30 septembre 2006
Tariq Ramadan clément envers le Pape mais pas envers Charlie Hebdo ! (par Caroline Fourest)
Les lecteurs du Point sont habitués à voir Tariq Ramadan interviewé à la moindre occasion. Le journal de Franz-Olivier Giesbert lui ouvre régulièrement ses colonnes. Cette semaine, c'est Elisabeth Lévy qui s'est chargée de l'interroger une fois de plus à propos... du pape. Les réponses de Tariq Ramadan sont pour une fois remarquablement claires et conciliantes : "Rien dans le texte du pape ne me paraît mériter des excuses. Certes, ces incidentes sur l'islam dans son rapport à la raison et à la violence sont désobligeantes. Sur ce point, sa réflexion est superficielle, peu explicite et malhabile. Mais la disproportion de la réaction me paraît très grave".
Vu l'énormité des propos du pape, c'est extrêmement peu vindicatif. Etonnant ? Sauf si l'on sait que Tariq Ramadan doit son aura et la sauvegarde de sa légitimité intellectuelle en grande partie aux cercles du dialogue islamo-chrétien. En particulier aux universitaires chrétiens (comme ceux de Notre-Dame où il devait enseigner aux USA) qui comptent sur lui pour ouvrir au nom de l'Islam le verrou qui les empêche de renégocier la laïcité à la française... au profit du christianisme.
Ne confondons donc pas cette clémence avec une réelle ouverture d'esprit ou sincérité. Si Tariq Ramadan était franc, il aurait tenu le même discours au Point que dans sa cassette sur le « L’islam et le fondamentalisme religieux »*. Au lieu de soigner son image d'intellectuel musulman tolérant. Dans cette cassette, il vante le recours à la raison des fondamentalistes musulmans comme étant bien plus évolué que le fondamentalisme chrétien. A l’écouter, en islam, il n’existe aucun conflit entre la foi et la raison puisque, je cite, « le Coran nous oblige à la pensée ». Ce qui est une façon de sous-entendre que la Bible non. Le même vous dira qu’il « est normal qu’un musulman lise le Coran en adoration » puisque le Coran est une « source qui vivifie l’intelligence » et non « une source qui l’enferme ». Pour lui « toute la différence est là »*.
Pour des propos autrement moins choquants que ceux du Pape, Charlie Hebdo ne bénéficie pas de la même tolérance de la part du prédicateur. Voici ce qu'il écrit sur son site : "Robert Ménard, de Reporters Sans Frontières m’avait un jour demandé si l’on avait le droit d’être islamophobe. J’avais répondu qu’on avait le droit d’être islamophobe comme on avait le droit, vous me passerez ici l’expression, d’être « con ». Voilà Charlie-Hebdo qui publie à son tour les caricatures dans le but évident de provoquer et de montrer, en grand champion de la liberté absolue d’expression, qu’il ne cède pas devant la menace. La rédaction a ajouté un dessin avec un commentaire où le Prophète s’apitoie en s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Quel courage ! Faut-il poursuivre en justice, s’alarmer, crier au scandale ?! C’est manifestement ce que cherchent les responsables de l’hebdomadaire qui a tellement viré à droite sur cette question ces dernières années, qu’en perspective Nicolas Sarkozy apparaît bien ancré à gauche. Convoquer la justice est inutile et vain. Il vaut mieux s’en tenir à la logique implacable de l’algèbre : Etre traités de « cons » par des « cons » est une assurance mathématique d’intelligence. Pas de procès, pas d’interdiction...laissons s’exprimer le tribunal informel de l’intelligence qui est en soi accablant pour Charlie-Hebdo. Notez, soit dit en passant, que leur bêtise méchante est ici tellement abyssale qu’il se pourrait même que ce tribunal convoque à leur secours la clause des "circonstances atténuantes". Tant de bêtises haineuses tiennent en effet davantage de la psychothérapie que du débat d’idées. Quand l’insignifiance et la stupidité se font arrogance, il vaut mieux passer son chemin. Paix, Salam".
On reconnaît bien là la malhonnêteté du prédicateur consistant à "omettre" que la phrase de Mahomet à la une de Charlie s'adressait aux intégristes (comme le souligne le sous-titre : "Mahomet débordé par les intégristes) et non aux musulmans. On lui reconnaîtra qu'il n'est pas assez "con" pour se mettre au niveau de l'UOIF et recourir aux tribunaux. Mais attention une fois de plus à ne pas se méprendre : cette attitude n'est en rien guidée par la tolérance mais par le mépris ! Abyssal.
- Cassette de Tariq Ramadan, « L’islam et le fondamentalisme religieux », QA 11, Tawhid.
Source : ProChoix
Tariq Ramadan indésirable aux USA pour cause de soutien au Hamas (par Caroline Fourest / Prochoix)
C'est confirmé. Le refus de se voir accordé un visa pour enseigner aux USA a bien été confirmé selon un article paru dans la presse suisse le 25 septembre. Tariq Ramadan avait fait appel de la première décision datant de septembre 2005. Et ce malgré la mobilisation d'une partie de la gauche américaine et l'intervention d'un juge fédéral de New York.
Ne préférant pas entrer dans un débat sans fin sur le "double discours" de Tariq Ramadan, le porte-parole de l'ambassade des Etats-Unis à Berne, Daniel Wendell, a fait savoir que ce visa avait été rejeté pour "soutien matériel à une organisation terroriste".
En effet, de façon prouvée, Tariq Ramadan, a versé environ 600 euros au Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens, mis sur liste noire aux USA pour servir de caisse de soutien au Hamas.
Tariq Ramadan s'est défendu en arguant du fait que son don remontait à 2000, soit trois ans avant que cette organisation soit sur la liste noire. Montrant qu'il ne se départi pas de son jeu préféré : se moquer du monde.
Ce n'est pas la première fois que ces liens sont mis en cause. Le 26 novembre 1995, Tariq Ramadan s'était vu refuser l'entrée sur le territoire français à la suite d'une note des services de renseignements français le présentant comme le « traducteur de journaux publiés par le mouvement Hamas dans les Territoires occupés ».
En réalité, cette somme bien modique est dérisoire aux côté du soutien idéologique que fournit Tariq Ramadan au Hamas, la branche armée en Palestine du mouvement des Frères musulmans dont la naissance doit beaucoup à Saïd Ramadan, le père et le modèle politique de Tariq Ramadan. Son fils ne manque d'ailleurs jamais une occasion de louer l'action de son père dans ce domaine ni de défendre l'image du Hamas.
Autre argument invoqué par la défense : le Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens ne sera pas mal vu en Europe.C'est malheureusement exact depuis que Nicolas Sarkozy, qui ne prend modèle sur les USA que pour le pire, a pris soin d'institutionnaliser l'UOIF au sein du CFCM. Depuis, le ministère de l'intérieur veille jalousement à ce que l'image de son partenaire ne soit pas écornée, ni celle de ses structures alliées... Ce qui est le cas du Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens.
Ainsi le Centre Simon Wiesenthal et Fiammetta Venner, les rares à avoir osé dévoiler les liens existant entre le CBSP et le Hamas, sont ils poursuivis en justice. Tandis que l'UOIF peut librement continuer à récolter des soutiens pour le Hamas par le biais de cette organisation lors de son Congrès annuel du Bourget, où chercheurs et politiques s'empressent de participer.
Caroline Fourest (revue Prochoix)
Pour plus d'informations sur l'UOIF, lire "Opa sur l’Islam de France" de Fiammetta Venner, Calmann-Lévy :

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/05/02/266
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/09/30/896-tariq-ramadan-indesirable-aux-usa-pour-cause-de-soutien-au-hamas
