Qui est Tariq Ramadan ?

Qui est tariq ramadan ? La question reste posée. Plusieurs observateurs comme C.Fourest ont decrypté son double discours. Tariq Ramadan est l'ambassadeur des Frères Musulmans en Europe. Il conserve des alliés fidèles au sein de la gauche obscurantiste

20 avril 2005

Et un "moratoire" sur Tariq Ramadan ? (par Caroline Fourest et Antoine Sfeir / Le Monde du 19/04/2005)

sfeirTariq Ramadan propose de nouveau un "moratoire" sur les châtiments corporels (Le Monde du 31 mars) dans les pays musulmans. En novembre 2003, cette proposition lui avait valu bien des critiques, une polémique, mais également une médiatisation certaine. Or celle-ci lui fait aujourd'hui défaut. La relance du "moratoire" semble la seule proposition capable de susciter à nouveau la polémique ; donc de le relancer dans le débat public. Moralité : gardons-nous de polémiquer et tâchons de décrypter.

Selon Tariq Ramadan, l'invitation au moratoire serait parue simultanément dans dix-huit journaux. Impressionnant. Mais dans quel sens ? Cet appel peut-il vraiment faire stopper la lapidation et les châtiments corporels ? Ou ne contribue-t-il qu'à remettre en selle Tariq Ramadan, quitte à donner le sentiment aux musulmans européens que la lapidation est un sujet dont on peut débattre, sans avoir la moindre chance de troubler ceux qui pratiquent ces châtiments dans le monde arabo-musulman ?

Observons que ce texte, relayé comme s'il s'agissait d'un mouvement planétaire, n'a qu'un seul signataire. Il est paru quasi exclusivement dans des journaux occidentaux. Seuls deux journaux en arabe, Al-Hayat et Al-Ahram, l'ont publié. Ne faut-il pas se réjouir qu'un prédicateur aussi écouté des musulmans européens lance un appel en faveur d'un moratoire sur la lapidation ? Si, bien sûr. Mais peut-on croire qu'un militant islamiste suisse, fût-il le petit-fils de Hassan Al-Banna (fondateur des Frères musulmans) et l'ambassadeur européen de l'islam de ce mouvement, a le pouvoir de faire cesser les châtiments corporels et la lapidation au Nigeria, en Malaisie, au Soudan ?

carolinefourest6Certes, il s'y rend souvent depuis quinze ans, à l'invitation d'islamistes ultraradicaux. Mais ces visites n'ont jamais conduit ces régimes à abandonner l'excision, les mariages forcés et la lapidation, qui sont pourtant des traditions non islamiques, condamnées ou modérées par le Coran lui-même. D'ailleurs, si ces traditions étaient effectivement islamiques, Tariq Ramadan ne les combattrait pas !

Comme tout Frère musulman réformateur-fondamentaliste, il propose uniquement de mettre entre parenthèses certaines pratiques coutumières ­ de façon provisoire  parce qu'il n'est pas certain qu'elles correspondent aux fondements de l'islam. Ce qui est très différent.

Cette fausse modernisation est un classique chez les Frères musulmans, qui tentent de faire passer la réforme fondamentaliste pour un juste milieu entre le salafisme littéraliste (plus archaïque mais moins politique) et la réforme moderniste (qu'ils combattent). La proposition de moratoire fait partie de ce registre destiné à donner de faux airs de modernité à ce qui demeure, sur le fond, une proposition conservatrice coupant l'herbe sous le pied des musulmans modernistes lesquels exigent l'abandon immédiat de pratiques indignes, au nom de l'homme et de l'islam.

Tariq Ramadan, lui, appelle simplement à une délibération entre savants musulmans pour savoir si la lapidation et le fait de battre sa femme sont ou non des "pratiques islamiques". Or, il le rappelle lui-même, sa position est "minoritaire" parmi ceux qu'il reconnaît comme "savants", dignes de participer à cette délibération (les musulmans rationalistes étant pour lui des "musulmans sans l'islam"). A quoi peut aboutir une délibération entre savants majoritairement pro-lapidation... si ce n'est à son maintien ?

Autre question : plutôt qu'un "moratoire" à l'issue très incertaine, pourquoi Tariq Ramadan n'a-t-il pas, tout simplement, essayé de convaincre quelques figures de l'islam radical de prendre position contre les châtiments corporels ? Les salafistes le prennent pour un "innovateur" et refusent de débattre avec lui ; il a donc peu de chances de les convaincre. Par contre, les Frères musulmans approuvant les châtiments corporels sont soit des proches, soit ses mentors...

Ne pouvait-il convaincre Hani Ramadan, son frère, directeur du Centre islamique de Genève, de ne pas écrire une tribune dans laquelle il justifie la lapidation ? Convaincre Hassan Al-Tourabi, l'homme qui a désigné Tariq Ramadan comme l'"avenir de l'islam" et qui a restauré la charia au Soudan ? Convaincre Youssef Al-Qaradhawi, son mentor et le théologien le plus écouté des Frères musulmans, grâce à son émission sur Al-Jazira, de cesser d'inviter à battre sa femme si elle se montre indisciplinée ? Où sont les signatures des fameux savants nigérians, soudanais, malaisiens, avec lesquels il dit être en contact ?

Ce sont leurs signatures qui importent au bas d'un tel appel. Tandis que l'engagement d'un prédicateur suisse qui n'a ni le loisir ni le pouvoir de pratiquer la lapidation n'a guère d'effet. Même ses fidèles en font la remarque. Son appel a été diffusé sur des sites islamistes. Voici un commentaire qu'il suscite sur Mejliss.com : "Trop axé sur la perception occidentale, je doute qu'il soit compris dans les pays musulmans."

En réalité, le "moratoire" de Tariq Ramadan n'a que deux effets, plus nocifs que positifs : un, le relancer dans le débat public ; deux, contribuer à donner le sentiment aux musulmans européens (les seuls sur qui il a une emprise) qu'on peut tergiverser pour savoir s'il faut, ou non, lapider des adultères et battre sa femme. Il y avait pourtant une façon de faire cesser les châtiments corporels auprès de ceux sur qui il a de l'influence : cesser de citer Youssef Al-Qaradhawi comme un exemple auprès des mususulmans européens. Ce geste-là pourrait laisser penser que Tariq Ramadan cherche réellement à moderniser l'islam. Tandis qu'un appel en faveur d'un moratoire relève, une fois de plus, de l'effet médiatique.

De ceux qui contribuent à affaiblir l'esprit critique face à l'islam politique des Frères musulmans.

par Caroline Fourest et Antoine Sfeir

Article paru dans l'édition du Monde du 20.04.05

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2005/04/19/252-et-un-moratoire-sur-tariq-ramadan

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09 avril 2005

Appel International à refuser de mettre les formes avec les lapidateurs (par Idriss Chraïbi)

stoningAjout du 18 avril 2005 : Suite au questionnement d’une de nos lectrices à propos de la phrase "IL S’AGIT D’ÊTRE AUDIBLE DANS LE MONDE MUSULMAN", l’auteur précise que ceci provient d’une interview donnée par Tariq Ramadan à Jérôme Faas dans "la Tribune de Genève" du 30 mars dernier.

Ainsi faudrait-il, pour s’adresser aux lapidateurs, se rendre audible ? Est-ce bien cela que propose, Tarik Ramadan, sur la terrible question des châtiments corporels ?

Se rendre audible ? Ceux que Ramadan entend coacher, n’ont-ils pas entendu, ou n’entendent-ils pas, le battement de cœur qui s’emballe, la respiration bloquée, d’une femme que l’on traîne, attachée, en place publique ?

De cette femme que l’on enterre à moitié, - technique d’immobilisation, pour qu’elle n’échappe pas à ces exécuteurs, alors qu’ils caressent, chacun patiemment, la pierre du massacre qui s’annonce ?

N’entendent-ils pas, ceux, auprès desquels il faudrait se rendre audible, les cris de douleur et d’épouvante de cette femme cagoulée, cherchant désespérément dans la nuit de son linceul, le moyen d’esquiver le nombre, hystérique, des roches qui déjà arrachent son visage ?

N’entendent-ils pas, ces lapidateurs, le claquement des ventres qui se fendent, le bruit -assourdissant pour qui sait entendre, d’une côte, qu’une pierre, grosse comme deux poings d’homme, brise ?

N’entendent-ils pas la résonance affreuse d’une cage thoracique que la pierre fait éclater, ou les craquements insoutenables d’un corps de femme, colonne vertébrale désagrégée, qui tournoie, au rythme d’une agonie, rythmée par la sauvage délectation des lanceurs de pierres ? Et s’ils n’entendent pas, ne peuvent-ils, au moins, voir ce sang qui jaillit, à chaque fois qu’un jet de haine compensatoire a atteint sa

proie : la femme adultère. Adultères ? Oui, nous dit-on. Pour avoir prit le risque d’en aimer, furtivement, un autre. Un garçon, sans doute plus jeune et plus beau, ou tout simplement préféré au mari imposé par la règle -divine, des Docteurs de la Loi. Adultères, ces femmes, souvent nubiles, ayant succombées à la beauté de l’amour, pour oublier l’instant d’un baiser ou d’une étreinte, le temps du viol officialisé par ceux qui, à terme, formeront le cercle des juges devenus assassins. Ou des assassins, devenus juges.

Adultère. Oui, c’est le nom que Docteurs, scribes et pharisiens d’un l’Islam dévoyé, et qui n’en est plus un, ont choisi, en leurs âmes et consciences pour désigner les femmes aimantées par la Beauté et la Liberté. Et lorsque ce ne sont pas des femmes, ce sont des voleurs à la tire, dont on tranche des mains.

Ce sont des adolescents, des gosses, dont on attache l’avant-bras à un billot pour sectionner le membre qui s’est rendu coupable du terrible méfait qui aura peut-être consisté à voler pour se nourrir. Ou à voler tout court. Ainsi le pardon ne prévaut-il guère ici, comme ne compte jamais la possibilité, pour le voleur, de retrouver le droit chemin. Pas de rédemption possible, donc.

Alors, Un moratoire.

Car il s’agit, nous dit-on, de se rendre audible auprès d’une caste de meurtriers. Car bien sûr, ceux, avec qui Tarik Ramadan entend négocier, sont aussi les mêmes qui n’entendent pas, le vendredi, à l’heure de la prière qui devrait unir autour de la compassion, le bruit des murmures de la foule, rassemblée autour de l’exécution.

Ils n’entendent pas le crissement des roues du fourgon qui déboule à tombeau ouvert, la course du bourreau sorti du véhicule qui se jète sur la nuque de l’homme agenouillé qui depuis l’aube, attend la mort au milieu des insultes. Ils n’entendent pas le sifflement du sabre qui tranche, ni la clameur du public Saoudien. À moins que ce cri de joie qui monte, lorsqu’un corps est coupé en deux, ne soit plus au contraire, tout ce qu’ils sont en mesure d’entendre, ceux dont il faudrait se rendre audible.

Alors, si ces docteurs, scribes et pharisiens d’un Islam qui ne l’est plus Musulman, parce qu’il a perdu toute humanité, tout sens de l’Homme, n’entendent pas, n’entendent plus, c’est bien que les cœurs de ces exécuteurs et janissaires d’un verbe, soit-disant Divin, sont devenus sourds à ces membres écartelés, ces os brisés, ces membres déchirés. C’est donc bien qu’un moratoire, au-delà du fait qu’il ne peut

rien changer à cette surdité qui exclue une catégorie d’individus hors du cercle de l’Humanité, doit être compris comme une forme de complaisance vis-à-vis des lapidateurs. Car n’en doutons pas, ceux qui lapident sont les mêmes que ceux qui égorgent en direct. Et s’ils ne sont pas les mêmes, une matrice psychologique, aujourd’hui similaire, les produit, les reproduit, libère la violence pour eux légitime, qu’il déploient, et qu’ils déploieraient bien plus encore.

Quel sens donner, dans ce cas, à un moratoire ? Celui qui consisterait à se dire, - pragmatiquement, qu’il faudrait mettre les formes, avec ces docteurs qui jugent qu’un Droit Universel respectueux de la personne humaine, (dont se prévaut, il faut le dire, un Islam purement spirituel qui en est, ontologiquement, de cet Amour, de ce respect psychologique et physique, de la personne humaine), n’a rien à leur dicter, et rien à faire, dans le champ de la Charia.

De la Charia ? Ou tout simplement de règles, terribles, froidement édictées contre des corps, par des juristes qui savent trop bien que les supplices ont pour fonction politique - Foucault l’aura montré, d’inscrire, dans la chair du supplicié, la souveraineté de l’Etat.Ce qui vaut pour Damiens, - lui régicide, vaut aussi pour ces femmes, elles innocentes, lapidées, excisées ; cela vaut pour tous ces corps découpés, ces chairs écartelées. Si ce n’est que dans le cas de ces « sombres fêtes punitives » là, il est fort possible qu’il s’agisse d’inscrire, dans des corps, la souveraineté d’une loi, que des bourreaux oudraient faire passer pour divine. On connaît bien cette perversion, dans certains Etats se disant Musulmans et chez certains oulémas, perversion qui consiste à frapper, ou autoriser que l’on frappe, que l’on tue, puis dire, que rien ne se fait sans que le Divin n’y ait auparavant consenti. On connait ce détournement de sens, criminel, qui fait que l’on plie la divinité, elle-même, à la soif de sang des bourreaux.

Ainsi, ce pragmatisme, voire cette empathie dont Tarik Ramadan voudrait user, relayé malheureusement par quelques médias occidentaux que l’on dit démocratiques ou républicains, cette volonté de s’adresser poliment aux lapidateurs, en se parant des habits de l’ouverture, confine-t-elle donc au cynisme.

De même que confine au cynisme, et à la volonté cruelle de se moquer de l’Homme et de son universelle dignité, l’argument fallacieux qui prétend prendre appui sur la susceptibilité des docteurs, avec lesquels, nous dit-on en définitive, il faudrait mettre les formes. Ces juristes-assassins, il nous est en fait, demandé de ne pas les vexer, de ne pas les froisser, car ils pourraient, eux, nous reprocher de ne pas savoir les prendre, de n’avoir pas su choisir le bon moment, pour leur parler des crimes contre l’Homme, qu’ils perpétuent. On pourrait, et c’est le comble, nous reprocher, à nous qui croyons qu’il appartient à toute religion, toute doctrine, toute pensée, dans ce qu’elles ont de grand et d’absolu, de se donner pour but, ultime, la sacralité de la personne humaine, on pourrait bien nous reprocher d’avoir, par notre manque de tact, fait que n’aboutisse pas, toute la belle stratégie qui consiste, au bout du compte, à prendre les meurtriers avec des pincettes.

Alors, à ces docteurs, scribes et pharisiens, qui mériteraient, si elle existait en Islam, l’excommunication avant le prétoire, nous dirons, car nous ne craignons pas de le leur dire, que nous refusons de nous rendre audible à leur surdité assassine, comme nous disons à leur, leurs conseillers en communication, que nous refusons de mettre les formes et ce, à jamais, avec les lapidateurs.

Et qu’enfin, ce n’est pas un Moratoire, qu’il faut dans leur cas proposer, mais bien les lois qui châtient les crimes contre l’Humanité, qu’il faut leur appliquer.

Posté par frere tariq à 15:07 - Moratoire vous avez dit moratoire ? - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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