Qui est Tariq Ramadan ?

Qui est tariq ramadan ? La question reste posée. Plusieurs observateurs comme C.Fourest ont decrypté son double discours. Tariq Ramadan est l'ambassadeur des Frères Musulmans en Europe. Il conserve des alliés fidèles au sein de la gauche obscurantiste

15 novembre 2006

L'autre histoire de Tariq Ramadan (à propos de sa biographie de Mahomet) par Dominique Avron

mahometSa biographie de Mahomet ne respecte pas les dernières recherches scientifiques

L'automne 2006 place Tariq Ramadan au coeur de l'actualité. La parution simultanée en plusieurs langues de Muhammad, vie du Prophète (Presses du Châtelet), s'inscrit dans un programme médiatique chargé tant sur la Toile (oumma.com) que dans la presse, en attendant la Vérité sur Tariq Ramadan, sa famille, ses réseaux, sa stratégie (Favre, novembre 2006), ouvrage rédigé par le journaliste Ian Hamel. Senior Research Fellow à l'université d'Oxford, Tariq Ramadan vient de lancer un Manifeste pour un nouveau "Nous". Appel aux Occidentaux musulmans, et à leurs concitoyens et son engagement dans les débats portant sur «la place de l'islam en Occident» lui vaut d'avoir été classé par le magazine Time parmi les 100 plus influents penseurs de notre époque et d'être courtisé dans l'ombre, selon ses dires, par des hommes politiques français.

C'est au nom d'un dialogue franc lecteur attentif de ses ouvrages que je m'autorise à réagir une nouvelle fois, tant l'enjeu m'apparaît grave, comme citoyen, enseignant et historien spécialisé dans l'étude du fait religieux contemporain. Tariq Ramadan propose un portrait de la figure fondatrice de l'islam sous les traits d'un modèle d'humanité, guide doué d'une grande intelligence, «avertisseur», honnête et efficace en affaires, fin stratège, «prophète», considéré comme élu et inspiré, avant tout ouvert à l'adoration de Dieu, «l'Unique». Le caractère exceptionnel de la figure de Muhammad (Mahomet) ne fait pas débat chez celles et ceux qui ont pris la peine de l'étudier, les divergences interviennent lorsqu'il s'agit de qualifier telle parole ou telle attitude ; quant à sa dimension prophétique, elle relève de la foi islamique, respectable au même titre que les autres. Le problème fondamental posé par l'ouvrage de Tariq Ramadan est ailleurs : dans la prétention à l'historicité de son récit.

En ce sens, l'affirmation «Adam, le premier des Prophètes» fait sursauter, elle est suivie d'autres qui heurtent la conception de ce que nous appelons l'«Histoire». La venue d'Abraham et d'Ismaël dans l'ancienne vallée de Bacca, devenue La Mecque, et l'érection d'Al Ka'ba («la maison de Dieu») sont présentées comme appartenant au registre des «simples faits», et Tariq Ramadan de préciser : «Sur le plan strictement factuel, le Prophète Muhammad est un descendant des enfants d'Ismaël.» Il y a quatre-vingts ans, le grand écrivain égyptien Taha Hussein s'interrogeait sur les modalités d'expression de l'historicité du personnage «Abraham» et, dans cette veine, faisant référence au fameux Dictionnaire de Pierre Bayle, Dariush Shayegan posait un demi-siècle plus tard le problème de l' «hiatus de l'Histoire» dans les aires culturelles à la périphérie de l'Europe ( le Regard mutilé , Albin Michel) ; Tariq Ramadan n'a visiblement pas surmonté cet hiatus. Les «apparitions» de «l'ange Gabriel» ( «parfois en personne, parfois sous la forme d'un homme» ) sont inscrites dans un discours qui prétend rendre compte de l' «expérience historique du Messager» . Jamais, lorsque des «visions», «rêves», «visites» et autres «signes» sont évoqués, il n'est précisé que le propos se situe dans le domaine de l'acte de foi, jamais l'auteur ne se demande si les conditions sont réunies pour parler d'un «ange» dans ce qui est présenté comme une «biographie» à un lectorat de musulmans et de non-musulmans.

Adossé à ce qu'il appelle les «sources islamiques classiques», «la majorité des exégètes du Coran», «les normes reconnues par les savants et les sciences islamiques», Tariq Ramadan ignore la question essentielle du passage de l'oralité à l'écrit, il n'entreprend pas le début d'un commencement de critique sur l'établissement de la relation de la vie de Muhammad par Ibn Hishâm soit quelque dix générations après l'Hégire , alors que Abdesselam Cheddadi a récemment publié un ouvrage remarquable sur cette question ( les Arabes et l'appropriation de l'histoire, Sindbad-Actes Sud) et il n'envisage pas la moindre approche critique des recueils de ahâdîth , principalement ceux d'Al Bukhârî et de Muslim, qui cherchent à restituer les faits et dits du prophète de l'islam, au travers d'une chaîne de transmetteurs longue de deux siècles. L'histoire, la sociologie, l'archéologie, l'épigraphie, la linguistique, la sémiologie l'herméneutique sont des disciplines étrangères à Tariq Ramadan.

La confusion des registres, par ignorance de ce qu'il est commun d'appeler les sciences humaines et du langage, provoque une crise grave dans les esprits de certains de nos élèves ou étudiants. Choses vécues : «Monsieur, est-ce vrai qu'Adam parlait arabe ?» ; «Monsieur, Abraham a-t-il voulu sacrifier son fils Isaac ou son fils Ismaël ?» ... sans parler des interrogations portant sur les parties du corps féminin qu'il faudrait, ou non, recouvrir d'une pièce de tissu selon les canons d'une pudeur qualifiée d' «islamique» ou du caractère «licite» de telle ou telle banque qui se prétend «islamique» . Tariq Ramadan affirme proposer un travail d' «approche contextuelle», il flirte en fait avec l'esprit de ces clercs essayant, au XIXe siècle, d'opposer une «science catholique» à ce qu'ils appelaient la «science moderne» . Le propos de notre «intégraliste» brille par quelques traits aguichants (amour, paix, justice, égalité, souci de l'environnement), mais celui qui affirme appartenir à deux «cultures» ne transige que superficiellement avec l'une et sélectionne ce qui lui convient dans l'autre, manière d'humilier une raison quand il l'invite à l'humilité.

Je ne gloserai pas sur ces euphémismes pour évoquer l' «avance musulmane» dans la péninsule Arabique, au lieu du terme «conquête». Je laisse le soin aux intellectuels qui s'expriment au nom du judaïsme et du christianisme de discuter la pertinence des piques de Tariq Ramadan concernant la «faute», le «tragique humain» ou la polémique concernant une «Trinité» jamais définie. Etre musulman, c'est croire que Dieu se fait parole selon ce qu'a exprimé Muhammad. Rien n'interdit d'essayer d'en penser les modalités sinon le poids d'une tradition tronquée. A la charnière des VIIIe et IXe siècles, avec des outils conceptuels hérités de la Grèce antique et en écho à des problématiques que se posaient et que se poseront des juifs et des chrétiens, des musulmans ont cherché à formuler comment «l'Eternel» pouvait entrer dans l'espace et dans le temps sous la forme d'un verbe. Certains de leurs écrits ont été retrouvés puis édités dans les années 50-60, grâce au travail de Ahmad Amîn notamment. Serions-nous donc si timorés qu'il faille aujourd'hui faire retomber les mu'tazilites dans l'oubli, et avec eux bien des esprits musulmans libres ?

Dominique Avron

Dominique Avon maître de conférences en histoire contemporaineà l'université Montpellier-III. Dernier ouvrage paru : les Frères prêcheurs en Orient, Cerf, 2005. Source Libération (Rebonds) : mercredi 15 novembre 2006

Source : ProChoix

Posté par frere tariq à 15:27 - Dernières nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


30 septembre 2006

Tariq Ramadan clément envers le Pape mais pas envers Charlie Hebdo ! (par Caroline Fourest)

couvs_charlie_hebdoLes lecteurs du Point sont habitués à voir Tariq Ramadan interviewé à la moindre occasion. Le journal de Franz-Olivier Giesbert lui ouvre régulièrement ses colonnes. Cette semaine, c'est Elisabeth Lévy qui s'est chargée de l'interroger une fois de plus à propos... du pape. Les réponses de Tariq Ramadan sont pour une fois remarquablement claires et conciliantes : "Rien dans le texte du pape ne me paraît mériter des excuses. Certes, ces incidentes sur l'islam dans son rapport à la raison et à la violence sont désobligeantes. Sur ce point, sa réflexion est superficielle, peu explicite et malhabile. Mais la disproportion de la réaction me paraît très grave".

Vu l'énormité des propos du pape, c'est extrêmement peu vindicatif. Etonnant ? Sauf si l'on sait que Tariq Ramadan doit son aura et la sauvegarde de sa légitimité intellectuelle en grande partie aux cercles du dialogue islamo-chrétien. En particulier aux universitaires chrétiens (comme ceux de Notre-Dame où il devait enseigner aux USA) qui comptent sur lui pour ouvrir au nom de l'Islam le verrou qui les empêche de renégocier la laïcité à la française... au profit du christianisme.

Ne confondons donc pas cette clémence avec une réelle ouverture d'esprit ou sincérité. Si Tariq Ramadan était franc, il aurait tenu le même discours au Point que dans sa cassette sur le « L’islam et le fondamentalisme religieux »*. Au lieu de soigner son image d'intellectuel musulman tolérant. Dans cette cassette, il vante le recours à la raison des fondamentalistes musulmans comme étant bien plus évolué que le fondamentalisme chrétien. A l’écouter, en islam, il n’existe aucun conflit entre la foi et la raison puisque, je cite, « le Coran nous oblige à la pensée ». Ce qui est une façon de sous-entendre que la Bible non. Le même vous dira qu’il « est normal qu’un musulman lise le Coran en adoration » puisque le Coran est une « source qui vivifie l’intelligence » et non « une source qui l’enferme ». Pour lui « toute la différence est là »*.

Pour des propos autrement moins choquants que ceux du Pape, Charlie Hebdo ne bénéficie pas de la même tolérance de la part du prédicateur. Voici ce qu'il écrit sur son site : "Robert Ménard, de Reporters Sans Frontières m’avait un jour demandé si l’on avait le droit d’être islamophobe. J’avais répondu qu’on avait le droit d’être islamophobe comme on avait le droit, vous me passerez ici l’expression, d’être « con ». Voilà Charlie-Hebdo qui publie à son tour les caricatures dans le but évident de provoquer et de montrer, en grand champion de la liberté absolue d’expression, qu’il ne cède pas devant la menace. La rédaction a ajouté un dessin avec un commentaire où le Prophète s’apitoie en s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Quel courage ! Faut-il poursuivre en justice, s’alarmer, crier au scandale ?! C’est manifestement ce que cherchent les responsables de l’hebdomadaire qui a tellement viré à droite sur cette question ces dernières années, qu’en perspective Nicolas Sarkozy apparaît bien ancré à gauche. Convoquer la justice est inutile et vain. Il vaut mieux s’en tenir à la logique implacable de l’algèbre : Etre traités de « cons » par des « cons » est une assurance mathématique d’intelligence. Pas de procès, pas d’interdiction...laissons s’exprimer le tribunal informel de l’intelligence qui est en soi accablant pour Charlie-Hebdo. Notez, soit dit en passant, que leur bêtise méchante est ici tellement abyssale qu’il se pourrait même que ce tribunal convoque à leur secours la clause des "circonstances atténuantes". Tant de bêtises haineuses tiennent en effet davantage de la psychothérapie que du débat d’idées. Quand l’insignifiance et la stupidité se font arrogance, il vaut mieux passer son chemin. Paix, Salam".

On reconnaît bien là la malhonnêteté du prédicateur consistant à "omettre" que la phrase de Mahomet à la une de Charlie s'adressait aux intégristes (comme le souligne le sous-titre : "Mahomet débordé par les intégristes) et non aux musulmans. On lui reconnaîtra qu'il n'est pas assez "con" pour se mettre au niveau de l'UOIF et recourir aux tribunaux. Mais attention une fois de plus à ne pas se méprendre : cette attitude n'est en rien guidée par la tolérance mais par le mépris ! Abyssal.

Caroline Fourest

  • Cassette de Tariq Ramadan, « L’islam et le fondamentalisme religieux », QA 11, Tawhid.

Source : ProChoix

Posté par frere tariq à 15:33 - Dernières nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Tariq Ramadan indésirable aux USA pour cause de soutien au Hamas (par Caroline Fourest / Prochoix)

hamasC'est confirmé. Le refus de se voir accordé un visa pour enseigner aux USA a bien été confirmé selon un article paru dans la presse suisse le 25 septembre. Tariq Ramadan avait fait appel de la première décision datant de septembre 2005. Et ce malgré la mobilisation d'une partie de la gauche américaine et l'intervention d'un juge fédéral de New York.

Ne préférant pas entrer dans un débat sans fin sur le "double discours" de Tariq Ramadan, le porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis à Berne, Daniel Wendell, a fait savoir que ce visa avait été rejeté pour "soutien matériel à une organisation terroriste".

En effet, de façon prouvée, Tariq Ramadan, a versé environ 600 euros au Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens, mis sur liste noire aux USA pour servir de caisse de soutien au Hamas.

Tariq Ramadan s'est défendu en arguant du fait que son don remontait à 2000, soit trois ans avant que cette organisation soit sur la liste noire. Montrant qu'il ne se départi pas de son jeu préféré : se moquer du monde.

Ce n'est pas la première fois que ces liens sont mis en cause. Le 26 novembre 1995, Tariq Ramadan s'était vu refuser l'entrée sur le territoire français à la suite d'une note des services de renseignements français le présentant comme le « traducteur de journaux publiés par le mouvement Hamas dans les Territoires occupés ».

En réalité, cette somme bien modique est dérisoire aux côté du soutien idéologique que fournit Tariq Ramadan au Hamas, la branche armée en Palestine du mouvement des Frères musulmans dont la naissance doit beaucoup à Saïd Ramadan, le père et le modèle politique de Tariq Ramadan. Son fils ne manque d'ailleurs jamais une occasion de louer l'action de son père dans ce domaine ni de défendre l'image du Hamas.

Autre argument invoqué par la défense : le Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens ne sera pas mal vu en Europe.C'est malheureusement exact depuis que Nicolas Sarkozy, qui ne prend modèle sur les USA que pour le pire, a pris soin d'institutionnaliser l'UOIF au sein du CFCM. Depuis, le ministère de l'intérieur veille jalousement à ce que l'image de son partenaire ne soit pas écornée, ni celle de ses structures alliées... Ce qui est le cas du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens.

Ainsi le Centre Simon Wiesenthal et Fiammetta Venner, les rares à avoir osé dévoiler les liens existant entre le CBSP et le Hamas, sont ils poursuivis en justice. Tandis que l'UOIF peut librement continuer à récolter des soutiens pour le Hamas par le biais de cette organisation lors de son Congrès annuel du Bourget, où chercheurs et politiques s'empressent de participer.

Caroline Fourest (revue Prochoix)

Pour plus d'informations sur l'UOIF, lire "Opa sur l’Islam de France" de Fiammetta Venner, Calmann-Lévy :

OPApetit
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/05/02/266
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/09/30/896-tariq-ramadan-indesirable-aux-usa-pour-cause-de-soutien-au-hamas

Posté par frere tariq à 00:41 - Des liens avec des organisations terroristes ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 mars 2006

Les indigènes de la république


Les indigènes de la république
Vidéo envoyée par youch

Extrait de la conférence donnée pour la Fondation Gabriel Péri. L'intégrale de la conférence est là : http://www.gabrielperi.fr/fourest

Posté par frere tariq à 15:12 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 novembre 2005

Tariq Ramadan ment et déforme l'analyse de Caroline Fourest sur les émeutes (par Caroline Fourest / Prochoix)

tariqramadan_donnantleconDans un article intitulé « Des vérités qui peu à peu se révèlent », paru le 30 novembre 2005 sur Oumma.com, Tariq Ramadan m’accuse de rendre l’islamisme responsable des émeutes. Sans me citer et sans citations à l'appui. Il se contente d'asséner cette contre-vérité en m'attribuant des propos que j’aurais tenus en Angleterre, auprès de la BBC et dans le Wall Street journal, mais pas en France. Ce qui me rendrait coupable du délit de « double discours ».

En réalité, égal à lui même, Tariq Ramadan ment, défigure mes propos et procède par amalgame pour mieux caricaturer ses détracteurs.

Les islamistes — Tariq Ramadan compris — ne sont pas à l'origine des émeutes que vient de traverser la France. Voilà l'analyse que je développe depuis des semaines dans Charlie Hebdo (16/11/2005) Lire, sur TV5, sur France Inter… Mais aussi, très exactement dans ces termes, sur la BBC et dans le Wall Street journal Europe (16/11/05). Mon article paru dans le journal anglophone commence par cette phrase : "Les émeutes auxquelles nous avons assisté en France en novembre 2005 n’étaient ni ethniques ni religieuses, mais le symptôme d’un malaise social, économique et identitaire". Je m'y élève contre la propagande relayée par Fox news voulant faire de ces émeutes le signe d'une explosion islamiste en France ! Ce qui n'empêche pas Tariq Ramadan de me faire dire exactement le contraire...

En fait, Tariq Ramadan feint d'ignorer cette première partie de mon analyse pour mieux la déformer, notamment en l'amalgamant à une seconde partie de mon propos. Celle où j'explique que même si les intégristes ne sont pas à l'origine de ces émeutes, leur prosélytisme risque de gagner du terrain si l’Etat continue d'abandonner le lien social dans certains quartiers populaires aux religieux plutôt qu'aux travailleurs sociaux. Comme en Algérie (lire notamment l’article de Meriem Khelladi)

Tariq Ramadan amalgame donc ces deux analyses afin de semer la confusion et de donner le sentiment diffus — sans aucune citation à l’appui — d’un « double discours ». Il s’agit ni plus ni moins d’un procédé malhonnête visant à renverser l’accusation qui le suit à la trace depuis plus de quinze ans, preuves à l’appui cette fois.

Autre ficelle décidément très habituelle chez le prédicateur, il tente à tout prix d’amalgamer mes prises de positions avec celles d’Alain Finkielkraut, dont je ne partage pourtant l’analyse ni sur les émeutes ni sur la colonisation. L’essentiel étant de dresser une nouvelle liste de noms — Finkielkraut, BHL et moi-même — pour souffler sur les braises de la démagogie anti-intellos, qu’il se verrait bien remplacer sur les plateaux de télés pour parler au nom des banlieues.

Caroline Fourest

Voici in extenso la version française envoyée sous forme de tribune par Caroline Fourest au Wall Street Journal Europe, qui a fait la traduction et choisi les titrailles.


The France after the riots

Les émeutes auxquelles nous avons assistées en France ces dernières semaines ne sont ni ethniques ni religieuses. Mais le symptôme d’un malaise social, économique et identitaire. Ce qui ne veut pas dire que des mouvements religieux « intégristes », c’est à dire défendant une vision de l’islam à la fois politique et liberticide, ne vont pas chercher à tirer parti du chaos. Dans un contexte où le fanatisme prospère particulièrement bien sur les ruines de l’échec social.

Cet échec n’est pas, à mon avis, dû au modèle d’insertion universaliste à laquelle la France tient tant. Les émeutes existent dans tous les pays, et même plus particulièrement dans ceux où le respect des communautés visibles n’empêche pas la ségrégation sociale et économique. La France a même longtemps été plutôt protégée dans ce domaine grâce aux efforts successifs de ces gouvernants pour « désenclaver » les quartiers concentrant les populations défavorisées et donc les handicaps sociaux. Même si, de l’avis de tous aujourd’hui, cet effort n’a jamais été à la hauteur du défi, gigantesque, qui attend ceux qui souhaitent sincèrement offrir à tous ses compatriotes une « égalité des chances » réelle et non simplement fictionnelle.

Cette ambition, c’est bien celle du modèle universaliste : ne pas reconnaître ses citoyens en fonction de leur appartenance « visible » à une communauté mais les considérer comme des individus ayant droit aux mêmes chances de réussite, quelle que soit leur origine.

Belle ambition, à laquelle il ne faut surtout pas renoncer sous prétexte que le modèle communautariste, qui régule le lien social en fonction de communautés culturelles — au risque d’enfermer de fait l’identité de ses concitoyens — se révèle plus payant à court terme. Assurément, le modèle auquel nous devons réfléchir en Europe est une forme de troisième voie, qui sache marier l’ambition universaliste à long terme sans pour autant tomber dans un conformisme niant les appartenances culturelles et donc la richesse de cette diversité.

C’est un long débat, qui demandera du temps, donc de la patience mais aussi des moyens. Dominique de Villepin vient d’anoncer la déblocage de 100 millions d’euros à destination d’associations qui, sur le terrain, animent justement cette œuvre interculturelle et ce lien social. C’est une bonne chose. Même cette mesure arrive un peu tard. En effet, c’est bien l’arrêt de tout crédit aux forces vives du tissu associatif et social qui est en partie responsable des émeutes que nous venons de vivre. En France, plus qu’aux Etats-Unis ou en Angleterre, le tissu associatif dépend des subventions publiques. C’est grâce à de l’argent public que des milliers d’associations et de travailleurs sociaux tentent de lutter, jour après jour, contre les inégalités et les discriminations grâce à leur talent de médiateur et d’éducateurs.

Or depuis trois ans, cet argent public a fondu. Lors de son arrivée au ministère de l’intérieur, l’une des premières déclarations marquantes de Nicolas Sarkozy fut de congédier la police préventive de proximité pour se concentrer uniquement sur une police de répressive : « La police n’est pas là pour jouer au football avec les jeunes des quartiers mais pour arrêter et sanctionner » a-t-il lancé au principal responsable de la police de proximité, médusé. Mais Nicolas Sarkozy vous dira qu’il a souhaité mener une politique à la fois « ferme et juste ». La fermeté, c’est ce recentrage vers une police uniquement répressive. La « justice », Nicolas Sarkozy l’a bâtie sur le modèle communautariste, qu’il incarne en France. A savoir déléguer le lien social — et donc le règlement des conflits, y compris sociaux ! — aux communautés religieuses. En l’occurrence aux groupes religieux islamiques les mieux implantés dans les quartiers difficiles. Je veux parler de l’Union des organisations islamiques de France, représentant l’islam fondamentaliste des Frères musulmans. Inconnu du grand public jusqu’à très récemment, l’UOIF est désormais devenue incontournable dans le débat public grâce à sa participation au CFCM, le Conseil Français du culte musulman mis en place par le ministre de l’intérieur. Où ils représentent désormais un tiers de l’islam de France.

Moralité, lorsque des émeutes éclatent, ce sont vers eux que se tournent désormais une partie de la classe politique avide de solution facile pour résoudre une crise — dont les origines sont encore une fois sociales. Sans avoir peur du ridicule.

Pour prouver sa bonne volonté, le 6 novembre, l’UOIF a édicté une « fawta » appellant au calme : « Il est interdit au musulman la transgression et l’injustice et ‘ne transgressez point car Dieu n’aime pas les transgresseurs’ », dixit le contenu de la fatwa, sources coraniques à l’appui. Comme si tous les casseurs étaient musulmans et non les enfants maudits de la République. Comme si le mouvement de colère auquel on assiste était une sorte d’Intifada et non un mouvement de rage sociale. Comme s’il suffisait qu’un imam obscur siffle la fin de la récréation pour que l’ordre revienne…

En l’occurrence, cette fatwa n’a eu aucun impact. Sur le terrain, les émeutiers savent à peine qui est l’UOIF et une fatwa leur parle autant qu’un « couvre-feu » moraliste. Plus inquiétante est l’arrivée sur le terrain de groupes de militants formés par les Frères musulmans pour s’interposer comme médiateurs, entre l’Etat et les jeunes des quartiers populaire, au pied des immeubles. Car cette présence témoigne d’une volonté, indiscutable, d’instrumentaliser l’émotion actuelle au service d’un agenda religieux qui est aussi un agenda politique.

Quand l’Etat démissionne, l’initiative privée — en l’occurrence intégriste — occupe le terrain. L’adage est vrai pour la France comme il l’est pour l’Algérie et l'Egypte. C’est ainsi que les Frères musulmans ont tissé leurs réseaux, en investissant le soutien scolaire, en organisant des activités sportives et culturelles, là où l’Etat n’assure pas sa mission de lien social. Les Algériens qui ont connu les émeutes d’avant 1990, où les voitures ont brûlé pendant des jours, se souviennent que les islamistes ont ensuite prospéré sur les cendres de ces émeutes.

L’UOIF, qui recevait volontiers les dirigeants du Front islamique du salut, la principale force islamiste en Algérie, à son Congrès annuel jusqu’à il y a encore quelques années, fait-elle le même rêve ? Les prédicateurs islamistes vont-il occuper le terrain calciné des écoles, des gymnases et des foyers qui ont été brûlés en moins de deux semaines, réduisant à néant des années d’effort collectif en faveur de ces quartiers.

Rien ne permet de penser le contraire.

Dans un communiqué, JMF, la branche jeunesse de l’UOIF, a appelé au calme en faisant ce rappel : « Présent sur le terrain depuis plus de 10 ans, JMF, à travers toutes ses sections réparties sur le territoire national, travaille tous les jours avec ces jeunes par le biais d’activités socio-éducatives, culturelles, sportives et humanitaire. Nous oeuvrons au quotidien pour les accompagner à devenir des citoyens actifs et positifs de notre société. » Un message rassurant, en apparence. Sauf lorsqu’on sait ce que l’UOIF entend par « positif ». En l’occurrence, le prédicateur vedette de cette organisation, Hassan Iquioussen, que des sociologues français ont décrit comme l’incarnation typique de ces « nouveaux travailleurs sociaux » qu’il faudrait envoyer dans les quartiers difficiles à la place de l’Etat, prêche aux jeunes qu’une fille et un garçon n’ont pas le droit de se parler par le biais d’ internet sous peine d’être à trois avec le « diable ». Ou encore que la Shoah et une complot entre Hitler et les Juifs — décrits comme le « top de la félonie » — pour occuper la Palestine. Et que, bien sûr, certains islamistes en activité aux quatre coins du monde sont des « frères ».

C’est dire s’il y a quelque inquiétude à voir les troupes de l’UOIF jouer les médiateurs sociaux. Prête à calmer le jeu lorsqu’il s’agit de rage sociale et de brûler des voitures. Mais pour mieux distiller un islam fondamentaliste liberticide, sexiste, homophobe et antisémite. Dans un contexte où partout dans le monde, d’autres mouvements issus des Frères musulmans tentent de grignoter la moindre parcelle de terrain social et culturel en nourrissant le rêve d’unir, un jour, leurs positions de force ainsi acquises.

Caroline Fourest
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/11/30/367-tariq-ramadan-egal-a-lui-meme

Posté par frere tariq à 00:39 - Pris en flagrant déli de mensonge - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 novembre 2005

A propos de l'article de Tariq Ramadan "C'est l'ensemble de la classe politique Française qui se trompe ..."

Ni Putes Ni Soumises est un mouvement né dans les quartiers populaires français en 2003 suite à la Marche des Femmes contre les Ghettos et pour l’Egalité. Cette marche a dénoncé les violences faîtes aux femmes et le phénomène de ghettoïsation des banlieues françaises. Quelques mois avant la marche, la mort de Sohane, jeune fille brûlée vive dans un local à poubelles parce qu’elle refusait le machisme, est l’emblème de toute cette génération qui se bat contre l’oppression des femmes et pour l’égalité des droits.
Ni Putes Ni Soumises est un mouvement citoyen, mixte et laïque qui revendique clairement son attachement aux valeurs républicaines « Liberté, Egalité, Fraternité » Ce mouvement accueille des femmes et des hommes de tout âge, de toute origine, de toute confession et de tout bord politique et est donc représentatif de la diversité française.
Ni Putes Ni Soumises est aujourd’hui présente sur le terrain à travers 60 comités qui sont chargés d’accueillir des jeunes femmes victimes de violences.
Fadela Amara, Présidente du mouvement Ni Putes Ni Soumises, est une femme engagée qui lutte contre les intégrismes religieux, dénonce les violences faîtes aux femmes et se bat pour que les jeunes issus de l’immigration soient pleinement acceptés dans la société française.
Fadela Amara, par l’engouement qu’elle a suscité et la justesse de ces propos, bénéficie du soutien de femmes et d’hommes politiques, de droite comme de gauche. Elle est reconnue par des féministes du monde entier qui lui ont apporté son soutien. Taslima Nasreen, écrivain Bangladaise et Nawal El-Sadaoui, féministe Egyptienne, étaient présentes cette année aux Universités de Dourdan organisées chaque année à l’initiative du mouvement.

Tariq Ramadan, prédicateur Suisse, est le petit fils de Hassan Al-Banna fondateur de la confrérie des Frères Musulmans, née en Egypte dans les années 20. Cette confrérie prône un Islam politique, totalitaire et néo-fasciste et continue d’inspirer tous les mouvements intégristes et terroristes à travers le monde. Tariq Ramadan n’a jamais condamné le programme politique de son grand père. Il intervient régulièrement sur le site islamiste www.oumma.com qui présente en surface un Islam francophone tolérant et ouvert mais qui véhicule en arrière plan des idées incompatibles avec les Droits de l’Homme comme on peut le constater aisément sur son forum d’internautes www.mejliss.com avec les multiples références au site Islam Q&R (1)
Tariq Ramadan est également signataire de l’appel des indigènes de la République. Cet appel encourage à la haine de la France qui y est qualifié « d’état colonial » Cet appel dénigre les Français de souche en les faisant passer pour d’éternels colons. Les jeunes issus de l’immigration des anciennes colonies françaises seraient quant à eux d’éternels colonisés et donc d’éternelles victimes.
Tariq Ramadan est également proche de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) qui n’est rien d’autre que la filiale française des Frères Musulmans (2) et qui a été institutionnalisé en 2003 par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy.
Youssef Al-Qaradhawi, le mentor de l’UOIF, considère que l’Europe est une terre à conquérir au nom de l’Islam par les prêches et le prosélytisme. Al-Qaradhawi, qui dirige le conseil européen de la fatwa au côté de théologiens fondamentalistes (3), encourage le djihad contre les Juifs et les Américains ( « Il n’y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil »(4)), autorise les violences conjugales, justifie la polygamie, les attentats kamikazes et la mise à mort des homosexuels (5)
Le contenu des fatwas émises par le conseil européen ne peut évidemment que radicaliser les musulmans européens. Les prédicateurs de l’UOIF rejettent le principe de mixité et prônent la séparation des sexes (6)
Lorsque l’on ne connaît pas Tariq Ramadan et qu’on l’entend dire « Les musulmans doivent bien sûr continuer à être autocritiques vis-à-vis des lectures littéralistes poussant au repli communautaire », on ne peut être que d’accord avec lui. Mais lorsque l’on connaît ses liens avec l’UOIF, cette affirmation prête surtout à sourire.
Dans une confrérie, il faut savoir qu’un membre est autorisé à mentir pour ne pas être démasqué et arriver plus vite à ses fins. C’est ce qu’on appelle la takia : la dissimulation, le droit de mentir aux non-musulmans. Caroline Fourest, experte des mouvements intégristes et extrémistes, a décortiqué les cassettes et les écrits de Tariq Ramadan. Dans son livre « Frère Tariq » (7), elle met brillamment à jour son double discours.
Tariq Ramadan affirme que « la question de l’islam est réglée et ne menace en rien l’avenir de la France »
Il faut préciser que la majorité des musulmans français pratique un Islam tolérant et ne se reconnaît pas dans un mouvement radical comme l’UOIF (qui ne compte d’ailleurs que 40.000 sympathisants (8) pour 3 à 6 millions de Français potentiellement musulmans)
L’Islam en tant que religion ne menace donc en rien l’avenir de la France.
Mais, tant que l’UOIF, qui revendique un Islam politique, sera un organe représentatif des musulmans de France en lieu et place des musulmans libéraux (les musulmans libéraux se battent pour un Islam moderne et tolérant), la question de l’Islam en France comme en Europe ne sera pas réglée.

La France est une société multiethnique en pleine mutation qui assume mal sa nouvelle identité. Les discriminations à l’emploi et au logement dont sont victimes les jeunes issus de l’immigration sont un fléau et une honte pour le modèle Républicain Français.
Fadela Amara dénonce les problèmes de discrimination et le racisme qui en découle dans son livre « Ni Putes Ni Soumises »
La France traverse également une grave crise économique qui touche toutes les couches de la population (y compris les cadres). Les quartiers populaires ont un taux de chômage avoisinant les 40% parce qu’ils sont lourdement handicapés par les discriminations à l’embauche.

Pour les émeutes en banlieues, Fadela Amara, même si elle comprend les mécanismes qui amènent à la violence, condamne cette violence qu’elle considère comme une impasse. Elle encourage au contraire les jeunes à s’emparer des outils de la République (droit de vote, militer dans un parti politique ou une association) pour faire entendre leur voix.
Fadela Amara a choisi de militer au Parti Socialiste ce qui lui est souvent reproché par les intégristes musulmans qui considèrent le Parti Socialiste comme un parti sioniste qu’ils exècrent. Les personnes issues de l’immigration maghrébine qui ont réussi et qui font parti d’un grand parti politique Français (Fadela Amara , Malek Boutih ou Rachid Kaci pour ne citer qu’eux) sont considérés comme des traîtres par les intégristes musulmans.
Les intégristes musulmans, minoritaires mais activistes, s’approprient la souffrance des jeunes victimes de discrimination et de chômage, leur proposent de s’en sortir par le biais de la religion. Ils utilisent la colère des jeunes pour les tourner vers un Islam radical et atteindre ainsi leur but : islamiser la société française.
L’extrême droite française, quant à elle, alimente la confusion entre l’Islam (religion) et l’Islam politique. Elle se sert de la peur suscitée par la présence de millions de musulmans en France pour élargir son électorat.
L’Islam politique et l’extrême droite française se nourrissent l’un de l’autre pour attiser la haine et la peur. Chacun utilise le discours de l’autre pour parvenir à ses fins. Défendant les mêmes thèses antisémites et anti-féministes, ils ne sont en réalité que les deux faces d’une même pièce.
De véritables haines sont en train de se développer durablement en France : haine à l'égard des immigrés et des musulmans, haine à l'égard des français de souche. Ceci aboutira probablement à une violente confrontation qui apparaît de plus en plus inéluctable.
Fadela Amara est au contraire une femme de paix qui se bat pour l’égalité et qui, à travers des idées laïques et universalistes, est capable de rassembler les Français de toute origine et de proposer une véritable alternative à cette probable confrontation.

Partant de la fracture sociale qui traduit d’abord un malaise économique, Tariq Ramadan nous amène vers un sujet qui n’a rien à voir : l’Islam et la laïcité. Il ajoute d’ailleurs sur la loi de 1905 qui institutionnalise le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat :
« Il n’y a pas à réformer la loi de 1905 ; il est question, simplement et urgemment, de l’appliquer complètement et égalitairement »
Il faut savoir que Tariq Ramadan a une tout autre conception de la laïcité. Dans sa lecture de la loi de 1905, il ne voit aucune raison à l’interdiction au port du foulard islamique à l’école et c’est une brèche qu’il souhaite exploiter.
Mais cette question a déjà été tranchée : la loi du 15 mars 2004 interdit le port de signes religieux ostensibles à l’école de la République.

Pour comprendre la laïcité, spécificité Française, il faut se replonger dans l’Histoire de France.
Au 4ième siècle, le concept d’hérésie, arsenal répressif pour lutter contre les déviances religieuses, est créé. Lorsque le christianisme devient religion d’état en 380, les persécutions et l’intolérance deviennent la règle et les premières persécutions à l’encontre des païens ont lieu. En 1233, la papauté radicale systématise la chasse aux sorcières et créé l’inquisition, tribunal de foi habilité à mener toute enquête concernant les déviations religieuses et à pratiquer pour cela les sévices corporels.
Pendant 15 siècles, les chrétiens vont pourchasser, martyriser, massacrer les minorités religieuses dont seront tour à tour victime les païens, les juifs, les protestants.
La Révolution Française de 1789 marquera dans les faits la pensée des philosophes des lumières qui ont dénoncé les persécutions perpétrées au nom de la religion.
La déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 stipulera que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. La déclaration mettra un terme aux discriminations liées à la religion. Les ordres religieux seront supprimés. La Révolution Française sera la première formulation de la séparation de l’Etat et de l’Eglise. Plus d’un siècle plus tard, s’ensuivront la loi de 1882 (séparation de l’Eglise et de l’école publique) et la loi de 1905 qui réaffirmera le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
La laïcité est donc un idéal de liberté et d’égalité. La laïcité permet de croire et de penser sans contrainte et de vivre librement ses options spirituelles. La laïcité permet de promouvoir ce qui est commun à tous par delà les différences. Elle permet de se protéger du fanatisme religieux, des intolérances et des attitudes d’exclusion pratiquées au nom d’une religion ou d’un particularisme.

En France, il est incontestable que des jeunes filles portent le foulard par choix personnel, foi religieuse ou pour affirmer une identité qu’elles jugent bafouée par les discriminations. D’autres portent le foulard car elles subissent des pressions de la part de certains garçons qui ne respectent pas les femmes non voilées qu’ils considèrent comme des « filles faciles »
Les années 90 ont été marquées par l’arrivée en France d’intégristes venus de l’étranger (des membres du FIS ont notamment obtenu le statut de réfugié politique en France avant le commencement de la guerre civile mais également après) La présence d’imams intégristes dans certains quartiers (ayant des interprétations très dures des textes sacrés envers les femmes) est responsable de cette dégradation des rapports homme femme.
L’école, publique et laïque, apparaît donc comme un espace de liberté dans lequel il faut protéger les jeunes filles qui souhaitent s’émanciper. Le but premier de la laïcité étant en effet de protéger les libertés de conscience.
L’égalité homme femme représente ce qu’il y a de pire pour les intégristes musulmans qui la remettent très gravement en question en rejetant le principe de mixité : apparition de plages horaires non mixtes dans les piscines, refus de se faire soigner par une personne de sexe opposé dans les hôpitaux, apparition du foulard islamique à l’école et dans les administrations Françaises, apparition de la burka et du tchador iranien dans les lieux publics qui traduit un retour à l’obscurantisme inquiétant.
Il était donc indispensable de réaffirmer le principe de laïcité mais aussi l’égalité homme femme.
La loi du 15 mars 2004 qui interdit, sous peine d’exclusion, le port de signes religieux ostensibles à l’école a été approuvée par la majorité de l’opinion publique. Cette loi ne concerne que les écoles, les collèges et les lycées publics. Elle n’entrave donc pas le libre exercice du culte des femmes musulmanes qui restent tout à fait libres de porter le foulard dans la sphère privée.
Les intégristes musulmans et certaines organisations d’extrême gauche qui les soutiennent n’ont pas digéré la loi du 15 mars 2004.
Adeptes du double discours, les cadres de l’UOIF, qui prétendent respecter la laïcité lorsqu’ils s’adressent aux médias, ont encouragé les jeunes filles à enfreindre la loi dès la rentrée scolaire de septembre 2004.
Faire entrer le foulard islamique à l’école n’est rien d’autre qu’une stratégie des intégristes qui essayent d’ouvrir une brèche dans le modèle Républicain. Le foulard islamique est le cheval de bataille de l’Islam politique. Il a d’ailleurs fait partie de la stratégie des islamistes en Algérie.

Tariq Ramadan met à mal le modèle Républicain lorsqu’il affirme « L’unité de la République, idéalisée jusqu’à l’ivresse dans le discours politique, est, sur le plan social, un mythe et un mensonge »

Le modèle laïque Républicain a permis aux êtres humains de s’émanciper et de vivre libres comme le démontre l’Histoire de France : ce n’est donc pas un mythe.
Aujourd’hui, les populations issues de l’immigration sont fréquemment victimes de discriminations, soit à l’embauche soit au logement, et ne jouissent nullement de l’égalité des chances qui devrait correspondre à l’égalité des droits pourtant proclamée. Tout se passe comme si les beaux principes de la République sonnaient faux.
Les partisans de la tolérance à l’égard des signes religieux à l’école invoquent les discriminations sociales et économiques pour appeler au refus « d’une autre exclusion »
Mais cette tolérance ouvrirait les portes à tous les communautarismes qui fractionneraient indéfiniment la République une et indivisible.
Au contraire, la lutte sociale contre les discriminations peut aller de pair avec une authentique laïcité permettant d’unir tous les êtres humains par delà leurs différences. Et tant qu’il y aura des femmes et des hommes pour se battre afin que cet idéal d’égalité et de liberté soit une réalité pour tous, ce modèle ne sera pas un mensonge mais un espoir.

Aujourd’hui, on assiste à un retour à l’ordre moral inquiétant dans le monde entier.
En Pologne, pays membre de l’Union Européenne, des hommes politiques, récemment élus et fervents catholiques, veulent criminaliser l’homosexualité. La montée de l’Islam radical dans les pays Européens est plus qu’inquiétante. Les évangélistes chrétiens aux Etats Unis qui ont une lecture littéraliste de l’ancien testament ont de plus en plus de poids dans la société américaine.
Le Pape Benoît XVI rejette l’accès à la prêtrise par des femmes, combat farouchement l’homosexualité, n’hésite d’ailleurs pas à condamner les féministes car solidaires de la cause homosexuelle. A tout cela vient s’ajouter l’échec cuisant du modèle communautariste anglo-saxon comme l’ont tristement démontré les attentats de Londres en juillet 2005.

Le modèle laïque Républicain est donc non seulement toujours d’actualité mais apparaît comme la seule alternative aux intégrismes religieux qui reviennent en force dans le monde entier et qu’il faut combattre coûte que coûte.

Caroline Brancher


Sources et bibliographie :

(1) Le site Islam Q&R se trouve sur http://63.175.194.25/index.php?ln=fre
http://63.175.194.25/index.php?ln=fre&ds=qa&lv=browse&QR=70256
« Vous devriez inculquer (à vos enfants) la haine pour la civilisation occidentale et les informer de ce en quoi elle est contraire aux lois (religieuses) et à la nature saine »
http://63.175.194.25/index.php?ln=fre&ds=qa&lv=browse&QR=8981&dgn=4
« Si la femme (coupable) a déjà été légalement mariée, elle doit être lapidée jusqu’à ce que la mort s’en suive. »
http://63.175.194.25/index.php?ln=fre&ds=qa&lv=browse&QR=2104&dgn=4
« Si vous trouvez des personnes en train de pratiquer la pédérastie tuez-les toutes les deux »

(2) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy :
Sur la couverture, au dos du livre, l’auteur dit à propos de l’UOIF : « il ne s’agit pas de n’importe quelle organisation musulmane , mais de la vitrine française de l’Islam des Frères Musulmans, la plus politique et la plus redoutable des confréries islamistes. »
Tariq Ramadan intervient régulièrement au côté d’islamistes au congrès organisé chaque année par l’UOIF. Voir chapitre 9 : le congrès du Bourget, page169.

(3) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Chapitre 4 : le conseil européen de la fatwa et de la recherche, les membres du conseil, page 82.

(4) En juillet 2004, Al-Qaradhawi a réaffirmé lors d’une interview retransmise sur Al-Jazira : «Il n'y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil »

(5) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Chapitre 2 : le mentor Youssef Al-Qaradhawi, femme voile mixité page 47, la polygamie page 50, l’homosexualité page 54, le djihad contre les juifs et les américains page 55.
Chapitre 4 : le conseil européen de la fatwa et de la recherche, l’opération martyre réjouit Allah !, page 94.

(6) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Chapitre 3 : les prédicateurs de « nouveaux travailleurs sociaux » ?, page 71.

(7) « Frère Tariq » de Caroline Fourest aux éditions Grasset.

(8) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Conclusion, page 235.

http://femmelibre.over-blog.com/article-2334746.html

Posté par frere tariq à 11:58 - Dernières nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 septembre 2005

Tony blair Ramadan : Mise en scène de la Cène (par Kébir Jbil)

ceneTariq Ramadan n’aura pas le temps de jeûner tellement le temps presse, la tâche est rude, et la proposition tant attendue.

Les anglais viennent de marquer un but contre leur camp diront les uns. Non, diront les autres ! C’est au contraire une avancée dans le dialogue avec les musulmans. Et enfin pour les résignés, le peuple du milieu, bien que circonspect, obéit à son éternelle recherche de l’équilibre, celui du milieu, qui ne fait pas de vague, car le peuple du milieu déteste la mer.

Mais si aucune de ces propositions n’était la bonne, que ferions nous ?

En effet, tentons d’observer la décision anglaise sous un autre angle, non pour éclairer le lecteur d’une révélation approuvée par un « verset » authentique, mais uniquement pour proposer une vision symbolique de la composition de la task-force chargée d’émettre des propositions concernant les extrémistes musulmans.

Tariq Ramadan est à priori musulman, islamiste sans aucun doute possible, reconnaissant à ce titre tous les prophètes passés dont Jésus.

Tariq Ramadan est sensé maîtriser l’exégèse des religions antérieures, puisque le Coran le dit, le dicte et l’impose.

Mais Tariq Ramadan n’a pas perçu le podium que Tony Blair lui a proposé, celui du 13ème homme.

De manière symbolique, cette mise en scène de la Cène de Léonard de Vinci pourrait bien sonner le glas du « verbe au service de l’épée ».

Déjà, les islamistes se posent la question de savoir si Tariq n’est pas un Juda. Auquel cas « le couteau » de Damoclès est prêt à œuvrer.

Mais si dans cette Cène il y avait plus d’un Juda ?

Posté par frere tariq à 15:09 - Dernières nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 avril 2005

Et un "moratoire" sur Tariq Ramadan ? (par Caroline Fourest et Antoine Sfeir / Le Monde du 19/04/2005)

sfeirTariq Ramadan propose de nouveau un "moratoire" sur les châtiments corporels (Le Monde du 31 mars) dans les pays musulmans. En novembre 2003, cette proposition lui avait valu bien des critiques, une polémique, mais également une médiatisation certaine. Or celle-ci lui fait aujourd'hui défaut. La relance du "moratoire" semble la seule proposition capable de susciter à nouveau la polémique ; donc de le relancer dans le débat public. Moralité : gardons-nous de polémiquer et tâchons de décrypter.

Selon Tariq Ramadan, l'invitation au moratoire serait parue simultanément dans dix-huit journaux. Impressionnant. Mais dans quel sens ? Cet appel peut-il vraiment faire stopper la lapidation et les châtiments corporels ? Ou ne contribue-t-il qu'à remettre en selle Tariq Ramadan, quitte à donner le sentiment aux musulmans européens que la lapidation est un sujet dont on peut débattre, sans avoir la moindre chance de troubler ceux qui pratiquent ces châtiments dans le monde arabo-musulman ?

Observons que ce texte, relayé comme s'il s'agissait d'un mouvement planétaire, n'a qu'un seul signataire. Il est paru quasi exclusivement dans des journaux occidentaux. Seuls deux journaux en arabe, Al-Hayat et Al-Ahram, l'ont publié. Ne faut-il pas se réjouir qu'un prédicateur aussi écouté des musulmans européens lance un appel en faveur d'un moratoire sur la lapidation ? Si, bien sûr. Mais peut-on croire qu'un militant islamiste suisse, fût-il le petit-fils de Hassan Al-Banna (fondateur des Frères musulmans) et l'ambassadeur européen de l'islam de ce mouvement, a le pouvoir de faire cesser les châtiments corporels et la lapidation au Nigeria, en Malaisie, au Soudan ?

carolinefourest6Certes, il s'y rend souvent depuis quinze ans, à l'invitation d'islamistes ultraradicaux. Mais ces visites n'ont jamais conduit ces régimes à abandonner l'excision, les mariages forcés et la lapidation, qui sont pourtant des traditions non islamiques, condamnées ou modérées par le Coran lui-même. D'ailleurs, si ces traditions étaient effectivement islamiques, Tariq Ramadan ne les combattrait pas !

Comme tout Frère musulman réformateur-fondamentaliste, il propose uniquement de mettre entre parenthèses certaines pratiques coutumières ­ de façon provisoire  parce qu'il n'est pas certain qu'elles correspondent aux fondements de l'islam. Ce qui est très différent.

Cette fausse modernisation est un classique chez les Frères musulmans, qui tentent de faire passer la réforme fondamentaliste pour un juste milieu entre le salafisme littéraliste (plus archaïque mais moins politique) et la réforme moderniste (qu'ils combattent). La proposition de moratoire fait partie de ce registre destiné à donner de faux airs de modernité à ce qui demeure, sur le fond, une proposition conservatrice coupant l'herbe sous le pied des musulmans modernistes lesquels exigent l'abandon immédiat de pratiques indignes, au nom de l'homme et de l'islam.

Tariq Ramadan, lui, appelle simplement à une délibération entre savants musulmans pour savoir si la lapidation et le fait de battre sa femme sont ou non des "pratiques islamiques". Or, il le rappelle lui-même, sa position est "minoritaire" parmi ceux qu'il reconnaît comme "savants", dignes de participer à cette délibération (les musulmans rationalistes étant pour lui des "musulmans sans l'islam"). A quoi peut aboutir une délibération entre savants majoritairement pro-lapidation... si ce n'est à son maintien ?

Autre question : plutôt qu'un "moratoire" à l'issue très incertaine, pourquoi Tariq Ramadan n'a-t-il pas, tout simplement, essayé de convaincre quelques figures de l'islam radical de prendre position contre les châtiments corporels ? Les salafistes le prennent pour un "innovateur" et refusent de débattre avec lui ; il a donc peu de chances de les convaincre. Par contre, les Frères musulmans approuvant les châtiments corporels sont soit des proches, soit ses mentors...

Ne pouvait-il convaincre Hani Ramadan, son frère, directeur du Centre islamique de Genève, de ne pas écrire une tribune dans laquelle il justifie la lapidation ? Convaincre Hassan Al-Tourabi, l'homme qui a désigné Tariq Ramadan comme l'"avenir de l'islam" et qui a restauré la charia au Soudan ? Convaincre Youssef Al-Qaradhawi, son mentor et le théologien le plus écouté des Frères musulmans, grâce à son émission sur Al-Jazira, de cesser d'inviter à battre sa femme si elle se montre indisciplinée ? Où sont les signatures des fameux savants nigérians, soudanais, malaisiens, avec lesquels il dit être en contact ?

Ce sont leurs signatures qui importent au bas d'un tel appel. Tandis que l'engagement d'un prédicateur suisse qui n'a ni le loisir ni le pouvoir de pratiquer la lapidation n'a guère d'effet. Même ses fidèles en font la remarque. Son appel a été diffusé sur des sites islamistes. Voici un commentaire qu'il suscite sur Mejliss.com : "Trop axé sur la perception occidentale, je doute qu'il soit compris dans les pays musulmans."

En réalité, le "moratoire" de Tariq Ramadan n'a que deux effets, plus nocifs que positifs : un, le relancer dans le débat public ; deux, contribuer à donner le sentiment aux musulmans européens (les seuls sur qui il a une emprise) qu'on peut tergiverser pour savoir s'il faut, ou non, lapider des adultères et battre sa femme. Il y avait pourtant une façon de faire cesser les châtiments corporels auprès de ceux sur qui il a de l'influence : cesser de citer Youssef Al-Qaradhawi comme un exemple auprès des mususulmans européens. Ce geste-là pourrait laisser penser que Tariq Ramadan cherche réellement à moderniser l'islam. Tandis qu'un appel en faveur d'un moratoire relève, une fois de plus, de l'effet médiatique.

De ceux qui contribuent à affaiblir l'esprit critique face à l'islam politique des Frères musulmans.

par Caroline Fourest et Antoine Sfeir

Article paru dans l'édition du Monde du 20.04.05

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/04/19/252-et-un-moratoire-sur-tariq-ramadan

Posté par frere tariq à 00:38 - Moratoire vous avez dit moratoire ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 avril 2005

Appel International à refuser de mettre les formes avec les lapidateurs (par Idriss Chraïbi)

stoningAjout du 18 avril 2005 : Suite au questionnement d’une de nos lectrices à propos de la phrase "IL S’AGIT D’ÊTRE AUDIBLE DANS LE MONDE MUSULMAN", l’auteur précise que ceci provient d’une interview donnée par Tariq Ramadan à Jérôme Faas dans "la Tribune de Genève" du 30 mars dernier.

Ainsi faudrait-il, pour s’adresser aux lapidateurs, se rendre audible ? Est-ce bien cela que propose, Tarik Ramadan, sur la terrible question des châtiments corporels ?

Se rendre audible ? Ceux que Ramadan entend coacher, n’ont-ils pas entendu, ou n’entendent-ils pas, le battement de cœur qui s’emballe, la respiration bloquée, d’une femme que l’on traîne, attachée, en place publique ?

De cette femme que l’on enterre à moitié, - technique d’immobilisation, pour qu’elle n’échappe pas à ces exécuteurs, alors qu’ils caressent, chacun patiemment, la pierre du massacre qui s’annonce ?

N’entendent-ils pas, ceux, auprès desquels il faudrait se rendre audible, les cris de douleur et d’épouvante de cette femme cagoulée, cherchant désespérément dans la nuit de son linceul, le moyen d’esquiver le nombre, hystérique, des roches qui déjà arrachent son visage ?

N’entendent-ils pas, ces lapidateurs, le claquement des ventres qui se fendent, le bruit -assourdissant pour qui sait entendre, d’une côte, qu’une pierre, grosse comme deux poings d’homme, brise ?

N’entendent-ils pas la résonance affreuse d’une cage thoracique que la pierre fait éclater, ou les craquements insoutenables d’un corps de femme, colonne vertébrale désagrégée, qui tournoie, au rythme d’une agonie, rythmée par la sauvage délectation des lanceurs de pierres ? Et s’ils n’entendent pas, ne peuvent-ils, au moins, voir ce sang qui jaillit, à chaque fois qu’un jet de haine compensatoire a atteint sa

proie : la femme adultère. Adultères ? Oui, nous dit-on. Pour avoir prit le risque d’en aimer, furtivement, un autre. Un garçon, sans doute plus jeune et plus beau, ou tout simplement préféré au mari imposé par la règle -divine, des Docteurs de la Loi. Adultères, ces femmes, souvent nubiles, ayant succombées à la beauté de l’amour, pour oublier l’instant d’un baiser ou d’une étreinte, le temps du viol officialisé par ceux qui, à terme, formeront le cercle des juges devenus assassins. Ou des assassins, devenus juges.

Adultère. Oui, c’est le nom que Docteurs, scribes et pharisiens d’un l’Islam dévoyé, et qui n’en est plus un, ont choisi, en leurs âmes et consciences pour désigner les femmes aimantées par la Beauté et la Liberté. Et lorsque ce ne sont pas des femmes, ce sont des voleurs à la tire, dont on tranche des mains.

Ce sont des adolescents, des gosses, dont on attache l’avant-bras à un billot pour sectionner le membre qui s’est rendu coupable du terrible méfait qui aura peut-être consisté à voler pour se nourrir. Ou à voler tout court. Ainsi le pardon ne prévaut-il guère ici, comme ne compte jamais la possibilité, pour le voleur, de retrouver le droit chemin. Pas de rédemption possible, donc.

Alors, Un moratoire.

Car il s’agit, nous dit-on, de se rendre audible auprès d’une caste de meurtriers. Car bien sûr, ceux, avec qui Tarik Ramadan entend négocier, sont aussi les mêmes qui n’entendent pas, le vendredi, à l’heure de la prière qui devrait unir autour de la compassion, le bruit des murmures de la foule, rassemblée autour de l’exécution.

Ils n’entendent pas le crissement des roues du fourgon qui déboule à tombeau ouvert, la course du bourreau sorti du véhicule qui se jète sur la nuque de l’homme agenouillé qui depuis l’aube, attend la mort au milieu des insultes. Ils n’entendent pas le sifflement du sabre qui tranche, ni la clameur du public Saoudien. À moins que ce cri de joie qui monte, lorsqu’un corps est coupé en deux, ne soit plus au contraire, tout ce qu’ils sont en mesure d’entendre, ceux dont il faudrait se rendre audible.

Alors, si ces docteurs, scribes et pharisiens d’un Islam qui ne l’est plus Musulman, parce qu’il a perdu toute humanité, tout sens de l’Homme, n’entendent pas, n’entendent plus, c’est bien que les cœurs de ces exécuteurs et janissaires d’un verbe, soit-disant Divin, sont devenus sourds à ces membres écartelés, ces os brisés, ces membres déchirés. C’est donc bien qu’un moratoire, au-delà du fait qu’il ne peut

rien changer à cette surdité qui exclue une catégorie d’individus hors du cercle de l’Humanité, doit être compris comme une forme de complaisance vis-à-vis des lapidateurs. Car n’en doutons pas, ceux qui lapident sont les mêmes que ceux qui égorgent en direct. Et s’ils ne sont pas les mêmes, une matrice psychologique, aujourd’hui similaire, les produit, les reproduit, libère la violence pour eux légitime, qu’il déploient, et qu’ils déploieraient bien plus encore.

Quel sens donner, dans ce cas, à un moratoire ? Celui qui consisterait à se dire, - pragmatiquement, qu’il faudrait mettre les formes, avec ces docteurs qui jugent qu’un Droit Universel respectueux de la personne humaine, (dont se prévaut, il faut le dire, un Islam purement spirituel qui en est, ontologiquement, de cet Amour, de ce respect psychologique et physique, de la personne humaine), n’a rien à leur dicter, et rien à faire, dans le champ de la Charia.

De la Charia ? Ou tout simplement de règles, terribles, froidement édictées contre des corps, par des juristes qui savent trop bien que les supplices ont pour fonction politique - Foucault l’aura montré, d’inscrire, dans la chair du supplicié, la souveraineté de l’Etat.Ce qui vaut pour Damiens, - lui régicide, vaut aussi pour ces femmes, elles innocentes, lapidées, excisées ; cela vaut pour tous ces corps découpés, ces chairs écartelées. Si ce n’est que dans le cas de ces « sombres fêtes punitives » là, il est fort possible qu’il s’agisse d’inscrire, dans des corps, la souveraineté d’une loi, que des bourreaux oudraient faire passer pour divine. On connaît bien cette perversion, dans certains Etats se disant Musulmans et chez certains oulémas, perversion qui consiste à frapper, ou autoriser que l’on frappe, que l’on tue, puis dire, que rien ne se fait sans que le Divin n’y ait auparavant consenti. On connait ce détournement de sens, criminel, qui fait que l’on plie la divinité, elle-même, à la soif de sang des bourreaux.

Ainsi, ce pragmatisme, voire cette empathie dont Tarik Ramadan voudrait user, relayé malheureusement par quelques médias occidentaux que l’on dit démocratiques ou républicains, cette volonté de s’adresser poliment aux lapidateurs, en se parant des habits de l’ouverture, confine-t-elle donc au cynisme.

De même que confine au cynisme, et à la volonté cruelle de se moquer de l’Homme et de son universelle dignité, l’argument fallacieux qui prétend prendre appui sur la susceptibilité des docteurs, avec lesquels, nous dit-on en définitive, il faudrait mettre les formes. Ces juristes-assassins, il nous est en fait, demandé de ne pas les vexer, de ne pas les froisser, car ils pourraient, eux, nous reprocher de ne pas savoir les prendre, de n’avoir pas su choisir le bon moment, pour leur parler des crimes contre l’Homme, qu’ils perpétuent. On pourrait, et c’est le comble, nous reprocher, à nous qui croyons qu’il appartient à toute religion, toute doctrine, toute pensée, dans ce qu’elles ont de grand et d’absolu, de se donner pour but, ultime, la sacralité de la personne humaine, on pourrait bien nous reprocher d’avoir, par notre manque de tact, fait que n’aboutisse pas, toute la belle stratégie qui consiste, au bout du compte, à prendre les meurtriers avec des pincettes.

Alors, à ces docteurs, scribes et pharisiens, qui mériteraient, si elle existait en Islam, l’excommunication avant le prétoire, nous dirons, car nous ne craignons pas de le leur dire, que nous refusons de nous rendre audible à leur surdité assassine, comme nous disons à leur, leurs conseillers en communication, que nous refusons de mettre les formes et ce, à jamais, avec les lapidateurs.

Et qu’enfin, ce n’est pas un Moratoire, qu’il faut dans leur cas proposer, mais bien les lois qui châtient les crimes contre l’Humanité, qu’il faut leur appliquer.

Posté par frere tariq à 15:07 - Moratoire vous avez dit moratoire ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 février 2005

Islamism and Muslim brotherwood : a challenge for Europe (by Caroline Fourest)

PARIS —The Western world, but Europe in particular, is the main battleground for the Islamists. European secret services regularly thwart terror attacks whose targets are on European soil. Last week, France, Germany and Italy separately uncovered alleged terrorist cells, including recruiters for the insurgency in Iraq.

But Europe is also the frontline for Islamists who have chosen a more “political” approach. Nearly five years ago, Sheik Yusuf Qaradhawi, star imam on the al-Jazeera news channel and president of the European Fatwa Council, was very clear: “With Allah’s will, Islam shall return to Europe, and Europeans shall convert to Islam. They will then be able to propagate Islam to the world.” This theologian—widely listened to in the Arab world and in Europe—doesn’t think that the reconquest need be violent. For him, Islam as religion will pave the way. “I affirm that this time, the conquest will not be done by the sword but by proselytism and by ideology.”

The Islamists who were trained or influenced by the Muslim Brotherhood, the Egyptian group founded by Hassan al-Banna in 1928, share this vision. Since their failed attempt to seize power in Egypt, and even more since they lost the civil war in Algeria, Europe has become the top priority: The Islamists’ third round. Whether they choose the jihadist option like Aymen al Zawahiri, al Qaeda’s No. 2 man and mastermind, or opt for a “reformist” approach, Islamists trained by the Muslim Brotherhood all pursue the same dream, fed by Hassan al-Banna, to make “the flag of Islam float everywhere a Muslim lives.”

Islamist strategies diverge. Terrorists target symbols of the West through violence. Reformers, on the other hand, have made the struggle against Westernization their priority—one they lead from Europe, through mosques and radio shows and publications. In North Africa or the Middle East, where they pose a direct threat to the regimes in place, they are closely watched, even chased. But in Europe, they take advantage of free speech and democracy as well as the failure of Arab immigrants to integrate. Here, they recruit at their leisure—offering renewed pride and a political family united by a belief in radical Islam to thousands of alienated Muslims.

The West is used as a formidable base camp to recruit new troops. With them, the Islamists hope to take their revenge in the East. That’s why the leaders of radical political Islam are found more often in London or Geneva than in Kabul or Baghdad.

Londonistan

Yusuf Qaradhawi, the telegenic imam, was once expected to become the Official Guide of the Muslim Brotherhood movement in Egypt. But he refused, saying that his mission in Europe was the priority. In fact, he retains great power of influence by presiding over the European Council of the Fatwa, based in London, which pronounces "fatwas" (religious rulings) for European Muslims. One of these fatwas justifies the use of suicide bombings against civilians. No other Islamic authority, in Egypt or in Iran, has ever dared to pass a similar ruling. Hamas, the armed branch of the Muslim Brotherhood in Palestine, has in fact used this European ruling to justify its operations. The man who guides the Muslims of Europe also says that any contacts with Jews must be with “the sword and the gun.” Yet it is Mr. Qaradhawi whom the mayor of London, Ken Livingstone, took in his arms July 17 during a rally in favor of the "chador" organized in the British capital.

This city, having become a haven for radical Islam, now has a new nickname, “Londonistan.” The media-savvy figures are well-known: Abu Hamza, Abu Qatada or Omar Bakri, a Syrian refugee who has never made a secret of his admiration for Osama bin Laden. Less talked about is the Leicester Foundation, created by Pakistani Islamists to propagate the ideas of Sayyid Qutb, the Egyptian thinker who inspired bin Laden’s call for Jihad against the “apostate tyrants,” and Sayyid Abu’l-A’la Mawdudi, the Pakistani theologian who advocates a return to Sharia law. Though a radical propaganda institute, the foundation received a prize from Prince Charles—more proof that the Islamists are quite right to bet on the naïveté of Western democracies. Perhaps, these states also hope, in return, for relative protection on their soil. Great Britain has, however, seemed to question this policy since police uncovered plans for terrorist attacks. But isn’t it already too late?

The Geneva Connection

Another Islamist safe haven hasn’t yet decided to act: Switzerland. With its long tradition of neutrality and its role as an international banking center, the country is hesitant to harass Islamists who still have the moral—and often financial—backing of Saudi investors. At the beginning of the 1960s, with the patronage and protection of the Saudi royal family, Hassan al-Banna’s favorite disciple, Saïd Ramadan, was able to establish an Islamic Center in Geneva, which served as a refuge for the Muslim Brotherhood and as a base camp for fundamentalists trying to Islamize the Continent. Since his death in 1995, his sons, all on the administrative board of the Geneva Islamic Center, have kept up the fight.

The center’s official director, Hani Ramadan, has just been fired by the Swiss Ministry of Education for condoning stoning as an act of purification and calling AIDS God’s punishment in an article in the French daily Le Monde. He is also famous for calling on young men to refuse to serve in the French army during the war in Afghanistan, and for organizing several protests “against the impious” in front of the United Nations with former militants from the Algerian GIA terrorist organization. One of them actually spoke at the Geneva Islamic Center last Oct. 2. A report from the Swiss secret services also includes testimony from a former Geneva Islamic Center insider who says that he took part in 1991 in a meeting between Aymen al-Zawahiri, Omar Abdel-Rhaman, the man behind the 1993 World Trade Center bombing, and two of Saïd Ramadan’s sons: Hani and Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan has provoked ample discussion in Europe and the United States. Hired last year by Notre Dame to teach “Peace between civilizations,” the U.S. denied him a visa on security grounds, bringing criticism from many quarters. But despite his apparently angelic and irreproachable message, Tariq Ramadan is indeed unqualified to teach on “peace between civilizations.” On television sets and in the many interviews he gives to the press, he presents himself as a man of dialogue, with no links to the Muslim Brotherhood: A thinker who merely puts in context the thinking of his grandfather, father and even brother. But in his cassettes and books, distributed in radical Islamist libraries and shops, he expresses a completely different discourse that explains and praises the teachings and methods of Hassan al-Banna, without any form of critical analysis. This makes him not only his grandfather’s grandson (for which no one would reproach him) but his political heir. Tariq Ramadan openly supports Hamas as a “resistance” movement. He recently spoke out on the murder of an 8-year-old Israeli girl at the hands of Palestinian terrorists. “That act in itself is morally condemnable but contextually explicable,” since “the international community has put the Palestinians in the arms of the oppressors.”

True to the Muslim Brotherhood’s new orientation, Tariq Ramadan has pronounced the West to be “dar el shaada,” which is to say the land where he is to undertake his religious mission. He takes advantage of his aura to tell young women that a good Muslim should be prudish, hence veiled, to describe homosexuality as a “mental imbalance,” justify polygamy, and to discourage mixed marriage between Muslims and non-Muslims. Furthermore, for all matters relating to theology, he advises his listeners to turn to his mentor: Yusuf Qaradhawi. Just like Mr. Qaradhawi, Tariq Ramadan says that he is waiting for the proof that al Qaeda is indeed responsible for September 11.

Tariq Ramadan wants to make America his next mission, hoping to seduce the African-American community, and even the American left-wing. Though intellectuals—often Arab and/or Muslim ones—have warned against his influence for the past 15 years, there have always been other intellectuals, more often than not progressive ones from the West, who get tricked by his double message, to the point of taking his defense. Even, and especially, when he claims to be a victim of an Islamophobic or Zionist conspiracy.

Herein lies the greatness and weakness of democracy: Even those who despise it know how to use it to their advantage. Whether terrorist or “simply” political ones, the Islamists post a grave threat to Western democracies. Can this underground guerrilla movement against individual and public liberties be endlessly tolerated in the name of these same liberties? And on the other hand, can these liberties be weakened without abandoning the ideals that make us different from the anti-democratic forces? The solution probably lies in the middle. And it certainly requires that extreme vigilance be maintained.

Caroline Fourest

Ms. Fourest is the author of “Frère Tariq” (Grasset, 2004). Alfred de Montesquiou translated this article from French.

Article paru dans le Wall Street journal Europe du 2 février 2005

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/02/02/579-islamism-a-challenge-for-europe

Posté par frere tariq à 00:02 - Dernières nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »