12 mars 2007
A propos de Tariq Ramadan et de l'ULB (par Caroline Fourest)
Entendre Tariq Ramadan dénoncer la censure me fait toujours sourire… Lui qui a demandé dans la presse suisse le retrait d’une pièce de voltaire sur Mahomet en 1993 au nom de la « délicatesse » et qui a fait ses études islamiques sur le campus de l’institut intégriste ayant mené campagne contre Salman Rushdie…
Je comprends très bien ceux qui — ne connaissant pas le personnage — se disent choqués pas la décision de ne pas lui accorder une tribune de plus. Personnellement, ayant étudié ses cassettes et ses livres, je connais trop le personnage et l’islam liberticide qu’il prône pour être autant émue. En tout cas, je comprends que l’ULB n’ait pas eu envie de lui servir de tribune. Pour tout vous dire, j’avais fini par croire que l’Université partageait sa hantise de l’islam moderniste à force de l'y voir intervenir ces dernières années.
Je ne vois pas très bien à quel titre il peut prétendre lutter contre les discriminations. Même s’il fait toujours très attention à rester mesuré dans ses interventions publiques, dans ses cassettes et dans certains de ses livres, il défend un islam fondamentaliste, patriarcal, sexiste et homophobe. L’inviter au titre de la lutte contre « l’islamophobie », c’est un peu comme inviter un intégristes chrétien à parler de la « christianophobie » — dont il se sentirait victime de la part des laïques. Je trouve normal que ce genre de discours soit bien vu par certains groupes religieux mais je ne vois pas très bien pourquoi une Université du libre examen devrait l’encourager. Les musulmans modernistes ont déjà très peu d’espace pour résister à l’islamisme. Ils n’ont pas besoin qu’on invite à leur place des fondamentalistes. Or Tariq Ramadan considère les musulmans modernistes comme des « musulman sans l’islam », occidentalisés, parce qu’il place l’esprit critique et le rationalisme au-dessus de la foi. Le problème, c'est qu'il ne le dira jamais ainsi devant un public universitaire. D'où la difficulté de penser pouvoir se faire une idée en l'entendant lors d'un débat contradictoire. Les livres, les siens comme ceux écrits sur lui, sont là pour ceux qui souhaitent se faire une opinion grâce à leur esprit critique et non sous le coup de l'émotion.
03 mars 2007
Pétition : Soutenons l'ULB et les valeurs du Libre Examen
Censurer, c'est interdire d'exprimer une opinion.
Quand, interrogé publiquement sur la pratique da la lapidation, T.Ramadan se montre incapable de donner la seule réponse humainement défendable: c'est une abomination, il ne défend plus une opinion, il se met lui-même en-dehors de l'espace des opinions défendables dans une démocratie.
Ou alors décidons d'appeler censure le refus d'inviter dans notre Université des individus défendant publiquement la torture.
Quand T.Ramadan évite systématiquement de se positionner clairement concernant la question centrale de la laïcité politique - le refus de la confusion des pouvoirs religieux et politique - il ne défend pas une opinion démocratique, il défend une position intégriste; l'intégrisme n'est pas une opinion, il est la négation même de l'espace politique rendant possible la libre émergence et le libre débats d'opinions. Ou alors, décidons d'appeler censure le refus d'inviter dans notre Université des individus défendant publiquement des positions d'extrême-droite.
Quand T.Ramadan qualifie de "Musulmans passés à la lessiveuse" tous les Musulmans non fondamentalistes, il ne défend pas une opinion, il pratique, pour le moins, de la discrimination.
Ou alors décidons d'appeler censure le refus d'inviter dans notre Université des individus qui injurient publiquement d'autres individus.
Pour signer la pétition : http://www.petitionspot.com/petitions/soutienulb
Pourquoi l'ULB refuse la venue de Tariq Ramadan
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Bruxelles, le mardi 27 février 2007
Le cercle des étudiants Arabo-Européens a adressé un courriel au recteur de l’ULB le 6 février dernier mentionnant leur souhait d’inviter Tariq Ramadan à « une conférence avec comme thématique le racisme et les discriminations ».
Le 19 février dernier, le recteur répondait ceci :
« Les débats, indispensables à l’exercice de la démocratie, ne sont acceptables en son sein qu’à la condition expresse que tous les participants poursuivent clairement et sans ambiguïté une visée commune : celle du respect et de la défense des fondements mêmes de l’esprit démocratique. De ce fait, un débat démocratique ne saurait en aucun cas être une injonction faite à la démocratie de s’asseoir sur ses principes, et cela, au nom de l’évocation de ces mêmes principes.
Comme il est stipulé dans l’article 30 de la Déclaration des droits de l’homme : « ''Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés. » En vertu de ce principe auquel notre université est particulièrement attachée, nous ne pouvons pas réserver une réponse favorable à votre demande. D’autre part, l’université n’est pas un lieu où toutes les positions peuvent se manifester au nom de la liberté d’expression : l’université est une institution libre, elle n’a ni le rôle ni les obligations d’un Etat, et on ne saurait donc la taxer d’empêcher la liberté d’expression de personnes qui ont par ailleurs de multiples moyens de diffusion de leurs idées (Internet, livres, médias).'' »
La manière dont l’article du Soir de ce matin relate l’affaire pourrait porter à confusion. On a le sentiment, en effet, qu’un panel de personnalités (Didier de Laveleye, Philippe Grollet, Mohsin Mouedden) ont d’ores et déjà marqué leur accord pour un débat contradictoire avec Tariq Ramadan. Or, c'est suite au refus de l’Université que le cercle étudiant a, par exemple, envoyé, par mail, une invitation à Philippe Grollet, ce dimanche 25 février, sans préciser d'ailleurs que ce serait pour débattre avec Tariq Ramadan. Philippe Grollet, ayant d’ailleurs formulé des réserves quant à sa propre participation, s’étonne donc à juste titre de voir son nom associé à ce projet ce matin dans la presse.
Ce contexte de mensonge et de manipulation vaut la peine d’être évoqué car il est répétitif autour de la personnalité de Tariq Ramadan avec des transformations de programme de dernière minute.
L’Université s’est engagée dans une réflexion de fond sur ce que veut dire la défense des valeurs au XXIe siècle. Aussi l’expérience nous conforte-t-elle dans l’idée qu’elle ne doit pas être la vitrine de débats qui menacent de pervertir l’esprit de la démocratie.
Source : ProChoix
Pourquoi l'Université Libre de Bruxelles (ULB) a pris cette décision au sujet de Tariq Ramadan
Le Libre Examen aujourd'hui : ni Munich ni la Chasse aux sorcières
Carte blanche Philippe Vincke (Recteur de l'ULB) et d'Emmanuelle Danblon (Conseiller du recteur pour les projets « Valeurs » de l'ULB)
Toute restriction des libertés est un problème pour les démocrates. Nous en sommes profondément conscients. Mais nous sommes aussi conscients du fait que la liberté sans conscience peut s'avérer dangereuse pour la démocratie. Coupée de son esprit, brandie comme un slogan, elle peut devenir la pire des tyrannies. En ces temps difficiles où la démocratie est en crise, et avec elle ses valeurs fondatrices, la liberté doit être plus que jamais sauvegardée dans son principe mais aussi dans sa réalité.
Deux menaces pour la liberté s'offrent aux sociétés ouvertes. La première consiste à s'accorder, par principe, avec toute position, quand bien même elle serait controversée au point de faire l'objet d'inquiétudes légitimes. C'est ce que Daladier et Chamberlain ont fait à Munich, face à Hitler en 1938. La deuxième menace consiste à refuser, par principe, toute liberté d'expression à celui qui s'écarte d'une ligne de conduite officielle. C'est ce que firent les Américains du temps de la Chasse aux sorcières. Dans les deux cas, c'est la mort de la démocratie. Dans le premier, parce qu'elle aura permis qu'un régime non démocratique la remplace ; dans le second, parce qu'elle aura elle-même produit la censure.
Notre volonté est d'ouvrir une troisième voie face à ces deux extrêmes, en attirant l'attention de la communauté sur la montée de discours potentiellement obscurantistes, même si ceux-ci adoptent un langage politiquement correct. Aucun d'entre nous n'accepterait la venue sur le campus d'un leader d'extrême droite xénophobe. Nous avons le devoir de ne pas faire deux poids et deux mesures. Depuis quelque temps, certains discours, certaines pratiques et certaines revendications qui mettent en péril la laïcité politique, garante du vivre ensemble, sont devenus courants sur le campus. Depuis quelque temps, l'Université s'en est émue. La question est complexe, comme elle l'est pour la démocratie dans son ensemble. Les réflexions de fond sur les limites de la liberté et de sa protection se sont engagées. En particulier sur les conséquences sociales et psychologiques que provoquent sur les esprits les discours équivoques sur les libertés individuelles, l'homosexualité ou l'égalité entre les hommes et les femmes.
C'est en effet la première fois que l'Université prend la décision de refuser qu'une conférence de M. Tariq Ramadan se tienne dans ses locaux. L'émoi est grand, pour l'ensemble de la communauté. Le geste n'est pas anodin, parce qu'il nous engage sur le chemin difficile de cette troisième voie. M. Ramadan est déjà venu de nombreuses fois s'exprimer sur notre campus. À chaque fois, les défenseurs de la liberté s'en sont émus. Jusqu'ici, nous n'avions pas voulu réagir, et cela au nom de la liberté d'expression. Mais force est de constater que ses multiples venues n'ont pas contribué au vivre ensemble sur le campus. Faut-il rappeler que Tariq Ramadan ne condamne jamais clairement la lapidation des femmes, même lorsqu'on le lui demande ? Au contraire, depuis quelque temps, les malaises, les tabous, les peurs d'évoquer certaines théories scientifiques ou certains faits historiques au grand jour sont devenus visibles et palpables. Combien d'enseignants vous raconteront que des sujets comme la théorie de l'évolution, comme le génocide des Juifs d'Europe, comme les droits de l'homme sont devenus source de suspicion, voire d'agressivité affichée ?
À chaque tentative d'exprimer des inquiétudes sur ces questions, la réponse immédiate revient comme un slogan au nom du Libre Examen. Elle s'accompagne, en outre, de glissements, d'amalgames, voire d'accusations délirantes faites à ceux qui expriment leur inquiétude et qui se trouvent taxés de racisme, d'élitisme culturel et d'intolérance. Et ceux qui font l'objet de ces doutes se mettent alors dans le rôle de la victime contre l'oppresseur, si payant aujourd'hui. Bien sûr, de telles accusations s'attaquent directement à ce qu'il y a de plus précieux pour ceux qui ont le courage de s'engager dans cette difficile réflexion : leur volonté d'exercer un jugement libre, sans dogme, sans pressions extérieures et sans stigmatisations. C'est la raison pour laquelle, par souci de libre examen, ils revoient, encore et encore, leurs positions. Car le doute ne semble paralyser que certains aujourd'hui et c'est tout à leur honneur. Mais ce doute, moteur du libre examen, ne peut être interprété que comme de la faiblesse aux yeux de ceux qui ne doutent pas. Le résultat est ce à quoi l'Université doit faire face aujourd'hui : une tyrannie de fait opposée à la réflexion de fond et aux protections qu'elle entend se donner pour pouvoir douter sereinement.
Toute objection de principe est ravalée au rang de tyrannie et le débat public prend à tout moment le risque de devenir une mise en scène de débat dans lequel les jeux sont faits d'avance. Combien sont venus nous apporter leur soutien en ces temps difficiles, en demandant qu'on ne mentionne pas leur nom « parce qu'ils ont déjà assez de problèmes ». Où est la tyrannie ?
Enfin, l'Université est fière d'avoir en son sein des forces vives dont le rôle et la fonction sont la vigilance. Mais cette vigilance n'a de sens que si elle demeure elle-même libre de tout dogme et si elle ne se transforme pas en attitude contestataire sans autre forme de procès qu'un soutien inconditionnel à ceux qui ne doutent pas. Parce que leurs valeurs n'autorisent pas le doute. L'ULB a combattu le nazisme, elle a combattu l'élitisme et le conservatisme d'institutions archaïques qu'elle a contribué à réformer, elle a combattu pour le droit des femmes à disposer de leur intégrité physique et psychologique. Tous ces combats, elle les a menés avec la force et le courage qu'il faut à la persévérance qui ne cesse jamais de douter. Nous espérons que l'Université sera aujourd'hui encore capable de mener ce combat pour la liberté, pour que soit possible le vivre ensemble, dans une troisième voie qui refuse Munich comme la Chasse aux sorcières.
Source : www.pressbanking.com
01 mars 2007
Le point de vue du Cercle du Libre Examen
Une laïcité qui choisit ses interlocuteurs est une laïcité qui doute
Simplement réaffirmer nos valeurs, le libre examen. » Sur ce point, le Cercle du Libre Examen est en parfaite adéquation avec les autorités de l'ULB. C'est lorsqu'il s'agit de traiter des méthodes employées que notre chemin s'éloigne du leur. Réaffirmer nos valeurs, oui ! Mais à quel prix ?
Le recteur nouvellement élu a, dès sa mise en place, désiré réaffirmer les valeurs au sein de notre université. Pour ce faire, M. Philippe Vincke a créé le poste de conseiller à la défense de nos valeurs ; poste occupé à cette heure par Mme Emmanuelle Danblon. Dans cette optique, les autorités se sont attelées à la réalisation d'un « chantier-valeurs » dans le but avoué de défendre et promouvoir les valeurs du libre examen.
C'est avec un engouement certain et un soutien réaffirmé à maintes reprises que le Cercle du Libre Examen a accueilli cette initiative. Le Librex a d'ailleurs souhaité travailler, de concert avec Mme Danblon, à la réalisation de cette tâche difficile qu'est de reconquérir la population estudiantine et de lui permettre d'acquérir, à nouveau, ce sentiment d'identité libre-exaministe.
Dans Le Soir du mardi 27 février, nous avons eu la surprise d'apprendre que le recteur de l'ULB a « refusé d'accorder l'autorisation » et - pour être plus objectif - a interdit la venue de Tariq Ramadan en nos murs, invité à un débat contradictoire organisé par des étudiants du CEAE (Cercle des étudiants arabo-européens) et qui s'inscrivait dans une semaine d'activités contre le racisme, ne pouvait que nous émouvoir et nous interpeller et ce, plus particulièrement à l'heure où la censure, l'autocensure et, de façon générale, le consensualisme et une idéologie du politiquement correct s'emparent du débat dès lors que les thèmes abordés soulèvent des questions de société délicates.
Il s'agit de la part des autorités d'une décision arbitraire et unilatérale. Une telle ingérence des autorités dans la vie culturelle de l'Université Libre de Bruxelles a fait naître un malaise au sein de la population étudiante. Une question s'impose : que doit-on comprendre derrière l'attitude adoptée par les autorités quant à ce débat, organisé par des étudiants membres d'une association reconnue officiellement par l'Université ?
Ce n'est pas réellement la personne et le propos de Tariq Ramadan qui crée le débat au sein du Cercle mais bien l'interdiction de donner la parole à un conférencier contesté dans le cadre d'un débat contradictoire ; débat contradictoire qui, faut-il le rappeler, constitue la méthode libre-exaministe par excellence. La confiance en nos valeurs et nos méthodes est-elle devenue si infime que la censure et l'autocensure apparaissent comme notre seule arme ? Peut-il y avoir un débat plein et entier lorsque l'on choisit ses interlocuteurs ?
Il est nécessaire, nous semble-t-il, de signaler que les autorités, depuis la mise en place de la nouvelle équipe rectorale, imposent aux cercles étudiants une procédure administrative de plus en plus lourde. En effet, les étudiants désirant organiser une activité doivent préalablement informer les autorités notamment quant aux intervenants et aux objectifs du projet. C'est sur cette unique base qu'est prise la décision rectorale d'autorisation ou d'interdiction de l'activité. Les autorités de l'Université Libre de Bruxelles ont-elles vraiment le droit de se poser en visage unique du Libre Examen en ces heures de crispation identitaire et de fixer seule ce qui est ou n'est pas légitime ou pertinent dans le débat ?
Dans cette perspective, il apparaît que le « chantier-valeurs » sort des rails sur lesquels les autorités l'avaient posé. En donnant à cette réalisation une interprétation certes défendable mais trop contraignante pour les acteurs-étudiants de celle-ci, les autorités offrent une vision monolithique du principe du Libre Examen. Ainsi, le Cercle s'oppose à ce qu'une ou plusieurs personnes puissent, de par leur position au sein de l'ULB, avoir le monopole de penser le Libre Examen et, partant, de poser (le terme « révéler » n'est-il pas plus approprié dans ce contexte ?) l'unique lecture valable du principe du Libre Examen ?
Les autorités ne devraient-elles pas ouvrir la porte à la communauté estudiantine au sens large pour remettre les valeurs de cette Université en question et bâtir ensemble un libre examen conforme à celui auquel aspirent les étudiants ? Mais peut-être est-ce un débat qui, là encore, restera « hors de nos murs »...
Une autre piste de réflexion pourrait éventuellement être envisagée et le débat pourrait être replacé sur la voie de la laïcité. En effet, au sein l'Université du Libre Examen, la laïcité est un espace de rencontre, de dialogue où toutes les options philosophiques et religieuses doivent pouvoir s'exprimer. Une laïcité qui choisit ses interlocuteurs n'est-elle pas une laïcité qui doute ?
Le Cercle du Libre Examen
Source : ProChoix
L'Université Libre de Bruxelles (ULB) ne veut plus servir de tribune à Tariq Ramadan (par Caroline Fourest)
Tariq Ramadan soulève une fois de plus la polémique. Le recteur de l’Université Libre de Bruxelles, Philippe Vincke, ne souhaite plus voir son université lui servir de tribune.
Tariq Ramadan est intervenu plus de 4 fois au cours de ces dernières années dans l’enceinte de cette université, connue pour son attachement à l'esprit critique. La dernière fois, il a participé à un débat organisé par une association étudiante turque pensé pour donner la parole aux négationnistes du génocide arménien. Choquée que l’on puisse ainsi détourner le droit à la liberté d’expression, l’Université n’avait pu annuler le débat à cause de pressions émanant de l’ambassade de Turquie. Celle dernière ayant menacé d’incident diplomatique si ce « débat » était déprogrammé... Conscient de servir de relais malgré eux à une propagande liberticide et obscurantiste, l’université avait toutefois prévenu : désormais, Tariq Ramadan ne serait plus le bienvenu. Lui-même avait rétorqué qu’il ne remettrait plus les pieds dans cette université « liberticide ».
Il faut croire que l’envie de susciter la polémique et de pouvoir se poser une fois de plus en martyr a été plus forte… Car Tariq Ramadan est revenu. Cette fois à l’invitation du Cercle des étudiants arabo-européens (CEAE), qui entendait organiser un débat contradictoire le 22 mars dans le cadre de la "Semaine d'actions contre le racisme". Un cadre parfait pour semer la confusion et crier à « l’islamophobie » voire à la censure en cas de refus — prévisible — de l’Université… "Il n'est pas question d'interdire de parole certaines personnes ou de stigmatiser certaines communautés, mais simplement de réaffirmer nos valeurs, le libre examen, le combat d'idées contre toute attitude liberticide, tout obscurantisme", commente Emmanuelle Damblon, conseillère du recteur de l'ULB. "Au nom de la tolérance, l'ULB a trop souvent été prise en otage par des groupes qui nous ont peu à peu éloignés de l'esprit du libre examen ».
Climat empoisonné et débat piégé
Plusieurs naïfs, dont le Cercle du Libre Examen, crient au scandale. Quitte à tomber dans le piège tendu par le prédicateur et ses amis — partisans de la censure lorsqu’il s’agit de jouer une pièce de Voltaire ou de publier des dessins sur Mahomet mais défenseurs de la liberté d’expression quand il s’agit de l’instrumentaliser au service de leur propagande liberticide.
En fait de débat contradictoire, l'association organisatrice a d'ailleurs invité le contradicteur de Tariq Ramadan (Philippe Grollet du Centre d'Action laïque) à la dernière minute; pour utiliser son nom et sa caution auprès des médias... alors que l'Université avait déjà fait savoir son refus de recevoir Tariq Ramadan et que la polémique enflait.
Des affiches ont été placardées un peu partout sur les murs de l’université contre cette décision. Emmanuelle Damblon, récemment nommée auprès du recteur pour clarifier les « valeurs » du libre examen et éviter typiquement ce genre de dérives, a reçu des menaces et des insultes, par courrier et par mail. « Je croise aussi des jeunes filles qui me disent de tenir bon. Elles ont trop peur pour nous soutenir officiellement à cause de la pression exercée sur elles au nom de la solidarité communautaire… Nous en sommes là : une université où règne la peur. »
Qu’importe ce climat inquiétant. Pour Le Cercle du Libre Examen, « une laïcité qui choisit ses interlocuteurs est une laïcité qui doute » (lire leur tribune). Face aux procès d'intention, Emmanuelle Damblon et le recteur de l’Université Libre de Bruxelles ont répondu par le biais d’une « Carte blanche » publiée dans Le Soir du 1er mars 2007 : « ni Munich ni la Chasse aux sorcières » : « Notre volonté est d'ouvrir une troisième voie face à ces deux extrêmes, en attirant l'attention de la communauté sur la montée de discours potentiellement obscurantistes, même si ceux-ci adoptent un langage politiquement correct. Aucun d'entre nous n'accepterait la venue sur le campus d'un leader d'extrême droite xénophobe. Nous avons le devoir de ne pas faire deux poids et deux mesures » (Lire la tribune en entier).
En attendant, le débat prévu par les organisateurs du Cercle des étudiants arabo-européens sur le thème "La société dominante n'est-elle pas plus communautariste que les minorités ?" est maintenu. Son président, Azzedine Hajji, président du CEAE, songe à remplacer Tariq Ramadan par Vincent Geisser ou Laurent Lévy, qui tiennent des positions en effet très proches de celles du prédicateur. Sans avoir toutefois la même influence intégriste.
PS : Le débat se poursuivra également le 13 mars — puisque je suis moi-même invitée depuis plusieurs semaines par l’Université Libre de Bruxelles pour un débat qui promet d’être animé sur les questions de vivre-ensemble (entre valeurs universelles et respect des libertés individuelles) et de liberté d’expression (où sont les limites ?)

