30 novembre 2005
Tariq Ramadan ment et déforme l'analyse de Caroline Fourest sur les émeutes (par Caroline Fourest / Prochoix)
Dans un article intitulé « Des vérités qui peu à peu se révèlent », paru le 30 novembre 2005 sur Oumma.com, Tariq Ramadan m’accuse de rendre l’islamisme responsable des émeutes. Sans me citer et sans citations à l'appui. Il se contente d'asséner cette contre-vérité en m'attribuant des propos que j’aurais tenus en Angleterre, auprès de la BBC et dans le Wall Street journal, mais pas en France. Ce qui me rendrait coupable du délit de « double discours ».
En réalité, égal à lui même, Tariq Ramadan ment, défigure mes propos et procède par amalgame pour mieux caricaturer ses détracteurs.
Les islamistes — Tariq Ramadan compris — ne sont pas à l'origine des émeutes que vient de traverser la France. Voilà l'analyse que je développe depuis des semaines dans Charlie Hebdo (16/11/2005) Lire, sur TV5, sur France Inter… Mais aussi, très exactement dans ces termes, sur la BBC et dans le Wall Street journal Europe (16/11/05). Mon article paru dans le journal anglophone commence par cette phrase : "Les émeutes auxquelles nous avons assisté en France en novembre 2005 n’étaient ni ethniques ni religieuses, mais le symptôme d’un malaise social, économique et identitaire". Je m'y élève contre la propagande relayée par Fox news voulant faire de ces émeutes le signe d'une explosion islamiste en France ! Ce qui n'empêche pas Tariq Ramadan de me faire dire exactement le contraire...
En fait, Tariq Ramadan feint d'ignorer cette première partie de mon analyse pour mieux la déformer, notamment en l'amalgamant à une seconde partie de mon propos. Celle où j'explique que même si les intégristes ne sont pas à l'origine de ces émeutes, leur prosélytisme risque de gagner du terrain si l’Etat continue d'abandonner le lien social dans certains quartiers populaires aux religieux plutôt qu'aux travailleurs sociaux. Comme en Algérie (lire notamment l’article de Meriem Khelladi)
Tariq Ramadan amalgame donc ces deux analyses afin de semer la confusion et de donner le sentiment diffus — sans aucune citation à l’appui — d’un « double discours ». Il s’agit ni plus ni moins d’un procédé malhonnête visant à renverser l’accusation qui le suit à la trace depuis plus de quinze ans, preuves à l’appui cette fois.
Autre ficelle décidément très habituelle chez le prédicateur, il tente à tout prix d’amalgamer mes prises de positions avec celles d’Alain Finkielkraut, dont je ne partage pourtant l’analyse ni sur les émeutes ni sur la colonisation. L’essentiel étant de dresser une nouvelle liste de noms — Finkielkraut, BHL et moi-même — pour souffler sur les braises de la démagogie anti-intellos, qu’il se verrait bien remplacer sur les plateaux de télés pour parler au nom des banlieues.
Caroline Fourest
Voici in extenso la version française envoyée sous forme de tribune par Caroline Fourest au Wall Street Journal Europe, qui a fait la traduction et choisi les titrailles.
The France after the riots
Les émeutes auxquelles nous avons assistées en France ces dernières semaines ne sont ni ethniques ni religieuses. Mais le symptôme d’un malaise social, économique et identitaire. Ce qui ne veut pas dire que des mouvements religieux « intégristes », c’est à dire défendant une vision de l’islam à la fois politique et liberticide, ne vont pas chercher à tirer parti du chaos. Dans un contexte où le fanatisme prospère particulièrement bien sur les ruines de l’échec social.
Cet échec n’est pas, à mon avis, dû au modèle d’insertion universaliste à laquelle la France tient tant. Les émeutes existent dans tous les pays, et même plus particulièrement dans ceux où le respect des communautés visibles n’empêche pas la ségrégation sociale et économique. La France a même longtemps été plutôt protégée dans ce domaine grâce aux efforts successifs de ces gouvernants pour « désenclaver » les quartiers concentrant les populations défavorisées et donc les handicaps sociaux. Même si, de l’avis de tous aujourd’hui, cet effort n’a jamais été à la hauteur du défi, gigantesque, qui attend ceux qui souhaitent sincèrement offrir à tous ses compatriotes une « égalité des chances » réelle et non simplement fictionnelle.
Cette ambition, c’est bien celle du modèle universaliste : ne pas reconnaître ses citoyens en fonction de leur appartenance « visible » à une communauté mais les considérer comme des individus ayant droit aux mêmes chances de réussite, quelle que soit leur origine.
Belle ambition, à laquelle il ne faut surtout pas renoncer sous prétexte que le modèle communautariste, qui régule le lien social en fonction de communautés culturelles — au risque d’enfermer de fait l’identité de ses concitoyens — se révèle plus payant à court terme. Assurément, le modèle auquel nous devons réfléchir en Europe est une forme de troisième voie, qui sache marier l’ambition universaliste à long terme sans pour autant tomber dans un conformisme niant les appartenances culturelles et donc la richesse de cette diversité.
C’est un long débat, qui demandera du temps, donc de la patience mais aussi des moyens. Dominique de Villepin vient d’anoncer la déblocage de 100 millions d’euros à destination d’associations qui, sur le terrain, animent justement cette œuvre interculturelle et ce lien social. C’est une bonne chose. Même cette mesure arrive un peu tard. En effet, c’est bien l’arrêt de tout crédit aux forces vives du tissu associatif et social qui est en partie responsable des émeutes que nous venons de vivre. En France, plus qu’aux Etats-Unis ou en Angleterre, le tissu associatif dépend des subventions publiques. C’est grâce à de l’argent public que des milliers d’associations et de travailleurs sociaux tentent de lutter, jour après jour, contre les inégalités et les discriminations grâce à leur talent de médiateur et d’éducateurs.
Or depuis trois ans, cet argent public a fondu. Lors de son arrivée au ministère de l’intérieur, l’une des premières déclarations marquantes de Nicolas Sarkozy fut de congédier la police préventive de proximité pour se concentrer uniquement sur une police de répressive : « La police n’est pas là pour jouer au football avec les jeunes des quartiers mais pour arrêter et sanctionner » a-t-il lancé au principal responsable de la police de proximité, médusé. Mais Nicolas Sarkozy vous dira qu’il a souhaité mener une politique à la fois « ferme et juste ». La fermeté, c’est ce recentrage vers une police uniquement répressive. La « justice », Nicolas Sarkozy l’a bâtie sur le modèle communautariste, qu’il incarne en France. A savoir déléguer le lien social — et donc le règlement des conflits, y compris sociaux ! — aux communautés religieuses. En l’occurrence aux groupes religieux islamiques les mieux implantés dans les quartiers difficiles. Je veux parler de l’Union des organisations islamiques de France, représentant l’islam fondamentaliste des Frères musulmans. Inconnu du grand public jusqu’à très récemment, l’UOIF est désormais devenue incontournable dans le débat public grâce à sa participation au CFCM, le Conseil Français du culte musulman mis en place par le ministre de l’intérieur. Où ils représentent désormais un tiers de l’islam de France.
Moralité, lorsque des émeutes éclatent, ce sont vers eux que se tournent désormais une partie de la classe politique avide de solution facile pour résoudre une crise — dont les origines sont encore une fois sociales. Sans avoir peur du ridicule.
Pour prouver sa bonne volonté, le 6 novembre, l’UOIF a édicté une « fawta » appellant au calme : « Il est interdit au musulman la transgression et l’injustice et ‘ne transgressez point car Dieu n’aime pas les transgresseurs’ », dixit le contenu de la fatwa, sources coraniques à l’appui. Comme si tous les casseurs étaient musulmans et non les enfants maudits de la République. Comme si le mouvement de colère auquel on assiste était une sorte d’Intifada et non un mouvement de rage sociale. Comme s’il suffisait qu’un imam obscur siffle la fin de la récréation pour que l’ordre revienne…
En l’occurrence, cette fatwa n’a eu aucun impact. Sur le terrain, les émeutiers savent à peine qui est l’UOIF et une fatwa leur parle autant qu’un « couvre-feu » moraliste. Plus inquiétante est l’arrivée sur le terrain de groupes de militants formés par les Frères musulmans pour s’interposer comme médiateurs, entre l’Etat et les jeunes des quartiers populaire, au pied des immeubles. Car cette présence témoigne d’une volonté, indiscutable, d’instrumentaliser l’émotion actuelle au service d’un agenda religieux qui est aussi un agenda politique.
Quand l’Etat démissionne, l’initiative privée — en l’occurrence intégriste — occupe le terrain. L’adage est vrai pour la France comme il l’est pour l’Algérie et l'Egypte. C’est ainsi que les Frères musulmans ont tissé leurs réseaux, en investissant le soutien scolaire, en organisant des activités sportives et culturelles, là où l’Etat n’assure pas sa mission de lien social. Les Algériens qui ont connu les émeutes d’avant 1990, où les voitures ont brûlé pendant des jours, se souviennent que les islamistes ont ensuite prospéré sur les cendres de ces émeutes.
L’UOIF, qui recevait volontiers les dirigeants du Front islamique du salut, la principale force islamiste en Algérie, à son Congrès annuel jusqu’à il y a encore quelques années, fait-elle le même rêve ? Les prédicateurs islamistes vont-il occuper le terrain calciné des écoles, des gymnases et des foyers qui ont été brûlés en moins de deux semaines, réduisant à néant des années d’effort collectif en faveur de ces quartiers.
Rien ne permet de penser le contraire.
Dans un communiqué, JMF, la branche jeunesse de l’UOIF, a appelé au calme en faisant ce rappel : « Présent sur le terrain depuis plus de 10 ans, JMF, à travers toutes ses sections réparties sur le territoire national, travaille tous les jours avec ces jeunes par le biais d’activités socio-éducatives, culturelles, sportives et humanitaire. Nous oeuvrons au quotidien pour les accompagner à devenir des citoyens actifs et positifs de notre société. » Un message rassurant, en apparence. Sauf lorsqu’on sait ce que l’UOIF entend par « positif ». En l’occurrence, le prédicateur vedette de cette organisation, Hassan Iquioussen, que des sociologues français ont décrit comme l’incarnation typique de ces « nouveaux travailleurs sociaux » qu’il faudrait envoyer dans les quartiers difficiles à la place de l’Etat, prêche aux jeunes qu’une fille et un garçon n’ont pas le droit de se parler par le biais d’ internet sous peine d’être à trois avec le « diable ». Ou encore que la Shoah et une complot entre Hitler et les Juifs — décrits comme le « top de la félonie » — pour occuper la Palestine. Et que, bien sûr, certains islamistes en activité aux quatre coins du monde sont des « frères ».
C’est dire s’il y a quelque inquiétude à voir les troupes de l’UOIF jouer les médiateurs sociaux. Prête à calmer le jeu lorsqu’il s’agit de rage sociale et de brûler des voitures. Mais pour mieux distiller un islam fondamentaliste liberticide, sexiste, homophobe et antisémite. Dans un contexte où partout dans le monde, d’autres mouvements issus des Frères musulmans tentent de grignoter la moindre parcelle de terrain social et culturel en nourrissant le rêve d’unir, un jour, leurs positions de force ainsi acquises.
Caroline Fourest
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/11/30/367-tariq-ramadan-egal-a-lui-meme
13 novembre 2005
A propos de l'article de Tariq Ramadan "C'est l'ensemble de la classe politique Française qui se trompe ..."
Ni Putes Ni Soumises est un mouvement né dans les quartiers populaires français en 2003 suite à la Marche des Femmes contre les Ghettos et pour l’Egalité. Cette marche a dénoncé les violences faîtes aux femmes et le phénomène de ghettoïsation des banlieues françaises. Quelques mois avant la marche, la mort de Sohane, jeune fille brûlée vive dans un local à poubelles parce qu’elle refusait le machisme, est l’emblème de toute cette génération qui se bat contre l’oppression des femmes et pour l’égalité des droits.
Ni Putes Ni Soumises est un mouvement citoyen, mixte et laïque qui revendique clairement son attachement aux valeurs républicaines « Liberté, Egalité, Fraternité » Ce mouvement accueille des femmes et des hommes de tout âge, de toute origine, de toute confession et de tout bord politique et est donc représentatif de la diversité française.
Ni Putes Ni Soumises est aujourd’hui présente sur le terrain à travers 60 comités qui sont chargés d’accueillir des jeunes femmes victimes de violences.
Fadela Amara, Présidente du mouvement Ni Putes Ni Soumises, est une femme engagée qui lutte contre les intégrismes religieux, dénonce les violences faîtes aux femmes et se bat pour que les jeunes issus de l’immigration soient pleinement acceptés dans la société française.
Fadela Amara, par l’engouement qu’elle a suscité et la justesse de ces propos, bénéficie du soutien de femmes et d’hommes politiques, de droite comme de gauche. Elle est reconnue par des féministes du monde entier qui lui ont apporté son soutien. Taslima Nasreen, écrivain Bangladaise et Nawal El-Sadaoui, féministe Egyptienne, étaient présentes cette année aux Universités de Dourdan organisées chaque année à l’initiative du mouvement.
Tariq Ramadan, prédicateur Suisse, est le petit fils de Hassan Al-Banna fondateur de la confrérie des Frères Musulmans, née en Egypte dans les années 20. Cette confrérie prône un Islam politique, totalitaire et néo-fasciste et continue d’inspirer tous les mouvements intégristes et terroristes à travers le monde. Tariq Ramadan n’a jamais condamné le programme politique de son grand père. Il intervient régulièrement sur le site islamiste www.oumma.com qui présente en surface un Islam francophone tolérant et ouvert mais qui véhicule en arrière plan des idées incompatibles avec les Droits de l’Homme comme on peut le constater aisément sur son forum d’internautes www.mejliss.com avec les multiples références au site Islam Q&R (1)
Tariq Ramadan est également signataire de l’appel des indigènes de la République. Cet appel encourage à la haine de la France qui y est qualifié « d’état colonial » Cet appel dénigre les Français de souche en les faisant passer pour d’éternels colons. Les jeunes issus de l’immigration des anciennes colonies françaises seraient quant à eux d’éternels colonisés et donc d’éternelles victimes.
Tariq Ramadan est également proche de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) qui n’est rien d’autre que la filiale française des Frères Musulmans (2) et qui a été institutionnalisé en 2003 par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy.
Youssef Al-Qaradhawi, le mentor de l’UOIF, considère que l’Europe est une terre à conquérir au nom de l’Islam par les prêches et le prosélytisme. Al-Qaradhawi, qui dirige le conseil européen de la fatwa au côté de théologiens fondamentalistes (3), encourage le djihad contre les Juifs et les Américains ( « Il n’y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil »(4)), autorise les violences conjugales, justifie la polygamie, les attentats kamikazes et la mise à mort des homosexuels (5)
Le contenu des fatwas émises par le conseil européen ne peut évidemment que radicaliser les musulmans européens. Les prédicateurs de l’UOIF rejettent le principe de mixité et prônent la séparation des sexes (6)
Lorsque l’on ne connaît pas Tariq Ramadan et qu’on l’entend dire « Les musulmans doivent bien sûr continuer à être autocritiques vis-à-vis des lectures littéralistes poussant au repli communautaire », on ne peut être que d’accord avec lui. Mais lorsque l’on connaît ses liens avec l’UOIF, cette affirmation prête surtout à sourire.
Dans une confrérie, il faut savoir qu’un membre est autorisé à mentir pour ne pas être démasqué et arriver plus vite à ses fins. C’est ce qu’on appelle la takia : la dissimulation, le droit de mentir aux non-musulmans. Caroline Fourest, experte des mouvements intégristes et extrémistes, a décortiqué les cassettes et les écrits de Tariq Ramadan. Dans son livre « Frère Tariq » (7), elle met brillamment à jour son double discours.
Tariq Ramadan affirme que « la question de l’islam est réglée et ne menace en rien l’avenir de la France »
Il faut préciser que la majorité des musulmans français pratique un Islam tolérant et ne se reconnaît pas dans un mouvement radical comme l’UOIF (qui ne compte d’ailleurs que 40.000 sympathisants (8) pour 3 à 6 millions de Français potentiellement musulmans)
L’Islam en tant que religion ne menace donc en rien l’avenir de la France.
Mais, tant que l’UOIF, qui revendique un Islam politique, sera un organe représentatif des musulmans de France en lieu et place des musulmans libéraux (les musulmans libéraux se battent pour un Islam moderne et tolérant), la question de l’Islam en France comme en Europe ne sera pas réglée.
La France est une société multiethnique en pleine mutation qui assume mal sa nouvelle identité. Les discriminations à l’emploi et au logement dont sont victimes les jeunes issus de l’immigration sont un fléau et une honte pour le modèle Républicain Français.
Fadela Amara dénonce les problèmes de discrimination et le racisme qui en découle dans son livre « Ni Putes Ni Soumises »
La France traverse également une grave crise économique qui touche toutes les couches de la population (y compris les cadres). Les quartiers populaires ont un taux de chômage avoisinant les 40% parce qu’ils sont lourdement handicapés par les discriminations à l’embauche.
Pour les émeutes en banlieues, Fadela Amara, même si elle comprend les mécanismes qui amènent à la violence, condamne cette violence qu’elle considère comme une impasse. Elle encourage au contraire les jeunes à s’emparer des outils de la République (droit de vote, militer dans un parti politique ou une association) pour faire entendre leur voix.
Fadela Amara a choisi de militer au Parti Socialiste ce qui lui est souvent reproché par les intégristes musulmans qui considèrent le Parti Socialiste comme un parti sioniste qu’ils exècrent. Les personnes issues de l’immigration maghrébine qui ont réussi et qui font parti d’un grand parti politique Français (Fadela Amara , Malek Boutih ou Rachid Kaci pour ne citer qu’eux) sont considérés comme des traîtres par les intégristes musulmans.
Les intégristes musulmans, minoritaires mais activistes, s’approprient la souffrance des jeunes victimes de discrimination et de chômage, leur proposent de s’en sortir par le biais de la religion. Ils utilisent la colère des jeunes pour les tourner vers un Islam radical et atteindre ainsi leur but : islamiser la société française.
L’extrême droite française, quant à elle, alimente la confusion entre l’Islam (religion) et l’Islam politique. Elle se sert de la peur suscitée par la présence de millions de musulmans en France pour élargir son électorat.
L’Islam politique et l’extrême droite française se nourrissent l’un de l’autre pour attiser la haine et la peur. Chacun utilise le discours de l’autre pour parvenir à ses fins. Défendant les mêmes thèses antisémites et anti-féministes, ils ne sont en réalité que les deux faces d’une même pièce.
De véritables haines sont en train de se développer durablement en France : haine à l'égard des immigrés et des musulmans, haine à l'égard des français de souche. Ceci aboutira probablement à une violente confrontation qui apparaît de plus en plus inéluctable.
Fadela Amara est au contraire une femme de paix qui se bat pour l’égalité et qui, à travers des idées laïques et universalistes, est capable de rassembler les Français de toute origine et de proposer une véritable alternative à cette probable confrontation.
Partant de la fracture sociale qui traduit d’abord un malaise économique, Tariq Ramadan nous amène vers un sujet qui n’a rien à voir : l’Islam et la laïcité. Il ajoute d’ailleurs sur la loi de 1905 qui institutionnalise le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat :
« Il n’y a pas à réformer la loi de 1905 ; il est question, simplement et urgemment, de l’appliquer complètement et égalitairement »
Il faut savoir que Tariq Ramadan a une tout autre conception de la laïcité. Dans sa lecture de la loi de 1905, il ne voit aucune raison à l’interdiction au port du foulard islamique à l’école et c’est une brèche qu’il souhaite exploiter.
Mais cette question a déjà été tranchée : la loi du 15 mars 2004 interdit le port de signes religieux ostensibles à l’école de la République.
Pour comprendre la laïcité, spécificité Française, il faut se replonger dans l’Histoire de France.
Au 4ième siècle, le concept d’hérésie, arsenal répressif pour lutter contre les déviances religieuses, est créé. Lorsque le christianisme devient religion d’état en 380, les persécutions et l’intolérance deviennent la règle et les premières persécutions à l’encontre des païens ont lieu. En 1233, la papauté radicale systématise la chasse aux sorcières et créé l’inquisition, tribunal de foi habilité à mener toute enquête concernant les déviations religieuses et à pratiquer pour cela les sévices corporels.
Pendant 15 siècles, les chrétiens vont pourchasser, martyriser, massacrer les minorités religieuses dont seront tour à tour victime les païens, les juifs, les protestants.
La Révolution Française de 1789 marquera dans les faits la pensée des philosophes des lumières qui ont dénoncé les persécutions perpétrées au nom de la religion.
La déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 stipulera que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. La déclaration mettra un terme aux discriminations liées à la religion. Les ordres religieux seront supprimés. La Révolution Française sera la première formulation de la séparation de l’Etat et de l’Eglise. Plus d’un siècle plus tard, s’ensuivront la loi de 1882 (séparation de l’Eglise et de l’école publique) et la loi de 1905 qui réaffirmera le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
La laïcité est donc un idéal de liberté et d’égalité. La laïcité permet de croire et de penser sans contrainte et de vivre librement ses options spirituelles. La laïcité permet de promouvoir ce qui est commun à tous par delà les différences. Elle permet de se protéger du fanatisme religieux, des intolérances et des attitudes d’exclusion pratiquées au nom d’une religion ou d’un particularisme.
En France, il est incontestable que des jeunes filles portent le foulard par choix personnel, foi religieuse ou pour affirmer une identité qu’elles jugent bafouée par les discriminations. D’autres portent le foulard car elles subissent des pressions de la part de certains garçons qui ne respectent pas les femmes non voilées qu’ils considèrent comme des « filles faciles »
Les années 90 ont été marquées par l’arrivée en France d’intégristes venus de l’étranger (des membres du FIS ont notamment obtenu le statut de réfugié politique en France avant le commencement de la guerre civile mais également après) La présence d’imams intégristes dans certains quartiers (ayant des interprétations très dures des textes sacrés envers les femmes) est responsable de cette dégradation des rapports homme femme.
L’école, publique et laïque, apparaît donc comme un espace de liberté dans lequel il faut protéger les jeunes filles qui souhaitent s’émanciper. Le but premier de la laïcité étant en effet de protéger les libertés de conscience.
L’égalité homme femme représente ce qu’il y a de pire pour les intégristes musulmans qui la remettent très gravement en question en rejetant le principe de mixité : apparition de plages horaires non mixtes dans les piscines, refus de se faire soigner par une personne de sexe opposé dans les hôpitaux, apparition du foulard islamique à l’école et dans les administrations Françaises, apparition de la burka et du tchador iranien dans les lieux publics qui traduit un retour à l’obscurantisme inquiétant.
Il était donc indispensable de réaffirmer le principe de laïcité mais aussi l’égalité homme femme.
La loi du 15 mars 2004 qui interdit, sous peine d’exclusion, le port de signes religieux ostensibles à l’école a été approuvée par la majorité de l’opinion publique. Cette loi ne concerne que les écoles, les collèges et les lycées publics. Elle n’entrave donc pas le libre exercice du culte des femmes musulmanes qui restent tout à fait libres de porter le foulard dans la sphère privée.
Les intégristes musulmans et certaines organisations d’extrême gauche qui les soutiennent n’ont pas digéré la loi du 15 mars 2004.
Adeptes du double discours, les cadres de l’UOIF, qui prétendent respecter la laïcité lorsqu’ils s’adressent aux médias, ont encouragé les jeunes filles à enfreindre la loi dès la rentrée scolaire de septembre 2004.
Faire entrer le foulard islamique à l’école n’est rien d’autre qu’une stratégie des intégristes qui essayent d’ouvrir une brèche dans le modèle Républicain. Le foulard islamique est le cheval de bataille de l’Islam politique. Il a d’ailleurs fait partie de la stratégie des islamistes en Algérie.
Tariq Ramadan met à mal le modèle Républicain lorsqu’il affirme « L’unité de la République, idéalisée jusqu’à l’ivresse dans le discours politique, est, sur le plan social, un mythe et un mensonge »
Le modèle laïque Républicain a permis aux êtres humains de s’émanciper et de vivre libres comme le démontre l’Histoire de France : ce n’est donc pas un mythe.
Aujourd’hui, les populations issues de l’immigration sont fréquemment victimes de discriminations, soit à l’embauche soit au logement, et ne jouissent nullement de l’égalité des chances qui devrait correspondre à l’égalité des droits pourtant proclamée. Tout se passe comme si les beaux principes de la République sonnaient faux.
Les partisans de la tolérance à l’égard des signes religieux à l’école invoquent les discriminations sociales et économiques pour appeler au refus « d’une autre exclusion »
Mais cette tolérance ouvrirait les portes à tous les communautarismes qui fractionneraient indéfiniment la République une et indivisible.
Au contraire, la lutte sociale contre les discriminations peut aller de pair avec une authentique laïcité permettant d’unir tous les êtres humains par delà leurs différences. Et tant qu’il y aura des femmes et des hommes pour se battre afin que cet idéal d’égalité et de liberté soit une réalité pour tous, ce modèle ne sera pas un mensonge mais un espoir.
Aujourd’hui, on assiste à un retour à l’ordre moral inquiétant dans le monde entier.
En Pologne, pays membre de l’Union Européenne, des hommes politiques, récemment élus et fervents catholiques, veulent criminaliser l’homosexualité. La montée de l’Islam radical dans les pays Européens est plus qu’inquiétante. Les évangélistes chrétiens aux Etats Unis qui ont une lecture littéraliste de l’ancien testament ont de plus en plus de poids dans la société américaine.
Le Pape Benoît XVI rejette l’accès à la prêtrise par des femmes, combat farouchement l’homosexualité, n’hésite d’ailleurs pas à condamner les féministes car solidaires de la cause homosexuelle. A tout cela vient s’ajouter l’échec cuisant du modèle communautariste anglo-saxon comme l’ont tristement démontré les attentats de Londres en juillet 2005.
Le modèle laïque Républicain est donc non seulement toujours d’actualité mais apparaît comme la seule alternative aux intégrismes religieux qui reviennent en force dans le monde entier et qu’il faut combattre coûte que coûte.
Caroline Brancher
Sources et bibliographie :
(1) Le site Islam Q&R se trouve sur http://63.175.194.25/index.php?ln=fre
http://63.175.194.25/index.php?ln=fre&ds=qa&lv=browse&QR=70256
« Vous devriez inculquer (à vos enfants) la haine pour la civilisation occidentale et les informer de ce en quoi elle est contraire aux lois (religieuses) et à la nature saine »
http://63.175.194.25/index.php?ln=fre&ds=qa&lv=browse&QR=8981&dgn=4
« Si la femme (coupable) a déjà été légalement mariée, elle doit être lapidée jusqu’à ce que la mort s’en suive. »
http://63.175.194.25/index.php?ln=fre&ds=qa&lv=browse&QR=2104&dgn=4
« Si vous trouvez des personnes en train de pratiquer la pédérastie tuez-les toutes les deux »
(2) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy :
Sur la couverture, au dos du livre, l’auteur dit à propos de l’UOIF : « il ne s’agit pas de n’importe quelle organisation musulmane , mais de la vitrine française de l’Islam des Frères Musulmans, la plus politique et la plus redoutable des confréries islamistes. »
Tariq Ramadan intervient régulièrement au côté d’islamistes au congrès organisé chaque année par l’UOIF. Voir chapitre 9 : le congrès du Bourget, page169.
(3) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Chapitre 4 : le conseil européen de la fatwa et de la recherche, les membres du conseil, page 82.
(4) En juillet 2004, Al-Qaradhawi a réaffirmé lors d’une interview retransmise sur Al-Jazira : «Il n'y a pas de dialogue entre nous et les Juifs, hormis par le sabre et le fusil »
(5) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Chapitre 2 : le mentor Youssef Al-Qaradhawi, femme voile mixité page 47, la polygamie page 50, l’homosexualité page 54, le djihad contre les juifs et les américains page 55.
Chapitre 4 : le conseil européen de la fatwa et de la recherche, l’opération martyre réjouit Allah !, page 94.
(6) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Chapitre 3 : les prédicateurs de « nouveaux travailleurs sociaux » ?, page 71.
(7) « Frère Tariq » de Caroline Fourest aux éditions Grasset.
(8) « OPA sur l’Islam de France : les ambitions de l’UOIF » de Fiammetta Venner, éditions Calmann-lévy : Conclusion, page 235.
