiculant un message jugé « dangereux pour la religion ». C’est donc une pièce majeure de l’œuvre de Voltaire et Loichemol souhaite lui rendre hommage.

Le projet roule. Début 1993, Hervé Loichemol déjeune au restaurant Le Coutance à Genève avec Erica Deuber-Pauli, militante communiste en charge des Affaires culturelles de la ville de Genève, et deux directeurs d’institutions culturelles genevoises. Ils sont partants. Le spectacle est envisagé pour l’année suivante… Mais plus l'échéance approche, plus le projet suscite la controverse. Un premier leader islamiste monte discrètement au créneau : Hafid Ouardiri. Il s’agit du recteur de la mosquée de Genève (financée et orientée par les Saoudiens), un ami d’enfance de Tariq Ramadan, du temps où le père et modèle de « frère Tariq » était lui-même financé par les Saoudiens. Les deux hommes sont alors assez proches. D'ailleurs, deux ans plus tard, en 1995, le recteur de la mosquée de Genève hébergera le comité de soutien à Tariq Ramadan pour dénoncer son interdiction de séjour en France… Ouardiri, donc, demande la censure de la pièce au nom du respect de l’islam. Mais c’est au nom du respect des « sensibilités religieuses » qu’Alain Vaissade, conseiller administratif de la ville de Genève, qui connaît lui aussi très bien Tariq Ramadan (il a été son professeur), recule : « Même si Voltaire croise le fer avec le catholicisme, Le Fanatisme ou Mahomet présente les musulmans comme sanguinaires. Elle peut toucher et exacerber les sensibilités religieuses. »

Ne pas blesser « les sensibilités religieuses »
En 1993, déjà, l’argument porte. Mais rien n’est encore joué. L’avis de Vaissade n’est pas encore une décision. Et Loichemol porte l’affaire à la connaissance des médias dans l’espoir d’obtenir gain de cause contre ce qu’il estime être une forme de censure : « On ne peut pas célébrer Voltaire en interdisant l’une de ses pièces. C’est une contradiction dans les termes. » Entre alors dans l’arène Tariq Ramadan, qui va servir à légitimer le refus de subventionner la pièce de Voltaire. Très précisément à partir du 25 septembre 1993, date à laquelle il s’exprime publiquement dans Le Journal de Genève. À aucun moment, Ramadan n’exige la censure de la pièce au nom du blasphème. Il se contente de culpabiliser ceux qui voudraient la monter malgré les protestations. En expliquant qu’elle risque de blesser les musulmans : « En ce moment, les musulmans bosniaques apparaissent en plein cœur de l’Europe comme les nouveaux ennemis. On ne peut pas décider de monter Mahomet en faisant abstraction d’un contexte explosif. » Le contexte n’est qu’un prétexte. En l’occurrence, les musulmans n’apparaissent pas comme les ennemis, mais plutôt comme les victimes, puisque les Européens se sentent solidaires des Bosniaques exterminés par les Serbes… Loichemol fait d’ailleurs partie de ces Européens-là. Mais peu importe, l’essentiel est de culpabiliser. Un art où Ramadan excelle ! Ce n’est ni sa première ni sa dernière intervention contre la pièce, puisqu’il déclare dans ce même article du Journal de Genève : « Les autorités m’ont demandé mon opinion. Je leur ai répondu ceci : peut-on, au nom de la liberté d’expression, blesser une population qui a l’impression qu’on ne l’aime pas ? »

La censure dans un gant de velours
Le 27 septembre, Tariq Ramadan écrit à Erica Deuber-Pauli – une amie proche – pour s’étonner de la tournure publique prise par les événements. Visiblement, il se serait bien contenté d’être consulté à titre amical, dans l’ombre, sans avoir à y prendre part publiquement. Ce qu’il fait pourtant. Et avec une certaine efficacité. Le lendemain, le conseiller administratif de Genève fait paraître un communiqué pour signifier qu’il émet un avis négatif. La décision, elle, est reportée à novembre. Les autorités se donnent encore un peu de temps pour trancher. Tout peut donc encore changer. Tariq Ramadan va alors intensifier ses efforts et multiplier les interventions médiatiques. La presse suisse, où il a de très nombreux contacts, commence à lui être favorable. Loichemol se voit même soudainement soupçonné d’être « islamophobe », autrement dit raciste. Ce qu’il vit très mal. Mis en position d’accusé, il décide d’organiser un débat au théâtre de Poche, dans le centre-ville de Genève, le 3 octobre.

Tariq Ramadan débarque entouré d’une dizaine de filles voilées, qui distribuent des tracts. Il s’agit d’une lettre ouverte adressée à Hervé Loichemol, dans laquelle Tariq Ramadan demande implicitement de ne pas jouer la pièce pour ne pas offenser les musulmans : « Vous appelez cela “censure”, j’y vois de la délicatesse. »

La lettre ouverte sera publiée dans La Tribune de Genève le 10 octobre 1993. En attendant, au théâtre de Poche, Hervé Loichemol découvre le style inimitable de Tariq Ramadan. Une âme de réactionnaire pur et dur, dans un gant de velours. Le metteur en scène cherche à le pousser dans ses retranchements en lui posant à trois reprises cette question : « Monsieur Ramadan, je voudrais connaître votre position sur l’affaire Rushdie ? » À trois reprises, Ramadan esquive et ne répond pas.

Côté public, le moraliste est parvenu à se faire passer pour la victime… Présente dans la salle du théâtre de Poche, Erica Deuber-Pauli annonce que le dossier de subvention pour la pièce n’est plus accepté, mais simplement « à l’étude ». Alain Vaissade décide, lui de ne pas accorder la subvention. « Il y a des précautions à prendre », dit-il. Nous sommes le 12 octobre, soit quinze jours après l’irruption de Ramadan dans le débat public. Le prédicateur a obtenu gain de cause, sans même avoir eu à réclamer officiellement le retrait de la pièce. Et, simplement parce qu’il n’a pas fait interdire lui-même la pièce (ce dont personne ne l’accuse !), il estime n’avoir joué aucun rôle dans cette affaire.

Lorsque Ramadan se tait, Voltaire parle
Écœure par tant de mauvaise foi, épuisé aussi par tant de mensonges et de campagnes diffamatoires, Hervé Loichemol décide de quitter la Suisse pendant un temps. Son cauchemar manque recommencer treize ans plus tard. Le 8 décembre 2005, lorsque la petite ville de Saint-Genis-Pouilly lui demande de faire une lecture de la pièce de Voltaire sur Mahomet. Sitôt alerté, Hafid Ouardiri de la mosquée de Genève part en campagne et écrit au maire pour se plaindre. Hervé Loichemol se dit prêt à renoncer : « Je ne veux pas revivre ce que j’ai vécu il y a dix ans, je laisse tomber. » Mais cette fois, le maire et le préfet lui demandent de tenir bon. Ils lui promettent même une protection policière. Le jour du vernissage précédant la lecture, devant trente à quarante personnes médusées, Hafid Ouardiri débarque pour faire son show. Comme Ramadan, il nie toutefois avoir demandé l’interdiction de la lecture. Le maire, qui s’y attendait, montre la lettre écrite par Ouardiri… qui prouve le contraire.

Cette fois surtout, Tariq Ramadan n’intervient pas dans le débat public. Et pour cause. Nous sommes précisément au moment où le prédicateur tente de redorer son blason et nie être intervenu contre cette pièce en 1993, afin de renforcer ses liens avec certains altermondialistes… Et devinez quoi ? Cette fois, la pièce a bien lieu.

Caroline Fourest

Source : ProChoix

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30 novembre 2005

Tariq Ramadan ment et déforme l'analyse de Caroline Fourest sur les émeutes (par Caroline Fourest / Prochoix)

tariqramadan_donnantleconDans un article intitulé « Des vérités qui peu à peu se révèlent », paru le 30 novembre 2005 sur Oumma.com, Tariq Ramadan m’accuse de rendre l’islamisme responsable des émeutes. Sans me citer et sans citations à l'appui. Il se contente d'asséner cette contre-vérité en m'attribuant des propos que j’aurais tenus en Angleterre, auprès de la BBC et dans le Wall Street journal, mais pas en France. Ce qui me rendrait coupable du délit de « double discours ».

En réalité, égal à lui même, Tariq Ramadan ment, défigure mes propos et procède par amalgame pour mieux caricaturer ses détracteurs.

Les islamistes — Tariq Ramadan compris — ne sont pas à l'origine des émeutes que vient de traverser la France. Voilà l'analyse que je développe depuis des semaines dans Charlie Hebdo (16/11/2005) Lire, sur TV5, sur France Inter… Mais aussi, très exactement dans ces termes, sur la BBC et dans le Wall Street journal Europe (16/11/05). Mon article paru dans le journal anglophone commence par cette phrase : "Les émeutes auxquelles nous avons assisté en France en novembre 2005 n’étaient ni ethniques ni religieuses, mais le symptôme d’un malaise social, économique et identitaire". Je m'y élève contre la propagande relayée par Fox news voulant faire de ces émeutes le signe d'une explosion islamiste en France ! Ce qui n'empêche pas Tariq Ramadan de me faire dire exactement le contraire...

En fait, Tariq Ramadan feint d'ignorer cette première partie de mon analyse pour mieux la déformer, notamment en l'amalgamant à une seconde partie de mon propos. Celle où j'explique que même si les intégristes ne sont pas à l'origine de ces émeutes, leur prosélytisme risque de gagner du terrain si l’Etat continue d'abandonner le lien social dans certains quartiers populaires aux religieux plutôt qu'aux travailleurs sociaux. Comme en Algérie (lire notamment l’article de Meriem Khelladi)

Tariq Ramadan amalgame donc ces deux analyses afin de semer la confusion et de donner le sentiment diffus — sans aucune citation à l’appui — d’un « double discours ». Il s’agit ni plus ni moins d’un procédé malhonnête visant à renverser l’accusation qui le suit à la trace depuis plus de quinze ans, preuves à l’appui cette fois.

Autre ficelle décidément très habituelle chez le prédicateur, il tente à tout prix d’amalgamer mes prises de positions avec celles d’Alain Finkielkraut, dont je ne partage pourtant l’analyse ni sur les émeutes ni sur la colonisation. L’essentiel étant de dresser une nouvelle liste de noms — Finkielkraut, BHL et moi-même — pour souffler sur les braises de la démagogie anti-intellos, qu’il se verrait bien remplacer sur les plateaux de télés pour parler au nom des banlieues.

Caroline Fourest

Voici in extenso la version française envoyée sous forme de tribune par Caroline Fourest au Wall Street Journal Europe, qui a fait la traduction et choisi les titrailles.


The France after the riots

Les émeutes auxquelles nous avons assistées en France ces dernières semaines ne sont ni ethniques ni religieuses. Mais le symptôme d’un malaise social, économique et identitaire. Ce qui ne veut pas dire que des mouvements religieux « intégristes », c’est à dire défendant une vision de l’islam à la fois politique et liberticide, ne vont pas chercher à tirer parti du chaos. Dans un contexte où le fanatisme prospère particulièrement bien sur les ruines de l’échec social.

Cet échec n’est pas, à mon avis, dû au modèle d’insertion universaliste à laquelle la France tient tant. Les émeutes existent dans tous les pays, et même plus particulièrement dans ceux où le respect des communautés visibles n’empêche pas la ségrégation sociale et économique. La France a même longtemps été plutôt protégée dans ce domaine grâce aux efforts successifs de ces gouvernants pour « désenclaver » les quartiers concentrant les populations défavorisées et donc les handicaps sociaux. Même si, de l’avis de tous aujourd’hui, cet effort n’a jamais été à la hauteur du défi, gigantesque, qui attend ceux qui souhaitent sincèrement offrir à tous ses compatriotes une « égalité des chances » réelle et non simplement fictionnelle.

Cette ambition, c’est bien celle du modèle universaliste : ne pas reconnaître ses citoyens en fonction de leur appartenance « visible » à une communauté mais les considérer comme des individus ayant droit aux mêmes chances de réussite, quelle que soit leur origine.

Belle ambition, à laquelle il ne faut surtout pas renoncer sous prétexte que le modèle communautariste, qui régule le lien social en fonction de communautés culturelles — au risque d’enfermer de fait l’identité de ses concitoyens — se révèle plus payant à court terme. Assurément, le modèle auquel nous devons réfléchir en Europe est une forme de troisième voie, qui sache marier l’ambition universaliste à long terme sans pour autant tomber dans un conformisme niant les appartenances culturelles et donc la richesse de cette diversité.

C’est un long débat, qui demandera du temps, donc de la patience mais aussi des moyens. Dominique de Villepin vient d’anoncer la déblocage de 100 millions d’euros à destination d’associations qui, sur le terrain, animent justement cette œuvre interculturelle et ce lien social. C’est une bonne chose. Même cette mesure arrive un peu tard. En effet, c’est bien l’arrêt de tout crédit aux forces vives du tissu associatif et social qui est en partie responsable des émeutes que nous venons de vivre. En France, plus qu’aux Etats-Unis ou en Angleterre, le tissu associatif dépend des subventions publiques. C’est grâce à de l’argent public que des milliers d’associations et de travailleurs sociaux tentent de lutter, jour après jour, contre les inégalités et les discriminations grâce à leur talent de médiateur et d’éducateurs.

Or depuis trois ans, cet argent public a fondu. Lors de son arrivée au ministère de l’intérieur, l’une des premières déclarations marquantes de Nicolas Sarkozy fut de congédier la police préventive de proximité pour se concentrer uniquement sur une police de répressive : « La police n’est pas là pour jouer au football avec les jeunes des quartiers mais pour arrêter et sanctionner » a-t-il lancé au principal responsable de la police de proximité, médusé. Mais Nicolas Sarkozy vous dira qu’il a souhaité mener une politique à la fois « ferme et juste ». La fermeté, c’est ce recentrage vers une police uniquement répressive. La « justice », Nicolas Sarkozy l’a bâtie sur le modèle communautariste, qu’il incarne en France. A savoir déléguer le lien social — et donc le règlement des conflits, y compris sociaux ! — aux communautés religieuses. En l’occurrence aux groupes religieux islamiques les mieux implantés dans les quartiers difficiles. Je veux parler de l’Union des organisations islamiques de France, représentant l’islam fondamentaliste des Frères musulmans. Inconnu du grand public jusqu’à très récemment, l’UOIF est désormais devenue incontournable dans le débat public grâce à sa participation au CFCM, le Conseil Français du culte musulman mis en place par le ministre de l’intérieur. Où ils représentent désormais un tiers de l’islam de France.

Moralité, lorsque des émeutes éclatent, ce sont vers eux que se tournent désormais une partie de la classe politique avide de solution facile pour résoudre une crise — dont les origines sont encore une fois sociales. Sans avoir peur du ridicule.

Pour prouver sa bonne volonté, le 6 novembre, l’UOIF a édicté une « fawta » appellant au calme : « Il est interdit au musulman la transgression et l’injustice et ‘ne transgressez point car Dieu n’aime pas les transgresseurs’ », dixit le contenu de la fatwa, sources coraniques à l’appui. Comme si tous les casseurs étaient musulmans et non les enfants maudits de la République. Comme si le mouvement de colère auquel on assiste était une sorte d’Intifada et non un mouvement de rage sociale. Comme s’il suffisait qu’un imam obscur siffle la fin de la récréation pour que l’ordre revienne…

En l’occurrence, cette fatwa n’a eu aucun impact. Sur le terrain, les émeutiers savent à peine qui est l’UOIF et une fatwa leur parle autant qu’un « couvre-feu » moraliste. Plus inquiétante est l’arrivée sur le terrain de groupes de militants formés par les Frères musulmans pour s’interposer comme médiateurs, entre l’Etat et les jeunes des quartiers populaire, au pied des immeubles. Car cette présence témoigne d’une volonté, indiscutable, d’instrumentaliser l’émotion actuelle au service d’un agenda religieux qui est aussi un agenda politique.

Quand l’Etat démissionne, l’initiative privée — en l’occurrence intégriste — occupe le terrain. L’adage est vrai pour la France comme il l’est pour l’Algérie et l'Egypte. C’est ainsi que les Frères musulmans ont tissé leurs réseaux, en investissant le soutien scolaire, en organisant des activités sportives et culturelles, là où l’Etat n’assure pas sa mission de lien social. Les Algériens qui ont connu les émeutes d’avant 1990, où les voitures ont brûlé pendant des jours, se souviennent que les islamistes ont ensuite prospéré sur les cendres de ces émeutes.

L’UOIF, qui recevait volontiers les dirigeants du Front islamique du salut, la principale force islamiste en Algérie, à son Congrès annuel jusqu’à il y a encore quelques années, fait-elle le même rêve ? Les prédicateurs islamistes vont-il occuper le terrain calciné des écoles, des gymnases et des foyers qui ont été brûlés en moins de deux semaines, réduisant à néant des années d’effort collectif en faveur de ces quartiers.

Rien ne permet de penser le contraire.

Dans un communiqué, JMF, la branche jeunesse de l’UOIF, a appelé au calme en faisant ce rappel : « Présent sur le terrain depuis plus de 10 ans, JMF, à travers toutes ses sections réparties sur le territoire national, travaille tous les jours avec ces jeunes par le biais d’activités socio-éducatives, culturelles, sportives et humanitaire. Nous oeuvrons au quotidien pour les accompagner à devenir des citoyens actifs et positifs de notre société. » Un message rassurant, en apparence. Sauf lorsqu’on sait ce que l’UOIF entend par « positif ». En l’occurrence, le prédicateur vedette de cette organisation, Hassan Iquioussen, que des sociologues français ont décrit comme l’incarnation typique de ces « nouveaux travailleurs sociaux » qu’il faudrait envoyer dans les quartiers difficiles à la place de l’Etat, prêche aux jeunes qu’une fille et un garçon n’ont pas le droit de se parler par le biais d’ internet sous peine d’être à trois avec le « diable ». Ou encore que la Shoah et une complot entre Hitler et les Juifs — décrits comme le « top de la félonie » — pour occuper la Palestine. Et que, bien sûr, certains islamistes en activité aux quatre coins du monde sont des « frères ».

C’est dire s’il y a quelque inquiétude à voir les troupes de l’UOIF jouer les médiateurs sociaux. Prête à calmer le jeu lorsqu’il s’agit de rage sociale et de brûler des voitures. Mais pour mieux distiller un islam fondamentaliste liberticide, sexiste, homophobe et antisémite. Dans un contexte où partout dans le monde, d’autres mouvements issus des Frères musulmans tentent de grignoter la moindre parcelle de terrain social et culturel en nourrissant le rêve d’unir, un jour, leurs positions de force ainsi acquises.

Caroline Fourest
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/11/30/367-tariq-ramadan-egal-a-lui-meme

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21 janvier 2005

Mensonges et dérobades de Tariq Ramadan (par Caroline Fourest / Prochoix)

tariqramadan_hurlantTariq Ramadan a l'habitude d'esquiver toute critique grâce à un sens aigü de l'euphémisme (les « attentats » sont des « interventions », les intégristes de simples « savants musulmans », le terrorisme de la « résistance », etc.), au double discours (externe/interne) mais aussi grâce au mensonge. Exemples de ces petits arrangements avec la vérité que les journalistes ne relèvent que rarement...

Le Point (21 janvier 2004)

RAMADAN DIT, dans une tribune contre Caroline Fourest : « Mes détracteurs n'hésitent pas à mentir : non, je n'ai jamais promu l'excision. »

FAUX : Caroline Fourest ne l'a jamais accusé de promouvoir l’excision. Elle a même écrit le contraire dans Frère Tariq (p. 156).

Le Point (21 janvier 2004)

RAMADAN DIT : « Non, je n'ai jamais fait interdire une pièce de Voltaire. »

FAUX : Le documentaire de Mohamed Sifaoui donne la parole à Hervé Loichemol, metteur en scène de la pièce qui n'a jamais eu lieu suite à la campagne menée dans la presse par Tariq Ramadan en 1993. Voir notamment sa tribune parue dans La Tribune de Genève du 7 octobre 1993 où Ramadan écrit : « Ici, cher monsieur, c’est le règne des intimités déchirées contre lesquelles viennent se cogner votre droit de tout dire… de tout redire […] Vous appelez cela de la “censure”, j’y vois de la délicatesse. » [Source : « Lettre ouverte à M. Hervé Loichemol », Tariq Ramadan, Tribune de Genève du 7 octobre 1993.]

Campus (4 décembre 2003)

RAMADAN DIT avoir gagné tous ses procès contre ceux qui l'accusent de double discours.

C'est ce qu'il a proclamé sur le plateau de Campus face à Caroline Fourest. Ce jour-là, il est repris par Guillaume Durand : « Vous avez perdu votre procès contre Antoine Sfeir... » Mais Ramadan persiste et ment : « Non, j’ai gagné mon procès contre Antoine Sfeir. »

RAMADAN A MENTI : Sfeir a gagné le procès que lui intentait Ramadan. Dans son jugement du 22 mai 2003, la Cour d'appel de Lyon a donné raison au directeur des Cahiers de l'Orient lorsqu'il explique que les discours de prédicateurs comme Tariq Ramadan « peuvent exercer une influence sur les jeunes islamistes et constituer un facteur incitatif pouvant les conduire à rejoindre les partisans d’actions violentes ».

Culture & dépendances (décembre 2003)

RAMADAN A DIT : qu'il faisait partie des théologiens musulmans acceptant les théories sur l'évolution.

Engagé dans un bras de fer avec Jean-François Kahn sur le plateau de Cultures et dépendances, en décembre 2003, il n’a trouvé aucune porte de sortie lorsque Kahn lui a demandé du tac au tac s’il faisait partie des théologiens musulmans qui acceptaient les théories sur l’évolution ? Ce jour-là, comme d’autres fois sur un plateau de télévision, Ramadan a préféré acquiescer plutôt que d’assumer ses convictions réelles devant le grand public...

RAMADAN A MENTI : Ramadan prône très clairement l'enseignement du créationisme à destination des musulmans (où ils apprendront que l’homme ne descend pas du singe mais a été créé par Dieu). C’est ce qu’il écrit dans une note de bas de page de son livre Les Musulmans dans la laïcité : « Les cours de biologie peuvent contenir des enseignements qui ne sont pas en accord avec les principes de l’islam. Il en est d’ailleurs de même des cours d’histoire ou de philosophie. Il ne s’agit pas de vouloir en être dispensés. Bien plutôt, il convient d’offrir aux jeunes, en parallèle, des cours de formation qui leur permettent de connaître quelles sont les réponses de l’islam aux problématiques abordées dans ces différents cours. » Les partisans de Ramadan pourront, par exemple, puiser leur « enseignement complémentaire » dans un ouvrage édité par Tawhid (sa maison d'édition) : L’homme descend-il du singe ? Un point de vue musulman sur la théorie de l’évolution, qui défend un créationisme niant cette évolution !

L'Hebdo (28 octobre 2004)

RAMADAN A DIT : ''« Catherine Fourest est une prosioniste notoire. Elle assimile toute critique de l'Etat d'Israël à de l'antisémitsme et elle fait partie du réseau BHL. La principale critique de son livre se réduit au fait que je suis le petit fils de Hassan al-Banna et que, donc forcément je propage l'idéologie des Frères musulmans et que j'en serai le responsable en Europe. »

RAMADAN A MENTI : Ramadan se trompe sur le prénom de Caroline Fourest (sur une radio suisse, il déclare même ne pas avoir lu son livre) mais il peut se montrer catégorique dès qu'il s'agit d'évoquer les motivations obscures censées l'animer.... Voici le droit de réponse envoyé à l'Hebdo par Caroline Fourest.

Réaction de Fourest aux propos diffamatoires de Ramadan dans l'Hebdo

« Tariq Ramadan a décidément toujours recours aux mêmes ficelles à l'encontre de ceux qui osent se mettre en travers de son chemin. Voilà 14 ans que des intellectuels, des journalistes ou de simples citoyens, souvent de culture musulmane, essaient de mettre en garde contre son double discours.A chaque fois, il use des mêmes armes pour les disqualifier et éviter toute remise en question : 1) Vous m'attaquez parce que je suis le petits-fils de Hassan al-Banna au lieu de lire ce que j'écris !, 2) Vous êtes « islamophobe », 3) Je suis victime d'un grand complot sioniste (entendez juif).

« On aurait pu croire qu'il m'éviterait le premier procès dans la mesure où mon livre se base avant tout autre chose sur le discours de Tariq Ramadan (et précise bien qu'il ne s'agit pas de critiquer Ramadan en tant que “petit fils de Hassan al-Banna” mais bien en tant qu'“héritier politique de Hassan al-Banna” enseignant sa pensée et sa méthode sans esprit critique dans ses livres et dans ses cassettes). C'est pourtant bien ce qu'il fait dans l'interview accordé à votre journal. Il y a des ficelles auxquelles on ne renonce pas facilement...

« Ramadan n'ose pas me traiter d'“islamophobe”, ce qui serait un peu grossier étant donné que je suis rédactrice en chef d'une revue antiraciste et que mon avant dernier livre, Tirs Croisés, s'élevait contre la stigmatisation de l'islam. Il est vrai que d'autres se chargent pour lui de laisser tout de même planer ce soupçon... A croire que seul Tariq Ramadan peut exiger d'être jugé sur ses écrits.

« Mais il y a plus grave. Le plus inquiétant à mes yeux est la façon dont il peut se présenter comme la victime d'un grand complot juif, sans émouvoir. Toujours dans cette interview, Tariq Ramadan déclare ainsi que mon travail d'enquête n'est dicté que par une seule motivation : lui faire payer sa tribune contre les intellectuels juifs puisque je serait membre d'un obscur réseau... le “réseau BHL” ! Mieux, je serais une “prosioniste notoire” qui “assimile toute critique d'Israël à de l'antisémitisme” ! Si je ne connaissais pas Tariq Ramadan par coeur et si je ne l'avais pas vu user de ces mêmes attaques contre des amis nationalistes arabes et pro-palestiniens, je crois que j'en serai tombée de ma chaise.

« Je serais en tout cas amusée de savoir sur quoi Tariq Ramadan s'appuie pour étayer un délire pareil ? J'enquête sur lui depuis 2001, soit bien avant sa tribune listant des intellectuels juifs. D'ailleurs, je parlais déjà de lui dans Tirs Croisés. Le projet de ce livre est plus récent pour une raison simple : avant sa tribune et son face à face avec Nicolas Sarkozy, Tariq Ramadan n'était pas suffisamment connu en France pour qu'on lui consacre un livre ! Quant à mes prétendues motivations obscures, je tiens juste à préciser que, contrairement à ce qu'affirme Ramadan, je n'ai jamais eu aucun engagement concernant le conflit israëlo-palestinien.

« J'enquête sur lui depuis 2001, soit bien avant sa tribune listant des intellectuels juifs. D'ailleurs, je parlais déjà de lui dans Tirs Croisés (paru en octobre 2003). Le projet de ce livre est plus récent pour une raison simple : avant sa tribune et son face à face avec Nicolas Sarkozy, Tariq Ramadan n'était pas suffisamment connu en France pour qu'on lui consacre un livre ! Quant à mes prétendues motivations obscures, je tiens juste à préciser que, contrairement à ce qu'affirme Ramadan, je n'ai jamais eu aucun engagement concernant le conflit israëlo-palestinien.

« Je suis une journaliste d'investigation, spécialisée dans l'étude des fondamentalismes et des intégrismes, aussi critique envers l'intégrisme musulman qu'envers l'intégrisme juif ou chrétien. J'ai écrit un livre très sévère sur la droite religieuse américaine pro-Bush (Foi contre choix), cela fait-il de moi une « christianophobe » vendue au lobby musulman ? Dans Tirs Croisés, je dénonce avec force les intégristes juifs bloquant le processus de paix et refusant d'évacuer les colonies. Cela fait-il de moi un agent du Hamas ? Non. Par contre, le seul fait de faire preuve d'esprit critique envers l'intégrisme musulman, en tant qu'intégrisme, semble suffire à Tariq Ramadan pour m'accuser d'être un agent du sionisme ! Il est vrai qu'il dit exactement la même chose de Richard Labévière, également très critique envers Ramadan, malgré son engagement pro-Palestinien.

« En réalité, en agitant le mythe du complot juif, de sinistre mémoire, Tariq Ramadan ne fait que se dévoiler lui-même un peu plus. Pour le reste, j'espère être jugée sur mon livre et non sur la base d'un procès d'intention aussi nébuleux qu'inquiétant. »

Europe 1 (2 décembre 2004)

RAMADAN A DIT : "Fourest a refusé de débattre avec moi !"

FAUX : Dès septembre 2004, Caroline Fourest a accepté le principe d'un face-face avec Tariq Ramadan à la demande de l'émission Mots Croisés d'Arlette Chabot (émission longue et non montée qui lui paraissait présenter les conditions requises pour ce genre d'exercice). Mots Croisés a alors contacté Tariq Ramadan pour lui faire la même proposition. Pendant plus de 5 semaines, celui-ci a refusé de donner sa réponse au motif qu'il n'avait pas encore lu le livre... Au même moment, pourtant, l'attachée de presse de Caroline Fourest a eu la surprise de recevoir une proposition de débat accepté par Tariq Ramadan venant de la Télévision suisse Romande ! Proposition que Caroline Fourest ne pouvait accepter étant donné son engagement vis-à-vis de France 2. Chose que Ramadan ne pouvait ignorer. Caroline Fourest attendait toujours sa réponse pour un face à face sur Mots Croisés. Elle a donc provoqué Tariq Ramadan lors de son interview sur le plateau de Thierry Ardisson, Tout le monde en parle, en rappellant "qu'elle attendait toujours". Ce qui ne pouvait que piquer l'orgueil de "Frère Tariq" et le pousser à accepter. Ce qu'il a fait... dans un premier temps pour ensuite refuser les conditions de l'émission (un face à face avec Fourest suivi dans un débat général) !

Tout cela pose une vraie question d'ordre éthique et journalistique : peut-on accepter de débattre avec un leader intégriste pratiquant le mensonge systématique sans prendre le risque de banaliser le discours islamiste et surtout de relayer sa propagande ?

Tariq Ramadan a l'habitude d'esquiver toute critique grâce à un sens aigü de l'euphémisme (les "attentats" sont des "interventions", les intégristes de simples "savants musulmans", le terrorisme de la "résistance" etc), au double discours (externe/interne) mais aussi grâce au mensonge. Exemples de ces petits arrangements avec la vérité que les journalistes ne relèvent que rarement...

Le Point (21 janvier 2004)

• RAMADAN DIT, dans une tribune contre Caroline Fourest : « Mes détracteurs n'hésitent pas à mentir : non, je n'ai jamais promu l'excision ».

• FAUX : Caroline Fourest ne l'a jamais accusé de promouvoir l’excision. Elle a même écrit le contraire dans Frère Tariq (p.156).

Le Point (21 janvier 2004)

• RAMADAN DIT « non, je n'ai jamais fait interdire une pièce de Voltaire ».

• FAUX : Le documentaire de Mohamed Sifaoui donne la parole à Hervé Loichemol, metteur en scène de la pièce qui n'a jamais eu lieu suite à la campagne menée dans la presse par Tariq Ramadan en 1993. Voir notamment sa tribune parue dans La Tribune de Genève du 7 octobre 1993 où Ramadan écrit : "« Ici, cher monsieur, c’est le règne des intimités déchirées contre lesquelles viennent se cogner votre droit de tout dire… de tout redire (…) Vous appelez cela de la ‘censure’, j’y vois de la délicatesse. »

Source : "Lettre ouverte à M.Hervé Loichemol", Tariq Ramadan, Tribune de Genève du 7 octobre 1993.

Campus (4 décembre 2003)

• RAMADAN DIT avoir gagné tous ses procès contre ceux qui l'accusent de double discours.

C'est ce qu'il a proclamé sur le plateau de Campus face à Caroline Fourest. Ce jour-là, il est repris par Guillaume Durand : « Vous avez perdu votre procès contre Antoine Sfeir... » Mais Ramadan persiste et ment : « Non, j’ai gagné mon procès contre Antoine Sfeir. »

• RAMADAN A MENTI : Sfeir a gagné le procès que lui intentait Ramadan. Dans son jugement du 22 mai 2003, la Cour d'appel de Lyon a donné raison au directeur des Cahiers de l'Orient lorsqu'il explique que les discours de prédicateurs comme Tariq Ramadan « peuvent exercer une influence sur les jeunes islamistes et constituer un facteur incitatif pouvant les conduire à rejoindre les partisans d’actions violentes ».

Culture & dépendances (décembre 2003)

• RAMADAN A DIT : qu'il faisait partie des théologiens musulmans acceptant les théories sur l'évolution.

Engagé dans un bras de fer avec Jean-François Kahn sur le plateau de Cultures et dépendances, en décembre 2003, il n’a trouvé aucune porte de sortie lorsque Kahn lui a demandé du tac au tac s’il faisait partie des théologiens musulmans qui acceptaient les théories sur l’évolution ? Ce jour-là, comme d’autres fois sur un plateau de télévision, Ramadan a préféré acquiescer plutôt que d’assumer ses convictions réelles devant le grand public...

• RAMADAN A MENTI : Ramadan prône très clairement l'enseignement du créationisme à destination des musulmans (où ils apprendront que l’homme ne descend pas du singe mais a été créé par Dieu). C’est ce qu’il écrit dans une note de bas de page de son livre Les Musulmans dans la laïcité : « Les cours de biologie peuvent contenir des enseignements qui ne sont pas en accord avec les principes de l’islam. Il en est d’ailleurs de même des cours d’histoire ou de philosophie. Il ne s’agit pas de vouloir en être dispensés. Bien plutôt, il convient d’offrir aux jeunes, en parallèle, des cours de formation qui leur permettent de connaître quelles sont les réponses de l’islam aux problématiques abordées dans ces différents cours. » Les partisans de Ramadan pourront, par exemple, puiser leur « enseignement complémentaire » dans un ouvrage édité par Tawhid (sa maison d'édition) : L’homme descend-il du singe ? Un point de vue musulman sur la théorie de l’évolution, qui défend un créationisme niant cette évolution !

L'Hebdo (28 octobre 2004)

• RAMADAN A DIT : "Catherine Fourest est une prosioniste notoire. Elle assimile toute critique de l'Etat d'Israël à de l'antisémitsme et elle fait partie du réseau BHL. La principale critique de son livre se réduit au fait que je suis le petit fils de Hassan al-Banna et que, donc forcément je propage l'idéologie des Frères musulmans et que j'en serai le responsable en Europe".

• RAMADAN A MENTI : Ramadan se trompe sur le prénom de Caroline Fourest (sur un radio suisse, il déclare même ne pas avoir lu son livre) mais il peut se montrer catégorique dès qu'il s'agit d'évoquer les motivations obscur'es censées l'animer.... Voici le droit de réponse envoyé à l'Hebdo par Caroline Fourest.

Réaction de Fourest aux propos diffamatoires de Ramadan dans l'Hebdo

"Tariq Ramadan a décidément toujours recours aux mêmes ficelles à l'encontre de ceux qui osent se mettre en travers de son chemin. Voilà 14 ans que des intellectuels, des journalistes ou de simples citoyens, souvent de culture musulmane, essaient de mettre en garde contre son double discours.A chaque fois, il use des mêmes armes pour les disqualifier et éviter toute remise en question : 1) vous m'attaquez parce que je suis le petits-fils de Hassan al-Banna au lieu de lire ce que j'écris !, 2) Vous êtes "islamophobe", 3) Je suis victime d'un grand complot sioniste (entendez juif).

On aurait pu croire qu'il m'éviterait le premier procès dans la mesure où mon livre se base avant tout autre chose sur le discours de Tariq Ramadan (et précise bien qu'il ne s'agit pas de critiquer Ramadan en tant que "petit fils de Hassan al-Banna" mais bien en tant qu'"héritier politique de Hassan al-Banna" enseignant sa pensée et sa méthode sans esprit critique dans ses livres et dans ses cassettes). C'est pourtant bien ce qu'il fait dans l'interview accordé à votre journal. Il y a des ficelles auxquelles on ne renonce pas facilement...

Ramadan n'ose pas me traiter d'"islamophobe", ce qui serait un peu grossier étant donné que je suis rédactrice en chef d'une revue antiraciste et que mon avant dernier livre, Tirs Croisés, s'élevait contre la stigmatisation de l'islam. Il est vrai que d'autres se chargent pour lui de laisser tout de même planer ce soupçon... A croire que seul Tariq Ramadan peut exiger d'être jugé sur ses écrits.

Mais il y a plus grave. Le plus inquiétant à mes yeux est la façon dont il peut se présenter comme la victime d'un grand complot juif, sans émouvoir. Toujours dans cette interview, Tariq Ramadan déclare ainsi que mon travail d'enquête n'est dictée que par une seule motivation : lui faire payer sa tribune contre les intellectuels juifs puisque je serait membre d'un obscur réseau... le "réseau BHL" ! Mieux, je serai une "prosioniste notoire" qui "assimile toute critique d'Israël à de l'antisémitisme" ! Si je connaissais pas Tariq Ramadan par coeur et si je ne l'avais pas vu user de ces mêmes attaques contre des amis nationalistes arabes et pro-palestiniens, je crois que j'en serai tombée de ma chaise.

Je serai en tout cas amusée de savoir sur quoi Tariq Ramadan s'appuie pour étayer un délire pareil ? J'enquête sur lui depuis 2001, soit bien avant sa tribune listant des intellectuels juifs. D'ailleurs, je parlais déjà de lui dans Tirs Croisés. Le projet de ce livre est plus récent pour une raison simple : avant sa tribune et son face à face avec Nicolas Sarkozy, Tariq Ramadan n'était pas suffisamment connu en France pour qu'on lui consacre un livre ! Quant à mes prétendues motivations obscures, je tiens juste à préciser que, contrairement à ce qu'affirme Ramadan, je n'ai jamais eu aucun engagement concernant le conflit israëlo-palestinien.

J'enquête sur lui depuis 2001, soit bien avant sa tribune listant des intellectuels juifs. D'ailleurs, je parlais déjà de lui dans Tirs Croisés (paru en octobre 2003). Le projet de ce livre est plus récent pour une raison simple : avant sa tribune et son face à face avec Nicolas Sarkozy, Tariq Ramadan n'était pas suffisamment connu en France pour qu'on lui consacre un livre ! Quant à mes prétendues motivations obscures, je tiens juste à préciser que, contrairement à ce qu'affirme Ramadan, je n'ai jamais eu aucun engagement concernant le conflit israëlo-palestinien.

Je suis une journaliste d'investigation, spécialisée dans l'étude des fondamentalismes et des intégrismes, aussi critique envers l'intégrisme musulmane qu'envers l'intégrisme juif ou chrétien. J'ai écrit un livre très sévère sur la droite religieuse américaine pro-Bush (Foi contre choix), cela fait-il de moi une "christianophobe" vendue au lobby musulman ? Dans Tirs Croisés, je dénonce avec force les intégristes juifs bloquant le processus de paix et refusant d'évacuer les colonies. Cela fait-il de moi un agent du Hamas ? Non. Par contre, le seul fait de faire preuve d'esprit critique envers l'intégrisme musulman, en tant qu'intégrisme, semble suffire à Tariq Ramadan pour m'accuser d'être un agent du sionisme ! Il est vrai qu'il dit exactement la même chose de Richard Labévière, également très critique envers Ramadan, malgré des son engagement pro-Palestinien.

En réalité, en agitant le mythe du complot juif, de sinistre mémoire, Tariq Ramadan ne fait que se dévoiler lui-même un peu plus. Pour le reste, j'espère être jugée sur mon livre et non sur la base d'un procès d'intention aussi nébuleux qu'inquiétant".

Caroline Fourest

Europe 1 (2 décembre 2004)

• RAMADAN A DIT : "Fourest a refusé de débattre avec moi !"

• FAUX : Dès septembre 2004, Caroline Fourest a accepté le principe d'un face-face avec Tariq Ramadan à la demande de l'émission Mots Croisés d'Arlette Chabot (émission longue et non montée qui lui paraissait présenter les conditions requises pour ce genre d'exercice). Mots Croisés a alors contacté Tariq Ramadan pour lui faire la même proposition. Pendant plus de 5 semaines, celui-ci a refusé de donner sa réponse au motif qu'il n'avait pas encore lu le livre... Au même moment, pourtant, l'attachée de presse de Caroline Fourest a eu la surprise de recevoir une proposition de débat accepté par Tariq Ramadan venant de la Télévision suisse Romande ! Proposition que Caroline Fourest ne pouvait accepter étant donné son engagement vis-à-vis de France 2. Chose que Ramadan ne pouvait ignorer. Caroline Fourest attendait toujours sa réponse pour un face à face sur Mots Croisés. Elle a donc provoqué Tariq Ramadan lors de son interview sur le plateau de Thierry Ardisson, Tout le monde en parle, en rappellant "qu'elle attendait toujours". Ce qui ne pouvait que piquer l'orgueil de "Frère Tariq" et le pousser à accepter. Ce qu'il a fait... dans un premier temps pour ensuite refuser les conditions de l'émission (un face à face avec Fourest suivi dans un débat général) !

Tout cela pose une vraie question d'ordre éthique et journalistique : peut-on accepter de débattre avec un leader intégriste pratiquant le mensonge systématique sans prendre le risque de banaliser le discours islamiste et surtout de relayer sa propagande ?

Caroline Fourest

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/01/21/35-mensonges-et-derobades-de-tariq-ramadan-par-caroline-fourest

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04 décembre 2004

Le Monde : "Le double langage du très médiatique 'Frère Tariq'

Cet homme est un caméléon. Il est capable de dire une chose ou son contraire selon l'auditoire auquel il s'adresse. Laïc avec les laïcs, religieux avec les religieux, modéré avec les uns, extrémiste avec les autres.

Le portrait de Tariq Ramadan, brossé jeudi soir 2 décembre sur France 2 dans "Envoyé spécial" par Mohamed Sifaoui, était singulièrement à charge. Né en 1962 à Genève, docteur ès lettres, professeur à l'université de Fribourg, en Suisse, Tariq Ramadan est devenu au fil des ans l'intellectuel musulman le plus célèbre en France. Il a acquis une notoriété supplémentaire en affrontant Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, au cours de l'émission "100 minutes pour convaincre" le 20 novembre 2003 sur France 2. Il avait affirmé ce jour-là qu'il prônait un "moratoire" sur la lapidation des femmes adultères. Ce moratoire n'a pas peu fait pour sa gloire, d'autant qu'il présentait cette idée comme une preuve manifeste de son ouverture d'esprit...

Tariq Ramadan est le petit-fils de Hassan Al-Banna, le fondateur égyptien de la confrérie des Frères musulmans, présente dans tout le monde arabe. Contrainte à l'exil par Nasser, sa famille s'est établie en Suisse en 1954. Son père lui a donné le nom de Tariq, le guerrier musulman qui a conquis l'Espagne au début du VIIIe siècle et a laissé son nom à Gibraltar, Djebel Tariq, "la montagne de Tariq".

Caroline Fourest, auteure de Frère Tariq (Grasset), relève quelques exemples du double langage tenu par l'intéressé. Dans son livre Les Musulmans dans la laïcité (Tawhid), il écrit : "Un musulman, résident ou citoyen, doit se considérer sous l'effet d'un contrat à la fois moral et social avec le pays où il séjourne. En d'autres termes, il se doit d'en respecter les lois." Mais dans une cassette intitulée Vivre en Occident, il déclare qu'un musulman doit observer les lois du pays où il habite seulement dans la mesure où celles-ci ne s'opposent pas à un principe de l'islam, ce qui est évidemment très différent.

"Il y a aussi des moments où il ment", dit encore Caroline Fourest. Dans l'émission "Campus", de Guillaume Durand, sur France 2, il avait affirmé avoir gagné le procès en diffamation qu'il avait intenté à Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l'Orient. Or il l'a bel et bien perdu. Antoine Sfeir l'accusait... de tenir un double discours.

Dominique Dhombres • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.12.04
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2004/12/04/98-le-monde-le-double-langage-du-tres-mediatique-frere-tariq

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05 novembre 2003

Antoine Sfeir répond aux mensonges de Tariq Ramadan

Dans l’émission CAMPUS du jeudi 4 décembre 2003, Monsieur Tariq Ramadan a affirmé avoir gagné tous ses procès, y compris celui intenté contre Antoine SFEIR .

IL S’AGIT D’UNE CONTRE VÉRITÉ ÉVIDENTE.

En date du 22 mai 2003 la 7è chambre de la Cour d‘Appel de Lyon jugeant correctionnellement a débouté Monsieur Tariq Ramadan de son appel contre le jugement qui avait relaxé Monsieur Antoine SFEIR de l’infraction de diffamation publique par les motifs qui méritent d’être soulig nés ; Monsieur SFEIR avait dans un entretien accordé au mensuel Lyon Mag‘ déclaré que : Monsieur Tariq Ramadan « est un orateur habile (…) un fondamentaliste charmeur qui est un spécialiste du double langage ». Monsieur SFEIR avait également soutenu : « (…) Tous ces islamistes qui militent contre l’intégration, c’est une véritable "bombe à retardement" ». S’estimant lésé dans son honneur et sa considération, Monsieur Ramadan a porté l’affaire devant la Justice lyonnaise. Par jugement en date du 19 décembre 2002, le TGI de Lyon a prononcé la relaxe de Monsieur SFEIR. Cette décision a été confirmée en appel par des motifs péremptoires.

La Cour d’appel a estimé de façon catégorique, après avoir procédé à une analyse judicieuse des circonstances, de fait en l’espèce, « qu’il ressort seulement des propos d’Antoine SFEIR que les discours de la partie civile peuvent exercer une influence sur les jeunes islamistes et constituer un facteur incitatif pouvant les conduire à rejoindre des partisans d’actions violentes ;(…) que laisser entendre que, par ses discours Tariq RAMADAN peut porter une responsabilité, peut-être morale, en faisant naître dans certains esprits une vocation terroriste ou en confortant d’autres dans leur résolution à suivre une telle ligne de conduite, correspond à l’expression, naturelle et admissible dans une démocratie, d’une critique des prises de position publiques de la partie civile sur des sujets et des faits de société ; (…) que l’interview donnée par Antoine SFEIR (…) ne comporte pas d’allégation ni d’imputation de faits mais exprime en réalité une opinion critique qui, formulée dans un contexte marqué par de graves attentats terroristes, n’apparaît pas disproportionnée eu égard au but d’information poursuivi et à l’effet recherché de susciter les interrogations et la réflexion qu’appelait le sujet traité » .

…/…

Par sa décision, la Cour d’appel ne fait que rappeler le libre droit de critique et la liberté d’opinion et d’expression, rejoignant ainsi la position de la Cour Européenne des Droits de l’homme, principe qui demeure un des piliers fondamentaux de notre société démocratique.

Cette décision qui donne pleine et entière satisfaction à Monsieur Antoine SFEIR, dont la crédibilité est ainsi totalement réhabilitée, concerne, au-delà du cas d’espèce, tous les journalistes, auteurs et écrivains. Elle ne doit pas, à ce titre, passer inaperçue.

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2003/12/05/63-antoine-sfeir-repond-aux-mensonges-de-tariq-ramadan

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